Secrétariat international de la CNT

Belgique : éveil anarcho-syndicaliste

Publié le jeudi 15 avril 2010


Depuis quelques mois, en lien avec la CNT 59, des militant-es se sont regroupés en Belgique afin de créer les bases d'une organisation anarcho-syndicaliste. David est l'un d'entre eux. Petit tour d'horizon sur son parcours et sur la réalité de la lutte des classes chez nos voisins belges.


David tout d'abord peux tu te présenter ?

J'habite un petit village dans le nord de Namur (capitale de la Wallonie), je travaille depuis 12 ans comme ouvrier de production dans une entreprise pharmaceutique. Fils de menuisier et de mère au foyer, aîné d'une famille de trois enfants ,je suis âgé de 35 ans .

Quelle est ta trajectoire militante ?

Je me suis syndiqué lorsque j'ai commencé à travailler. A l'époque intérimaire dans
une entreprise alimentaire, il m'a été conseillé de m'affilier. Deux syndicats
étaient représentés : la FGTB (socialiste) et la CSC (chrétien) ; il m'a fallu choisir
entre la porte de gauche et la porte de droite. Jeune et innocent, je ne connaissais
rien au monde du travail et encore moins au syndicalisme. Je suis donc resté chez
les "rouges" plus par habitude que par conviction.

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Il y a environ cinq ans, un
représentant socialiste est venu faire un scandale au sein du service où je
travaillais : hurlements, menaces... Est-ce ça le syndicalisme ? Avec quelques
collègues relativement dégoûtés par les méthodes, je me suis mis à la recherche d'une
autre organisation syndicale et suis "tombé" sur les libéraux. Notre décision a été
vite prise de s'y affilier et de tenter l'aventure du militantisme "actif". Ici
encore, le choix du syndicat n'a pas été effectué par conviction mais bien pour
travailler nous-même sur le terrain et nous prouver qu'être syndicaliste n'est pas
cette caricature qui nous est peinte quotidiennement mais bien un travail de service
à la collectivité.


D'où vient cette idée de créer une CNT en Belgique ?

Là, on va y passer la nuit... Quand j'ai eu l'âge de voter, choisir un parti
auquel accorder ma confiance s'est fait de la même manière que le choix d'un
syndicat : j'ai voté comme papa. Avec le temps, la conscience se forge au fil de
l'actualité, des discussions, des lectures. L'écologie est devenu pour moi un aspect
important de la vie : sans environnement préservé, pas de vie possible sur terre
(pour l'homme y compris). Ma voix s'est donc portée vers les écolos. Ensuite, sont
survenues les grosses fermetures d'entreprise en Belgique, les grèves et manifs qui
en découlent, les familles écartées de la vie active qui se demandent de quoi demain
sera fait. C'est là que le sentiment d'injustice sociale s'est mis à germer. Est-ce
la faute de tous ces pauvres gens si l'économie va mal ? D'ailleurs, va-t-elle
réellement si mal ? A qui profite le crime ? Je me suis donc mis à la recherche d'un
parti qui pourrait apporter des réponses à ces questions et surtout proposer des
alternatives réelles. Le PS est noyé dans les affaires depuis des années. A
l'exception du nom, on n'y trouve plus rien de socialiste. Après d'énormes
hésitations, leur cote de popularité n'étant pas spécialement au beau fixe depuis
pas mal d'années, j'ai contacté les communistes (PC et LCR) : peu voire pas de
réponse de leur part. C'est à ce moment que je me suis mis à considérer la politique
comme un cirque dans lequel une bande de clowns (aussi navrant les uns que les
autres) se donnaient en spectacle devant un public de moins en moins convaincu. Il y
a un peu plus d'un an, j'ai fait la connaissance d'anarchistes sur un forum français
sur lequel je suis arrivé un peu au hasard d'un "surf" en fin de soirée arrosée. Les
concepts d'autonomie, d'auto-organisation, de liberté, d'action et de démocratie
directe m'ont tout de suite plus. Avec un des membres de ce forum, j'ai
(pompeusement) créé le Collectif Anarchiste Namurois qui n'est, à l'heure actuelle,
qu'à l'état de blog sur lequel sont postés des articles de presses alternatives, des
vidéos, des invitations à manifester... Voilà enfin l'idée de créer une CNT en
Belgique. En cherchant des liens à poster sur le blog, j'ai fait la connaissance de
quelques membres de la CNT française qui ont à chaque fois donné suite à mon
courrier (ce qui n'est pas forcément le cas des autres organisations). Après avoir
pris pas mal de renseignements, innondé leur boîte mail, je me suis dit qu'il était
peut-être temps de lancer une alternative, parfaite jonction entre politique et
syndicalisme. Plus besoin de parti ni de syndicats qui y sont liés.
L'anarchosyndicalisme ou le syndicalisme révolutionaire sont des formes de politique
dans lesquelles l'homme est au centre des préoccupations. A 35 ans, je sais enfin
pour quoi m'engager !


