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Quel devenir pour l’égalité scolaire ?

mardi 12 juin 2012, par Greg

La lecture de la quatrième de couverture – ce recours des chroniqueurs paresseux – se justifie dans le cas de cet ouvrage. Présenté comme une étude transversale des politiques d’éducation prioritaire en Europe, c’est un pensum de 400 pages où les auteurs avouent qu’il y a peu d’informations sur le sujet – et notamment sur les contenus enseignés et la façon dont ils le sont, et « tartinent » à qui mieux mieux.

On veut bien que les sources d’information officielles soient maigres, mais la tâche des sociologues n’est-elle pas d’enquêter ? Visiblement les auteurs ne sont pas allés dans les classes, n’ont pas discuté avec les acteurs, et notamment pas les enseignants, et ne se sont posés qu’en des termes très généraux la question de l’articulation des politiques d’éducation prioritaires avec d’autres politiques sociales (par exemple la politique de la ville en France n’a droit qu’à quelques lignes p. 361-362) ou même avec les autres instances éducatives à l’intérieur comme à l’extérieur du strict champ scolaire (enseignement spécialisé du type Rased). Il n’y a pas non plus trace de propositions ni de perspectives.
Quelques idées cependant, en dehors de l’habituel coup de griffe de Rochex aux pédagogies nouvelles qui-ne-sont-bonnes-que-pour-les-classes-moyennes : cette quatrième de couverture qui trace à grands traits une histoire convaincante de ces politiques – en distinguant un noyau de pays qui donnent le ton, et d’autres (plus au sud ou à l’est de l’Europe) qui n’entrent en scène que plus tardivement. Au premier âge de l’éducation prioritaire, conçue dès 1964 au Royaume-Uni, dans un souci affirmé d’égalité, succède l’ère d’une politique compensatoire, qui veut lutter contre l’exclusion – mais plus pour l’égalité : la société peut être inégale, pourvu qu’il n’y en ait pas une fraction qui « décroche » lourdement ; le troisième temps – le nôtre – est celui de l’individualisation et du ciblage : « groupes à risques » « besoin éducatifs particuliers » ; certes cela permet l’inclusion des handicapés et un effort de scolarisation des Roms, mais il n’y a plus d’ambition collective, qu’une machine à la recherche des « bonnes pratiques ».

Il était bon de sortir pour une fois le débat éducatif de son carcan national mais ce livre apparaît, comme son objet, embourbé.■

Les Politiques d’éducation prioritaires en Europe, tome II Quel devenir pour l’égalité scolaire ? Sous la direction de Marc Demeuse, Daniel Frandji, David Greger et Jean-Yves Rochex, ENS éditions, 2011, 28 €.

2 Messages

  • Quel devenir pour l’égalité scolaire ? Le 15 juin 2012 à 09:18, par Daniel Frandji

    chers amis, bonjour,

    Comme je lis , dès que je le peux, N’autre école, avec l’intérêt qui est le mien pour ce projet, j’ai découvert le compte-rendu de notre ouvrage paru dans le dernier numéro : Les politiques d’éducation prioritaire en Europe. Quel devenir pour l’égalité scolaire ?

    Malheureusement ce "compte-rendu" ne semble pas signé, et nous ne pouvons donc pas par exemple demander ce que la personne qui l’a rédigé a lu de l’ouvrage, mis-à-part le quatrième de couverture et quelques regards de-ci de-là. Nous ne pouvons pas non plus raisonner ensemble, ce qui arrive pourtant souvent après des lectures partagées. (je signale aussi en passant que cet ouvrage était un volume 2, faisant suite à un précédent essayant de poser le paysage de ces politiques dans les huit pays terrains d’enquête)

    Non les auteurs ne sont pas allés dans les classes directement pour cette étude : c’est dit tout le long de l’ouvrage, car là ne pouvait pas être le projet, à ce stade, mais celui d’une étude qui se voulait avant tout ouvrir un champ de comparaison à l’échelle des huit pays. (essayez de la faire , vous verrez, sans oublier les différences linguistiques qui rendent bien difficiles une analyse comparative)

