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España la vida

une bande dessinée contre la mort...

mardi 2 avril 2013, par webmaster

Une bande dessinée d’Eddy Vacarro, Maximilien Le Roy et Anne Claire Thibaut-Jouvray aux éditions Casterman (Univers d’auteurs), 2013, 120 p., 25 €.

On peut s’interroger sur le public visé, sur son prix élevé, regretter qu’elle arrive six ans trop tard, mais dans tous les cas la BD "España la vida"est une réussite qu’il faut lire et relire tant ses auteurs me semblent avoir réussi à résumer en 119 pages ce que la révolution de 1936 et la guerre civile espagnole ont encore à nous enseigner.

1937, Léo, Un jeune anarchiste en rupture avec sa famille bourgeoise, rencontre Victor Serge et décide de partir en Espagne rejoindre le reste de la colonne Durutti à Bujaraloz. A l’exemple du Tierra y Libertad de Ken Loach qui est la référence assumé de Maxime Leroy, le scénariste, le parcours contrarié de ce jeune révolutionnaire romantique est un récit initiatique : du sud de la France jusqu’aux tranchées d’un village d’Aragon, Léo connaîtra au gré des rencontres, la solidarité, la fraternité, l’amour et même, de retour en France, la réconciliation avec son père rescapé de la 1ère guerre mondiale. Comme dans le film, le récit se mêle habilement à une description historique et précise du tournant de la guerre civile et de l’enlisement de la révolution espagnole : la prise d’un village, l’exécution d’un prêtre et la destruction des objets cultuels, la collectivisation des terres, le travail au champ, la distribution de matériel militaire vétuste et les combats inégaux dans les tranchés d’Aragon ou les rue de Gandesa forment une succession de scènes d’autant mieux réussies qu’elle ne sont jamais démonstratives mais semblent suivre le parcours du personnage principal. Comme dans le film, il y a un innocent qui meurt, victime d’une ironie de l’histoire : Said le camarade de combat de Léo, un kabyle déserteur de la coloniale, est poignardé par un mauro de Franco dans un guet-apens.

Mais là où le trio s’écarte de la référence et fait preuve d’originalité, c’est quand il met en scène des personnages politiquement conscients. Un an après la mort de Durrutti, Léo ne rejoint pas les brigades internationales mais veut poursuivre la révolution et combattre le fascisme dans les rangs des "divisions" de la CNT-FAI. Ce changement de point de vu renouvelle l’enjeu individuel du drame de Léo et de ses camarades : ils ne combattent pas parce qu’il prennent conscience de la nécessité de leur sacrifice, mais parce qu’ils sont libres et entendent le rester. Il faut parler à ce propos du trait d’Eddy Vaccaro qui joue un rôle dans la perception des personnages : épais, saturé et évoquant parfois une gravure maladroite, il cerne avec une économie de détails les personnages tantôt comme des masses évidentes et sombres tantôt comme des apparitions fugitives au contour échevelé. Est-ce ce flottement dans la représentation qui explique qu’on a souvent l’impression bienvenue que les personnages cherchent à fuir le cadre des vignettes ?

Au delà des clins d’œil appuyés et réguliers à la culture libertaire qui n’échapperont pas aux lecteurs et lectrices attentives (le personnage a le même prénom que Léo Ferré dont une chanson a inspiré le titre), cette BD a un petit côté "propagande par le fait" d’autant plus réjouissant qu’elle est loin du prêche et du discours.
Ce n’est pas un récit de la désillusion et encore moins celui de la transmission. C’est une invitation après le livre refermé, à résister, à continuer le combat pour l’émancipation.
Sur les trois dernières planches, Léo embarque en 1940 à Brest, pour rejoindre en clandestin l’Angleterre. "L’histoire continue."

ÉricZ

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