Accueil > La revue > Nouveautés lecture > BD engagées... > Sang noir, la catastrophe de Courrières, Jean-Luc Loyer,

Sang noir, la catastrophe de Courrières, Jean-Luc Loyer,

mercredi 24 avril 2013, par Greg

Il est 6 h 30, ce 10 mars 1906, lorsque commence la plus terrible catastrophe minière jamais survenue en France. Avec Le Sang noir, Jean-Luc Royer nous replonge dans cette tragédie. D’abord en nous familiarisant avec le quotidien des mineurs de Courrières dans les jours qui précèdent la catastrophe (avec un mention spéciale sur le quotidien des chevaux stationnés jour et nuit au fond de la mine). Ensuite en nous rappelant que, depuis plusieurs jours, l’accident était prévisible. Les mineurs et leurs représentants syndicaux avaient menacé de ne pas descendre et de se mettre en grève. Mais le souvenir du cuisant échec du précédent mouvement, ainsi que les mensonges rassurants de la direction et des cadres avaient enrayé cette contestation et précipité la tragédie, laissant mourir 1099 mineurs dont 242 enfants...

Ce récit relate, minute après minute, le drame vécu par les ouvriers abandonnés au fond des galeries mais aussi la vive émotion de la population à la surface : la frayeur, puis l’indignation et la révolte. Clémenceau, ministre du Cartel des gauches, fera envoyer l’armée – 20 000 soldats sont dépêchés sur place pour protéger l’ordre des grands propriétaires, escorter les jaunes et défendre l’indéfendable. Le mouvement s’étend, les mineurs se radicalisent, à l’image de Benoît Broutchoux, le représentant du syndicat CGT des mineurs, en opposition avec le « vieux » syndicat, réformiste et conciliant. Il est dommage que l’auteur ne s’arrête pas plus sur cette grève. Rapidement survolée, elle laissera peut-être au lecteur non averti une impression de flou. En revanche, le petit lexique en fin de volume s’avère bien utile !

Alors que les signes d’incompétence et de négligences sont manifestes – 20 jours après l’explosion, un groupe d’hommes remonte à la surface, témoignant de la précipitation avec laquelle la mine avait été « noyée » et les aérations bouchées, provoquant des victimes supplémentaires...

Le 11 juillet 1906 le tribunal de Béthune prononça le non-lieu pour la Compagnie minière de Courrières, la dégageant de toute responsabilité dans le drame, ajoutant l’injustice à l’horreur.

Sang noir, la catastrophe de Courrières, Jean-Luc Loyer, Futuropolis, 2013, 139 p., 20 €.

SPIP | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0