LOGEMENT D’URGENCE & ACTION SYNDICALE

Une approche syndicale de la question du logement (6)
mardi 6 avril 2021
par  SUB-TP-BAM RP

Dans le cadre de l’appel à mobilisation pour :
« La journée d’action européenne pour le droit au logement l’arrêt des expulsions et le gel des loyers »
Dont notre syndicat était signataire, nous avons souhaité réaffirmer notre position et les actions directes
que nous préconisons, par une suite d’articles

Avant-propos
Notre place dans le cycle de production, notre forme d’organisation syndicale, et notre projet révolutionnaire induisent une implication essentielle dans l’acte de construire. Si ce dernier ne se résume pas à la question du logement, il reste indéniable qu’en tant que totalement producteurs de ces espaces, et usagers de leur part dite « sociale », notre intérêt est particulièrement vif à leur endroit.
Si, comme producteurs notre contrôle se limite malheureusement aujourd’hui à l’implantation que nous avons dans les entreprises, notre structuration en syndicat d’industrie, rassemblant localement, à travers tous les métiers du BTP (du manœuvre au charpentier, du plombier à l’architecte, de l’agent immobilier au couvreur, du métreur au maçon, du concierge au géomètre, etc.), tous ses acteurs, nous permet, par nos principes d’échanges mutuels, d’envisager les orientations et les moyens d’une intervention révolutionnaire sur le sujet.

1. La question du logement, une affaire syndicale ?
Notre permanence juridique et sociale du samedi matin est fréquemment confrontée à la question du logement. En effet après que soient réglées les problèmes d’emploi et de droit du travail, celui de l’accès à un logement décent se pose pour beaucoup des salarié•e•s qui fréquentent notre permanence.


2. Au-delà du 115

C’est encore ce qui nous est arrivé, il y a moins d’un mois quand notre camarade Mady (*), est venu en permanence pour nous annoncé que sa femme Mariam, avait accouchée d’une petite Kadidia, le mardi précédent.

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Cette première naissance dans la famille de Mady a réjouie tou•te•s les présent•e•s, mais ensuite fortement inquiété notre permanencier Julien, quand Mady lui ait indiqué que tous les 3 retomberaient, sous 2 jours à peine, dans l’enfer du 115, avec une première destination à Mery-sur-Oise, à environ 45 km (1 heure en train et métro) de la maternité où Mariam est en suivi post-natal.

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Ce n’est malheureusement dans le joli château de Mery-sur-Ose que sont logés les bénéficiaires du 115

En effet si Mady a un titre de séjour, Mariam est toujours sans-papiers.
Mady a bien un logement, mais en foyer de travailleurs, et de ce fait ne peut y accueillir sa femme et maintenant sa fille.
Si la section du syndicat, dépendant du ministère du logement soutient Mady dans sa démarche Dalo (Droit au logement opposable), la crise sanitaire a brouillé tous les radars et c’est bien : immédiatement, qu’il faut trouver une solution, car Mady semble totalement épuisé.
En effet, comme Mariam ne parle que Bambara et Soninké, Mady doit l’accompagner d’hébergement en hébergement (qui en général ne dépassent pas 2 jours et couvrent toute la région parisienne). Il a, de ce fait, perdu un certain nombre de missions d’intérim, ce qui risque de lui poser problème à terme, lors de son renouvellement de carte de séjour.
Mariam que nous n’avons pas vu depuis de longs mois, en raison de la crise sanitaire et d’une grossesse ballottée par l’anxiété d’hébergements aléatoires qui a provoqué une première fausse couche, doit comme nous le supposons alors, être aussi dans un état psychologique difficile.

Julien propose alors à Mady de participer au prochain Conseil Syndical du mercredi, pour exposer son problème et que l’ensemble de ses membres puissent organiser la mise en œuvre d’une mobilisation d’urgence.
Ce mercredi là, le Conseil Syndical décida de plusieurs actions :
• Lancement d’un appel aux adhérent•e•s du syndicat pour trouver un hébergement momentané (d’une durée d’au moins quelques semaines) pour Mariam et son bébé, afin qu’elle puisse « se poser » et que nous disposions de plus de temps pour améliorer notre recherche,
• Elargissement de cette demande aux syndicats CNT de la région parisienne,
• Prise de contact avec le réseau SOLIPAM (constitué par des assistantes sociales de l’APHP).

Dès le lendemain, plusieur•e•s camarades du SUB, proposaient les premières solutions provisoires :
• Pascal mettait à profit quelques heures de délégation pour interroger ses collègues, dont un en particulier, pour lequel il avait engagé des actions afin de lui faire bénéficier du 1% logement, et qui dans cette attente avait trouvé, par un réseau communautaire un logement en vue d’un regroupement familial.
• Anne proposait son appartement de 30 m2 pour un mois, pouvant elle-même occuper l’appartement d’une copine absente pour la même durée.

Au regard de ces 2 premières pistes :
• Un appartement situé à Paris, pour un mois, gratuit, où Mady, Mariam et la petite Kadidia, pourraient se retrouver ensemble,
• Une pièce en colocation, dans un pavillon de grande banlieue, pour Mariam et Kadidia, et pour une durée de plusieurs mois, avec une participation d’environ 300 € (pour lequel le syndicat pouvait aider le temps que Mady retrouve un niveau de revenus suffisants).

Il fut décidé de rapidement informer Mady, pour qu’avec Mariam, il•le puissent faire des choix.
Mais, à part un bref message téléphonique brusquement interrompu, le contact fut rompu avec Mady. Appels tombant sur répondeur vocal, non-réponses aux différents texto, et pas plus de réponse aux mails envoyés.
Inquiets, nous avons commencé à faire le tour des hôpitaux parisiens, en commençant par celui où se trouvait la maternité d’accouchement de Mariam. Sans résultat.
10 jours après, Mady réapparu dans une permanence syndicale du samedi, pour nous informer que, venu cherché Mariam à sa sortie de maternité, il avait perdu connaissance et avait été lui-même hospitalisé pendant près d’une semaine en raison d’une trop grande chute de tension. Ayant dans cette période perdu son téléphone, il n’avait plus eut de moyen de contact du syndicat.

Le syndicat, s’occupe maintenant avec Mady :
• De trouver le mobilier nécessaire pour assurer l’installation provisoire (mais pour quelques mois tout-de-même) de Mariam et Kadidia,
• D’organiser le suivi post-natal en fonction de cette nouvelle domiciliation,
• D’inscrire Mariam dans un réseau d’intégration par le logement plus pérenne,
• De trouver le moyen de relancer le dossier Dalo de Mady.

Comme nous aimons le dire au SUB : « La solidarité est un combat », qui ne peut bien évidemment se contenter de bonnes paroles ou d’une forme d’obligation de moyens. La solidarité est un combat qui réclame un résultat … même momentané, même imparfait.
Reprendre l’adage syndicaliste-révolutionnaire : « Le syndicat se suffit à lui-même, et suffit à tout », où comme le stipule notre affiche informant de notre permanence hebdomadaire : « ton problème est aussi le notre … », nous met face à notre responsabilité collective de classe. Il n’est toujours facile de vivre avec, mais c’est en cela que notre pratique syndicale peut se parer du noble terme d’action directe.

(*) Par respect pour les camarades concernés l’ensemble des prénoms ont été changés.


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