Secrétariat international de la CNT

Manifestation sur la Guinée à Grenoble

Publié le mardi 6 mars 2007

Pour exprimer sa solidarité envers les résistances guinéennes et
dénoncer le soutien de l'Etat français à la dictature de Lansana Conté,
le collectif des Guinéens de l'agglomération grenobloise, soutenu par
une dizaine d'organisations (dont la CNT), appellait à manifester le
samedi 24 février, à 15h30, à Grenoble. Une manifestation parmi d'autres à travers la France et le monde pour soutenir la grève générale en Guinée.

Depuis le 10 janvier, un immense mouvement social soulève la Guinée-Conakry. Après 23 ans de dictature de Lansana Conté, parvenu au pouvoir par un coup d'Etat et soutenu par l'Etat français, des dizaines de milliers de Guinéen-ne-s manifestent pour un pays libre et
démocratique. Grève générale illimitée, marche des femmes et
manifestations se succèdent depuis un mois, malgré une répression
sanguinaire. On compte déjà plus de 200 victimes, l'Armée ayant
notamment tiré sur la foule.
Une fois de plus, l'industrie médiatique française passe sous silence
ces résistances africaines, tout comme elle occulte les résistances
mexicaines d'Oaxaca.

Pour exprimer notre solidarité envers les résistances guinéennes et dénoncer le soutien de l'Etat français à la dictature de Lansana Conté, le collectif des Guinéens de l'agglomération grenobloise, soutenu par une dizaine d'organisations, appelait à manifester le samedi 24 février, à 15h30, à Grenoble.

La manifestation a rassemblé 200 à 300 personnes et fut très dynamique. A 2 reprises, les manifestants se sont couchés par terre en hommage aux 200 personnes tuées par l'armée Guinéenne. Les principaux slogans étaient : "Halte à la répression du mouvement social" et "Conté assassin, Chirac Complice".

Ci-dessous le tract distribué par le collectif des Guinéens de l'agglomération grenobloise :

Appel pour une Guinée libre et démocratique

Le 10 janvier 2007, l'intersyndicale, réunissant la Confédération
Nationale des Travailleurs Guinéens (CNTG) et l'Union Syndicale des
Travailleurs de Guinée (USTG), a déclenché une grève générale (la 3ème
en un an). Les revendications portent sur la baisse du prix des produits
de base, la hausse des salaires, la lutte contre la corruption. Les
syndicats demandent aussi la formation d'un gouvernement d'union
nationale, estimant que l'actuel président Lansana Conté n'a plus la
faculté de gouverner, du fait de son état physique et mental. Il a montré son mépris de la justice guinéenne en allant en personne, en décembre 2006, libérer son ami le milliardaire Mamadou Sylla et l'ex-vice gouverneur de la banque centrale arrêtés deux semaines auparavant et mis en détention sous l'inculpation de corruption.

Un mois après le début de la grève, la répression a déjà fait près de
200 morts. Les responsables de la CNTG et de l'USTG, ainsi que sept
autres dirigeants syndicaux, ont été arrêtés, après avoir été menacés de
mort par Lansana Conté lui-même. Le siège du syndicat a été saccagé par les bérets rouges. Les tirs sur la foule et les arrestations sont le
fait de la garde présidentielle, où sévit le propre fils de Lansana
Conté, le capitaine Ousmane Conté. Actuellement, le général Lansana a
décrété un Etat d'urgence et un couvre feu qui empêche les populations de manifester et qui, par ailleurs a instauré un climat d'insécurité extrême (des scènes de tortures, de viols et d'agressions sont perpétrées par les nouvelles recrues de l'armée en toute impunité). Le gouvernement en place a même recruté des mercenaires venus de la Guinée Bissao et du Libéria. Par ailleurs, le chef d'Etat major qui gère l'Etat de siège a reçu en 2006 une médaille que lui ont décerné les autorités françaises pour raisons non élucidées alors que la guerre des clans de succession à Lansana Conté battait encore son plein.

La situation de la Guinée est la conséquence de 23 ans de pouvoir
despotique et prédateur de Lansana Conté. Celui-ci est arrivé au pouvoir
en avril 1984, par un coup d'État militaire. Avant de faire carrière
dans l'armée guinéenne il avait participé, comme sergent dans l'armée
française, à la guerre d'Algérie. Après l'instauration du multipartisme
dans les années 90, il a remporté par la fraude les élections de 1993 et
de 1998, provoquant la réprobation de l'opinion internationale, mais
félicité par l'ambassadeur de France. Il a ensuite fait ratifier par référendum le droit d'exercer un nombre illimité de mandats. Malgré ces abus, une corruption galopante, l'emprisonnement d'opposants, tel Alpha Condé, candidat à l'élection présidentielle, détenu pendant deux ans, le général Lansana Conté a toujours été soutenu par la France, qui est le fournisseur du matériel anti-émeutes.

La Guinée est au premier rang mondial pour les gisements de bauxite et
en est le deuxième producteur. Le minerai est exploité par un consortium
réunissant l'Américain Enron, le Japonais Marubeni et la Compagnie
guinéenne, avec la Banque Mondiale. Cependant, la France reste le
premier partenaire de La Guinée sur le plan financier et matériel. Les
profits considérables de cette exploitation vont aux compagnies
exploitantes et au clan présidentiel, rien n'est consacré au pays et à
ses habitants, qui vivent dans le plus misérable des dénuements.

Nous soutenons le peuple guinéen dans sa lutte pour obtenir un
gouvernement soucieux de l'intérêt du pays et des citoyens. Il est temps
que la communauté internationale exerce des pressions efficaces sur les
dirigeants guinéens, auteurs des pillages et des crimes qui oppriment le
peuple, pour que les profits de l'exploitation des mines reviennent à
l'ensemble des Guinéens et servent à améliorer leurs conditions de vie.

Nous demandons à la France, qui soutient le pouvoir de Lansana Conté, de ne pas faire obstacle aux légitimes aspirations du peuple guinéen à la
démocratie et qu'elle cesse toute coopération militaire et technique
avec la Guinée, tant que l'Etat guinéen n'aura pas levé l'Etat de siège
et mis en place un système de gouvernance démocratique et instauré
l'Etat de droit. Nous demandons que la France fasse pression sur le
pouvoir guinéen pour faire cesser toute forme de répression.

Appel relayé par Collectif des Guinéens de l'agglomération grenobloise
(guinee.grenoble log.org, 04 76 43 78 22)

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