    Mais oui les auteurs font par ailleurs des travaux empiriques y compris dans les classes (mais pas uniquement, car tout ne se joue pas uniquement, dans les classes, comme le disent les réformateurs en benchmarking qui misent sur la grande responsabilité des "travailleurs"), pour développer des analyses et les problématisations qui constituent l’ouvrage. L’enquête empirique c’est aussi celle qui porte sur des textes, officiels, savants, etc. qui nous semblaient devoir être questionnés, car oui le "discours", et la manière dont on pose les questions de l’école, les connaissances que l’on se donne etc. nous semblent très importants en la matière. Et malheureusement ces discours (ou catégorisations, outils d’analyses, kits de pensée et d’actions etc.) sont aussi portés par des acteurs travailleurs : ils les contraignent autant qu’ils leurs donnent des ressources d’action.

    Les analyses et problématisations présentées dans cette analyse nous semblent permettre de relancer la machine empirique sur le terrain (car aller sur le terrain nécessite pour les chercheurs, de ne pas y aller les mains vides en termes d’outils, de compréhension des enjeux "macro", de langage, qui sont réalisés, transformés, bougés etc. par les acteurs, travailleurs et aussi élèves, parents etc. Elles nous semblent aussi permettre d’armer le regard et la compréhension de tout un chacun.

    Si l’analyse semble "embourbée" à la personne qui nous a fait le plaisir d’essayer de la lire quand-même, c’est surtout le champ de ces politiques lui-même qui nous le semble, du moins confus, hétérogène, complexe et plein de pièges. Il y a, simplement, d’après-nous, dans cette analyse quelque chose qui questionne le devenir de l’école et ses ambitions de justice sociale plus largement. Et c’est vrai que c’est surtout ce sur quoi nous avons voulu insister, même si cela ne semble pas intéresser le, la rédacteur-trice du compte rendu. Rien par exemple ici sur les enjeux de la sélectivité scolaire, de la méritocratie, les discours politiques sur l’école et les possibles esquissés qui ne sont pas réalisés

    Ce qui n’empêche pas que le livre se compose de nombreux chapitres qui chacun tentent de développer des analyses de différentes dimensions des politiques dont on parle : la question du ciblage (et les différentes catégorisations associées), du curriculum et de l’action (comment ils sont pensés), de l’évaluation (comment elles prétendent se réaliser, ou pas, et pour quelles raisons) etc.

    Mais il était peut-être plus facile (moins difficile) pour l’auteur-re de faire un compte-rendu qui se donne l’apparence d’une radicalité, vue depuis en haut, que de faire un travail de lecture tout simplement, pour avancer ensemble dans la compréhension de ce qu’il est en train aujourd’hui d’arriver. Si le, la chroniqueur-se pense que débat peut avancer ainsi, ok.. Je ne néglige pas le fait que cela soit possible. On peut aussi se demander (c’est une autre hypothèse) s’il ne vise pas à détourner le regard ou faire en sorte de ne surtout pas le clarifier, voire plus (à qui bénéficierait ce crime ?).

    Je laisse ouverte la question, il ne m’appartient pas de la dénouer.

    Merci d’ailleurs pour ce petit compte-rendu qui au moins déjà la fait surgir. Pour le reste, rigueur de la lecture, problème de la paresse, imagination critique, que s’agit-il de défendre aujourd’hui etc., c’est le problème du, de la chroniqueur-euse anonyme. Daniel Frandji

    • N’Autre école ne se complaît pas dans la polémique, avec les petites piques habituelles qu’elle implique (ici, sur la « paresse », alors que Daniel Frandji a bien compris que l’accroche ironique n’avait pas empêché une réelle lecture), et le but de ces quelques lignes de « réponse à la réponse » est juste de redire qu’en dehors d’une périodisation très intéressante sur l’évolution du sens de l’éducation prioritaire, on ne voit pas bien quels traits saillants d’analyse, ni quelles pistes de travail ou d’action tirer de ces contributions.
      Juste un point : l’analyse des discours a certes son intérêt propre, mais elle fait parfois oublier les réalités qu’ils expriment ou qu’ils masquent. Et, sans aller toujours dans les classes (quoique ce soit bien intéressant), analyser le fonctionnement des institutions, le jeu de ses acteurs, autour de situations réelles, pourrait être une tâche de sociologue. On peut espérer que les auteurs (ou d’autres) s’y attelleront un jour.

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