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Il y a vingt ans, la révolte et la victoire des instits contre le statut des maîtres-directeurs

mercredi 27 octobre 2010, par Greg

À cette époque-là Chirac était Premier Ministre de François Mitterand, il voulait faire plein de réformes, en particulier pour l’Éducation nationale : une réforme des universités et la création d’un statut pour les directeurs d’école, qui n’étaient jusque-là « que » enseignants parmi les autres, éventuellement déchargés de classe, totalement ou partiellement.

Les étudiants se mobilisèrent massivement contre la réforme jusqu’à ce qu’elle soit retirée, après l’assassinat du jeune Malik Oussekine par les voltigeurs de Pasqua et la démission du ministre Devaquet. À cette époque-là, un Collectif de refus d’inspection et de la notation (il ne s’appellera anti-hiérarchie que quelques mois plus tard) existait déjà. Lors des vacances de la Toussaint 1986, une rencontre nationale des collectifs anti-inspection se tint à Marseille et les participants discutèrent beaucoup de la nécessité de se mobiliser contre le projet de statut de directeur d’école qui était encore dans les cartons du ministère. Il en sortit rapidement puisque, le 17 novembre, figurait à l’ordre du jour du CTP ministériel l’examen d’un projet de décret instituant des « maîtres-directeurs » dans les écoles maternelles et élémentaires. […] Le mouvement étudiant contre la loi Devaquet et une grande grève des cheminots ayant occupé les mois de novembre et décembre 1986, ce fut le 12 janvier 1987 qu’une poignée d’instits parisiens se mit spontanément en grève reconductible. Dès le premier jour, les grévistes firent le tour des écoles pour appeler les collègues à les rejoindre.
Le mouvement prit très rapidement et les grévistes, de plus en plus nombreux, s’organisèrent : AG d’arrondissement le matin, tour des écoles et contacts avec l’extérieur (presse notamment) l’après-midi, AG parisienne le soir à la Bourse du travail. En quelques jours, la grève s’était étendue à l’Île-de-France, puis au pays. Le 19 janvier, une délégation des grévistes obtenait d’être reçue par le directeur de cabinet du ministre de l’Éducation nationale (Monory) qui, sans retirer le projet, annonça qu’il serait « gelé » (de toute façon, dans cet hiver glacial de 86-87, tout était gelé !) pour rediscussion. Devant cette invitation à poursuivre la mobilisation, les grévistes de plus en plus déterminés décidèrent de s’organiser en « coordinations » parisienne, puis régionale et enfin nationale, et de multiplier les apparitions et les actions (y compris des occupations de locaux symboliques comme des groupes financiers ou des institutions comme le Sénat). C’était une pratique nouvelle dans un milieu professionnel qui, à quelques exceptions près, n’avait guère connu que le rituel des grèves de 24 heures lancées une ou deux fois par an par le syndicat historiquement ultra-majoritaire chez les instituteurs (le SNI).
Les manifestations de rue appelées par la coordination étaient de plus en plus massives. Le 11 février, elles prirent un caractère national et les différents syndicats s’y joignirent officiellement : ce furent 80 000 enseignants des écoles qui manifestèrent à Paris, près d’un sur trois en exercice, du jamais vu ! Il faut dire que Chirac et Monory, après avoir beaucoup tergiversé et promis des renégociations, avaient décidé de passer en force et de publier malgré tout le décret instituant les maîtres-directeurs. Mais le texte publié ne fut jamais véritablement mis en application et finit, de plus en plus ignoré, par être abrogé moins de deux ans plus tard.

À cette époque-là, la volonté gouvernementale de casser l’unité du corps des enseignants et de créer un échelon de fait hiérarchique dans les écoles avait heurté de plein fouet la sensibilité des personnels et suscité une résistance farouche. « Nous n’avons pas besoin et nous ne voulons pas d’un petit chef ! » était un cri quasiment unanime. Il reste à espérer qu’il soit repris avec la même vigueur à l’heure où le gouvernement actuel revient à la charge avec un nouveau projet, celui du « statut d’emploi de directeur ». ■

Jean-François Fontana,
gréviste anti-maître-directeurs, millésime 87, Sud Éducation 75.

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