Classes-En-Lutte. Créer, réinventer, réduire la distance… Mardi 16 juin : Hôpital-Education, mobilisation !

L’école sous-covid peut être inventive. Mardi 16 juin : en grève avec les soignant.es…

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Créer, réinventer, réduire la distance. Témoignage.

La version intégrale

SILENCE, On tourne !

            Le ministère de l’Éducation Nationale agite ses annonces publicitaires, tel un directeur artistique :

L’enseignement à distance ? Une merveille. L’école du futur. Le nouveau credo de M. Blanquer.

La reprise de l’école ? Indispensable. Tous les élèves retourneront en classe d’ici à la fin de l’année scolaire.

L’horizon est d’autant plus clair que depuis près de trois mois, il n’a jamais été question de concerter les équipes éducatives, ni même les parents.

Et tant pis si on ne comprend rien à ce scénario fantoche…

En effet, la mise en scène est complexe et varie en fonction :

  • des choix d’ouvertures d’écoles retenus par telle ou telle municipalité (capacité d’accueil lié au protocole sanitaire, nombre d’agents disponibles…)
  • Des caprices, exigences des imprésarios que sont les recteurs, rectrices, inspecteurs et inspectrices de circonscription.
  • De l’habileté des directeurs et directrices d’écoles à jouer d’effets spéciaux pour limiter les inquiétudes des parents sur une étrange reprise qui ne concerne que les élèves dits prioritaires.

Et nous, enseignant.e.s, AESH, ATSEM, agents de la ville devrions être les comédien.ne.s de cette série Z ?

Nous sommes nombreux.ses à avoir contesté la frauduleuse appellation « de continuité pédagogique ». Nous n’avons pas voulu aborder de nouvelles notions scolaires à distance qui n’auraient fait qu’accentuer les inégalités. Nous avons tenté, en permanence, de garder le lien avec nos élèves, soucieux.ses de leur situation sociale et psychologique.

Nous, qui devions vanter les mérites du distanciel (liker pardon!) par l’usage du tout numérique sommes maintenant convié.e.s (ou sommé.e.s c’est selon) de retourner dans une école parsemée de rubalises et aux murs clos.

Il est de temps de quitter le plateau et de réécrire le scénario !

Sortir du cadre imposé

            A travers ce témoignage, je souhaite montrer comment j’ai tenté de résoudre le choix qu’on cherche à nous imposer à savoir : présentiel ou distanciel.

            Très vite après le confinement, la question des conditions de vie des élèves se pose. A plusieurs, nous prenons contact avec les associations qui suivent les familles roms de notre école. Une coordination et une solidarité enseignante se met en place. Et on se déplace.

Notre statut change dès les premières semaines : distributions alimentaires pour certaines familles, déplacements à la mairie pour recenser ceux qui n’ont pas encore reçu leurs bons…

            Par ailleurs, à distance de mes élèves, plusieurs évidences s’imposent :

garder trace de leurs écrits, de leurs échanges. Je me rends compte, au travers du blog, que certain.e.s d’entre eux s’échappent de la consigne donnée et produisent des textes libres. Je les publie. Mon blog devient petit à petit le leur, j’essaie de prendre en compte leurs propositions.

Nourris des échanges avec quelques collègues, j’encourage les productions plastiques. 

Il m’arrive de leur remettre des enveloppes dans leur boîte aux lettres, j’en profite une fois pour y glisser un pain de pâte à modeler , une autre fois pour faire tourner leurs livres sur la mythologie.

J’envisage une impression et un affichage dans la ville. Certain.e.s écrivent leurs arguments que je transmets à la mairie.

J’ai donc parfois l’occasion de voir les parents et, parfois furtivement, un.e de mes élèves.

L’une d’elle me remet de quoi préparer un ¹garba pour son amie d’une autre classe qui vit dans un foyer.

Cadeau de S. pour M.

            Sans vraiment l’avoir anticipé, la distance se réduit, les échanges au pied de l’immeuble ou à travers une grille se multiplient. Les parents évoquent leurs conditions de travail, leurs difficultés à faire « travailler » leur enfant, leurs inquiétudes pour la sixième et aussi l’envie qu’a leur enfant à revoir ses copains et copines de la classe.

            Tout ceci me bouscule un peu évidemment car ce qui se profile ne m’enchante pas : j’ai parcouru le protocole sanitaire et ne voit pas bien à quoi va pouvoir ressembler cette école sous covid, les informations qu’on nous livre sur la reprise changent tous les jours quand ce n’est pas toutes les heures, quelques élèves seulement pourront y entrer… Bref, le flou le plus total.

Par ailleurs, la majorité de parents d’élèves de la classe ne veulent pas remettre leur enfant à l’école dans ces conditions.

            Donc, ces conditions, je les crée. Au détour d’une tournée à vélo, je tâte le terrain, leur demande ce qu’ils et elles pensent d’une sortie au parc. Ça enthousiasme pas mal de monde, d’autres qui ne sont jamais encore sortis, même après le 11 mai hésitent. Je ne renonce pas et forme des groupes de 5 à 6 élèves et cale un créneau de 3h30 pour chacun d’eux , avec pique-nique ou goûter.

L’idée étant de se retrouver, se réapproprier l’espace, au plein air, et de manière sécurisante.

Je ne suis pas seule pour organiser tout cela, bien heureusement. Une amie enseignante en maternelle et un camarade de la CNT me donnent de précieux conseils et sont présents pour accompagner les élèves, leur proposer des jeux. Je ne manque pas d’idées non plus et quand nous retrouvons les élèves, j’ai plaisir à les réentendre présenter un livre ou parler de mangas, faire des petits essais d’animation avec les personnages en pâte à modeler qu’ils ont fabriqués, les voir courir, ramasser des feuilles et bouts de bois et en faire une composition, créer une carte d’anniversaire pour une élève qui n’a pas pu venir cette fois-ci…

Décor pour un éléphant

            Mercredi prochain, j’espère que la météo nous permettra de nous revoir une fois encore. Les enfants apportent leurs rollers et moi des graines, du terreau et des jardinières !

            Je n’ai pas eu beaucoup de publications cette semaine sur le blog. Tout comme moi, le travail à travers l’écran fatigue nombre de mes élèves.

Certains d’entre eux.elles n’ont pas toujours la possibilité d’avoir un accès à internet et encore moins celle de publier. Les parents me laissent parfois entrer chez eux ou installent une table à l’extérieur et j’invente des situations d’écriture autour d’un conte, d’une recette de cuisine, d’un événement festif.

            Je cherche d’autres moments dans la semaine pour mettre en commun tout ce que l’on a fait depuis plus de deux mois, préparer notre expo, déclamer nos textes, parler du collège…

Je dois donc chercher un autre lieu avec tables et bancs et j’ai ma petite idée… Cela se fera ou pas, on n’est jamais très sûr, mais je tâtonne, je réajuste , j’essaie, loin du cadre institutionnel et de ses injonctions.

Karine (ste 93)

¹garba : plat ivoirien à base de thon et d’attiéké (manioc en grain).

Cartes d’anniversaire