Quelle est la réalité du mouvement anarcho-syndicaliste et plus généralement libertaire en Belgique ?

Des tentatives ont déjà vu le jour tant du côté de la CNT que, plus récemment,
celui de la CNT-AIT. Les événements ont fait qu'elles ont été avortées ou sont
tombées dans l'oubli. Par contre, le mouvement libertaire donne l'impression de se
développer. La Flandres donne l'exemple avec un nombre inouï de groupes en tous
genres mais ni Bruxelles ni la Wallonie n'ont à rougir. La qualité y est privilégiée
(humour). Cependant, d'après moi, toutes ces organisations souffrent d'un "replis
identitaire", d'un manque d'ouverture dictée par des dogmes anarchistes. Toujours
d'après mon opinion, une révolution ne peut être lancée que si elle est entendue par
le plus grand nombre. Certains compromis sont donc parfois à faire (représentativité
en entreprise, par exemple) si on souhaite que le message soit diffusé à tous et non
réservé à une "élite". Certains craignent aussi une perte d'autonomie en faisant
partie d'une organisation officielle (CNT) alors que rien n'empêche l'affiliation à
un syndicat et l'appartenance à une organisation plus locale.

Quel est le panorama du syndicalisme belge et ses spécificités ?

A l'heure actuelle, trois "couleurs" syndicales se partagent l'affiche : la CSC
(ouvrier) - CNE (employé) est le syndicat majoritaire depuis quelques années suivi
de la FGTB (o) - SETCA (e) qui a cédé son leadership et finalement la CGSLB (tous
statuts) qui représente environ 10% de monde syndical. Bien qu'elles s'en défendent,
ces organisations sont étroitement liées aux partis politiques et, dans une autre
mesure, avec le patronat. Comme partout, les grands discours prononcés par les
divers présidents ne se reflètent pas spécialement sur le terrain. Sinon, un
syndicat est une organisation de fait (et non de droit) qui doit comporter 50 000
membres pour pouvoir organiser des actions syndicales et se présenter aux élections
sociales. L'organisation doit aussi être interprofessionnelle. Par contre, n'étant
pas juriste, je ne connais ni les formalités ni les droits et obligations d'un
syndicat. Comme d'habitude, mes questions restent sans réponse...


Dans le passé, autour de la lutte des forges de Clabecq et de D'Orazio, a existé un courant « lutte de classe » au sein de la FGTB. Existe-t-il toujours ?

Que faut-il penser de tout ça ? L'histoire de la fermeture de forges a été une
catastrophe pour la région, surtout que la Belgique est un des berceaux de la
métallurgie. Mais là où les outils se sont modernisés ailleurs, ils ne l'ont pas été
chez nous... Fallait-il accepter cette fermeture comme une fatalité ? Je ne crois
pas. Faut-il parler d'un courant "lutte des classes" à cette époque à la FGTB ? Je ne
crois pas non plus sinon on en parlerait encore aujourd'hui ; hors ce n'est pas le
cas. On n'entend d'ailleurs parler ni de lutte des classes ni de D'Orazio. En
Belgique, si ce n'est dans certains milieux "autorisés", les classes ne font plus
recettes, elles ont un caractère désuet alors que, si on y réfléchit un peu, on
constate que le peuple s'est bien fait endormir ces dernières décénies et que, même
si elle a acquis une forme plus subtile, plus sournoise, elle existe toujours. Les
travailleurs sont malheureusement pieds et poings liés, tenus de la boucler sous
peine de perdre un boulot qui finance la maison, la voiture, la bouffe, les études
des enfants, les vacances, GSM, écran plat, PC... Malgré tout, je reste confiant.
L'homme industrialisé n'est pas heureux malgré toute cette "poudre aux yeux" qui lui
fait croire à la puissance, au bonheur ultime. Un jour, la faim touchera à nouveau
le travail et là, va falloir être prêt. Certains se rendront à nouveau compte qu'ils
ont été bernés et qu'une seule classe prend toutes les décisions en sa faveur et au
détriment de la grande majorité.

Propos recueillis par Jérémie, SI de la CNT.


Pour contacter la CNT belge : cnt.b.info gmail.com

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