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Stage Pédagogies alternatives et syndicalismes d’émancipation - Créteil, Maison des syndicats, 30 & 31 janvier 2014 Subvertir les pratiques pédagogiques. Quelle école : pour qui ? pour quoi ?

lundi 2 décembre 2013, par Greg

Pédagogies alternatives et syndicalismes d’émancipation - Créteil, Maison des syndicats, 30 & 31 janvier 2014

Subvertir les pratiques pédagogiques.

Quelle école : pour qui ? pour quoi ?

Enjeu de pouvoir et de luttes entre des intérêts contradictoires, l’école - n’en déplaise à ceux qui rêvent de sa « sanctuarisation » - est le reflet de notre société : dérives autoritaires, arrestation et fichage de sans-papiers, marchandisation, intrusions publicitaires, reconduction et légitimation des inégalités sociales...

L’école et la pédagogie au service de qui et de quoi ?

Pour certains, c’est un gisement financier encore trop inexploré. Mais c’est aussi une entreprise de promotion de valeurs et de comportements (de soumission, d’individualisme et de consommation). Ces stratégies s’affichent ouvertement (les cours de soutien privés) mais avancent aussi de manière plus insidieuse : injonctions économiques, discours et pratiques pédagogiques mieux à même de répondre aux « nouvelles exigences » patronales (compétences, « employabilité », etc.). Pour ne pas en être les complices involontaires ou, pire, impuissants, nous devons les comprendre et les combattre. Non pas en suivant le vent réactionnaire qui souffle sur l’école... ce serait faire peu de cas de cette réalité, déjà dénoncée par Célestin Freinet : « l’école est fille et servante du capitalisme ». Si l’on réalise combien l’école se prête à cet investissement par le libéralisme, « on en vient aussi à se demander si le mode de gouvernement néolibéral ne doit pas beaucoup à la logique scolaire […] et aux modalités de gouvernement qui ont été développées et perfectionnées au sein de l’institution scolaire.* » Avec « son » École, Ferry ne déclarait-il vouloir « clore l’ère des révolutions » ?

Alors, quelles pratiques voulons et pouvons-nous mettre en place ?

Si l’école n’a pas seulement été un lieu de domination mais a pu œuvrer à une certaine émancipation, c’est parce que « le choix d’une éducation libératrice des classes dominées s’inscrit, bien sûr, dans une histoire collective : ce choix ne peut émerger que parce qu’on développe avec d’autres, et pas seulement des enseignants, l’analyse critique des projets d’éducation et des enjeux de société qu’ils contiennent.** » Que ces efforts et ces tâtonnements soient aujourd’hui détournés par ceux-là même qu’ils entendaient combattre (ainsi, la Chambre de commerce de Paris propose une filière de formation des managers se revendiquant des techniques Freinet), doit-il nous conduire à abandonner toute ambition de travailler « l’intérêt, la participation, l’activité, la créativité de l’élève » ? Au-delà de la récupération de formules jumelles, il ne s’agit certainement pas du même projet. Et on ne voit pas que le dogme transmissif lié au capitalisme « d’avant » (encore bien présent !) soit préférable pour les élèves ni qu’une école autoritaire prépare à la démocratie.

Pédagogie et transformation sociale : pratiques de terrain

La pédagogie, définie comme « l’ensemble des conditions de développement qui permettent à un individu d’accéder à la conscience des rapports sociaux qui le déterminent.*** », doit nous inviter à mettre en place des dispositifs qui développent des recherches actions autour d’une école :

· à participation collective,

· tissant des liens avec l’extérieur,

· mettant en avant la production de différents langages (corporels, oraux, écrits)

· dans laquelle l’intervention des acteurs sociaux (parents, assos de quartier...) va de soi

· et qui rompt avec l’idée qu’il n’y a que l’école qui produit du savoir.****

« La pédagogie n’étant jamais neutre, nos pratiques seront ce qu’elles sont en fonction de choix : préparer les jeunes à occuper leur place dans la société ou les préparer à la transformer en transformant déjà le plus petit et le plus proche. Ce choix se fait tous les jours ; parfois, à propos de détails. Mettre en place des dispositifs qui permettent aux dominés de prendre la parole, organiser des cours en partant des intérêts des élèves, chercher à les outiller au mieux, c’est faire aussi autre chose que du pédagogique. C’est faire du « social » et du politique, au sens fort du terme. Celui qui contient l’idée d’un projet de société vu dans sa globalité et à l’intérieur de conflits entre les classes, les peuples, les sexes, les générations. C’est en prenant parti dans ce conflit, sur le plan personnel et collectif, que l’éducation se définit.*** »

Ni « réacpublicains » ni « pédabobos », syndicats de lutte et mouvements pédagogiques ont vocation à engager le débat et explorer des pratiques avec tous ceux et toutes celles qui veulent changer l’ordre social et scolaire.

* Charlotte Nordmann, « À propos de La Nouvelle école capitaliste, Peut-on défendre l’école sans la critiquer ? La Revue des livres n° 2 novembre – décembre 2011, repris dans Changer l’école. De la critique aux pratiques, collection N’Autre École, Libertalia (à paraître).

** Jacques Berchadsky, Actes de lecture n° 109 mars 2010.

*** D’après (le texte a été légèrement remanié syntaxiquement) Noëlle De Smet, Au front des classes, face à la classe, aux côtés des élèves, dans les luttes sociales, Noëlle De Smet, Couleur livre et Cgé, coll. L’école au quotidien, 2009.

**** Pistes avancées lors du stage de Gennevilliers d’avril 2013 organisé par l’AFL, N’Autre école, Questions de classe(s), Sud éducation et CNT éducation.