CNT 66
Chronique de la Martinique, samedi 14 mars

Accord de fin de conflit.

mardi 17 mars 2009

Fort de France, samedi 14 mars.

Je n’ai pas écrit ma chronique depuis une semaine. Pourquoi ? A partir du lundi 9 mars trop de choses, trop de rumeurs couraient. Tout et son contraire. D’une part il y avait la lassitude physique d’une grande partie de la population ne pouvant se ravitailler normalement, soutenant néanmoins jusqu’au bout le blocus des grandes surfaces empêchées de rouvrir par des barrages qu’avaient édifiés des piquest de grève. D’autre part des avancées, remises en cause jusqu’au dernier moment, allaient sans nul doute être acquises. Bien sûr la partie patronale tentera un dernier baroud. Une rumeur a ainsi circulé prétendant que de par ses statuts le MEDEF ne pouvait en aucun cas signer les accords proposés. On tente aussi d’exclure de l’augmentation de salaire de 200 euros les contractuels de la fonction publique.

L’intersyndicale et le Collectif, compte tenu de l’état des négociations en cours, décidaient donc d’une pause. Et Michel MONROSE, le porte-parole, avait du se rendre lui-même dans les zones de barrages pour que ceux-ci soient levés, car on n’avait aucune confiance dans ce que pouvait nous dire les médias.

Bien des revendications étaient loin d’être acquises, comme celles concernant les minimas sociaux qui nécessitaient un vote parlementaire de l’Assemblée Nationale. Les élus étaient donc chargés d’y porter les doléances martiniquaises. L’application générale des accords sur la baisse des prix et les salaires contraignait à un suivi par une commission issue du Collectif. D’autres dossiers étaient toujours en cours de négociations, comme les tarifs de la téléphonie. Et enfin la revendication pour les bas salaires étant de 250 euros, et étant donné une obtention de seulement 200 euros, il restait donc un solde de 50 euros qui devait être remis sur la table des négociations en septembre.

Il s’est donc agi, en ce samedi 14 mars de signer un « accord de fin de conflit », les négociations continuant. Ce fut néanmoins un grand jour où, dans une période de crise internationale, alors qu’on ne promet aux salariés que des sacrifices et des larmes, le peuple d’une petite île uni et déterminé, avait réussi à faire plier l’Etat et des capitalistes, notamment ceux de la grande distribution.

Plus de 30000 personnes avait accompagné les membres du Collectif jusqu’à la Préfecture sous une haie d’honneur, pour cette ultime séance des signatures.

Dans la salle des négociations de la Préfecture, Michel MONROSE fit un court discours sobre et émouvant rappelant l’état de pauvreté d’une grande partie de la population et le sacrifice qu’avait représenté pour elle ce long conflit de 35 jours. Il rappela l’unité et la détermination de tout un peuple qui restait mobilisé jusqu’à l’obtention de ses revendications. Les vivats éclatèrent dès la fin de son intervention et des chants s’élevèrent à l’intérieur même de la Préfecture (« Martinik levé ! »). En face de lui, avec la partie patronale aux allures contrites, le Préfet Ange MANCINI, prit la parole pour se féliciter de cet arrêt du conflit et de la haute tenue des négociations et des manifestations dans la rue.

Jamais on n’avait cédé à la violence ni aux provocations. Celles-ci n’avaient été l’œuvre que d’une poignée de patrons békés, qui dans leur folle équipée en tracteurs, n’avaient du leur salut, tout comme les gardes mobiles, qu’à l’intervention des membres du Collectif qui les avaient sauvés du lapidage à Trénelle. J’apprendrai un peu plus tard que les habitants de ce quartier aux habitations et aux véhicules troués par les grenades des gardes mobiles se sont constitués en association pour porter plainte contre les forces de l’ordre.

Le Préfet veut passer le micro à Serge LETCHIMY. Il parait fatigué, très éprouvé, sans doute par les gaz qui l’ont fait suffoquer à Trénelle, son quartier natal, quand, le mardi précédent, abandonnant la salle ds négociations, il s’était porté à pied pour s’interposer entre les gardes mobiles et la population de ce quartier dont certains jeunes bombardaient de projectiles la manifestation - illicite et dangereuse - d’une partie des agriculteurs liés aux intérêts békés. Il avait réussi à convaincre les gardes mobiles de reculer avant de s’affaisser, pris d’un malaise. Son intervention, l’intégrité physique de sa personne mit ainsi en jeu, a incontestablement redoré son image. Image qui reste ternie chez les autres « politiques » hésitant et atermoyant, tel Alfred MARIE-JEANNE, retiré sur son Aventin et d’ailleurs absent lors de cette séance des signatures. Seule l’association des maires a eu une attitude vraiment responsable tout en soutenant le mouvement social.

Le Maire prend la parole, paraissant hésiter à chaque mot. Il dit avoir compris qu’un moment historique était aujourd’hui vécu et que ce combat entrepris n’était pas terminé.

Déjà à l’extérieur Ghislaine JOACHIM-ARNAUD répond aux journalistes comme à une tribune, appelant à la vigilance et à la mobilisation jusqu’à l’aboutissement des revendications, pour aller plus loin encore et construire une société plus juste. Pas loin, derrière la grille de la Préfecture, les chants et les slogans, mis au goût du jour, où Sarko rime avec Jégo, redoublent d’intensité.

Ange MANCINI en sortant veut se faire prendre en photo avec Michel MONROSE. Et pour la circonstance il revêt le tee-shirt rouge des manifestants. Le porte-parole s’approche un peu crispé. Voilà la photo est prise. Non Le Préfet n’a quand même pas levé le poing. J’ai l’image d’un souverain qui avait ainsi coiffé le bonnet phrygien de la République…

Nombreux sont ceux qui parlent à présent ouvertement de Révolution, qui disent s’intégrer à un combat anti-consumériste, anti-capitaliste, où la Grèce et l’Irlande ne sont pas très loin finalement, tout comme la France elle-même.
Nemo 36 37


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