N’Autre École

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Revue de presse. Apprendre à désobéir

mercredi 2 octobre 2013, par Greg

Le Monde diplomatique, septembre 2012

Un enseignant et une ancienne institutrice devenue romancière explorent les formes de luttes menées au sein de l’école au cours des cent cinquante dernières années. Ils s’interrogent d’abord sur l’ambivalence du statut de fonctionnaire : les enseignants doivent-ils se consacrer à l’institution qui les paie ou aux enfants dont ils ont la charge ? L’école est-elle une structure de contrôle ou d’émancipation ? Puis ils abordent deux types de résistance : celle, pédagogique, où l’éducateur refuse de transmettre un contenu ou une méthode, à l’instar du mouvement des « désobéisseurs » ; celle, politique, où les personnels protègent les enfants, juifs hier, sans papiers aujourd’hui, s’engagent eux-mêmes aux côtés des maquisards, etc. Ils questionnent finalement l’inaptitude de l’école publique à « corriger l’injustice sociale ». En annexe, une centaine de notices biographiques sont consacrées à ceux qui pensaient, comme Célestin Freinet, qu’« on ne prépare pas l’homme à la liberté par l’obéissance autocratique ».

Nicolas Norrito

Traces de changements, n° 210, mars-avril 2013

Apprendre à désobéir, petite histoire de l’école qui résiste,
Par Budo Françoise.

Est-ce suicidaire pour les enseignants d’instruire, d’éduquer à la désobéissance ? N’y a-t-il pas là un paradoxe ? Est-il possible de faire des élèves des citoyens sans leur apprendre à désobéir ?
Ce petit livre nous invite à la réflexion, à pousser plus loin le questionnement. Partir de faits historiques, remonter le cours de l’histoire et rencontrer des femmes et des hommes, des ‘résistants’ de la seconde moitié du XIXe siècle, moment où l’école laïque en France voit le jour, à aujourd’hui.

Laurence Biberfeld et Grégory Chambat nous confrontent à l’ambivalence de l’école : lieu de contrôle et lieu d’émancipation.
Les enseignants, les directions sont-ils des acteurs au service du public, c’est-à-dire des élèves, ou sont-ils des agents du service public, de l’État ? État qui laisse s’infiltrer le libéralisme dans nos écoles et les transforme en un vaste marché à rentabiliser.

Le mot désobéir fait peur, mais, ne nous y trompons pas il ne rime nullement avec violence et désordre. Au contraire, la désobéissance civile est une action qui vise à se réapproprier le droit d’influer sur les lois et la société. C’est passer du légal au légitime. C’est entreprendre une résistance pédagogique et politique. C’est se rappeler que tous les choix pédagogiques sont politiques : opter pour certaines méthodes, envisager tel contenu n’est pas neutre. Reprenons une citation de Freinet proposée par les deux auteurs : « Nous sommes contre tout bourrage de crâne, qu’il soit de droite ou de gauche, gouvernemental ou oppositionnel. Le bourrage de crâne n’est pas l’éducation ; il en est exactement l’opposé. (…) On ne prépare pas l’homme à l’activité par la passivité, à la liberté par l’obéissance autocratique, à la réflexion et à la critique personnelles par le dogmatisme qui imprègne les livres de nos écoles. »

Le livre nous rappelle que chaque période a ses conflits et que combattre l’injustice, les inégalités, l’embrigadement des jeunes, ça passe par une lutte qui n’est pas sans risque. Perte de poste, mise à l’écart, arrestation… Il est donc essentiel de mettre en réseau tous ces militants de « l’objection de conscience pédagogique ». Des collectifs sont appelés à se mobiliser, à réveiller les esprits trop souvent endormis. Que ce soit en France ou en Belgique, les missions d’une École émancipatrice sont menacées. Interrogeons un exemple récent : les épreuves externes liées aux différentes enquêtes auxquelles sont soumises les écoles, auxquelles se soumet la majorité des directions et des enseignants. N’est-ce pas là un système qui renforce les inégalités sociales et tend à standardiser des populations scolaires pourtant différentes ? « Un outil fait pour aplatir suit sa logique de marteau » comme le dénoncent si bien les auteurs. Et les inspections dans nos écoles… logiques de la culture de l’évaluation et de la performance individuelle qui s’insinuent dans tous les pores de nos établissements : « La température est devenue le seul sujet auquel on s’intéresse ». Comment résister ? Lire d’urgence « cette petite histoire de l’école qui résiste ». Découvrir le vécu et les expériences de ceux qui nous ont précédés, c’est déjà prendre le maquis…

Alternative libertaires, 218, juin 2012

Education : Apprendre à désobéir de G Chambat et L Biberfeld
On nous a suffisamment rabâché, enfants, que l’école était ce lieu où l’on enseigne « à penser par soi-même », à devenir « autonome ». Ce, entre deux contrôles, ou deux vexations pour résultats insuffisants. Si tel était le cas, elle ne punirait ni l’impertinence ni la désobéissance – des profs et des élèves – mais les enseignerait.

Au lieu de quoi, elle est souvent le premier lieu où on apprend à dissimuler, à biaiser, à se soumettre… ou à être puni, déclassé, réorienté. Laurence Biberfeld et Gregory Chambat (voir entretien en pages 14) font l’histoire de l’école qui désobéit.

Qui désobéit depuis le projet d’un enseignement intégré tel que la Commune de Paris l’a imaginé. Qui désobéit à l’école prétendument publique, à ses bataillons de hussards noirs, uniformes et patriotes, en refusant de relayer le bellicisme ambiant.

Qui désobéit en cachant les enfants juifs sous Vichy, en ne cédant jamais (la fédération CGT de l’éducation), en résistant dès la première heure (Germaine Tillion ou les centaines de profs déportés) en dénonçant la torture pendant la guerre d’Algérie, et la chasse aux enfants sous Sarkozy.

Qui désobéit à l’instar de ces instits et professeurs, révoqués, emprisonnés, et parfois torturés, déportés, par centaines, ou qui disparaissent sans laisser de traces… en Algérie. Elle désobéit à l’image des élèves, des parents et des directeurs d’établissement faisant barrage aux flics de tous les régimes lorsqu’il s’agit de protéger les enfants des politiques racistes, autoritaires…

Sur la toile de fond du constant bras de fer entre pouvoir et éducation, Apprendre à désobéir est un livre véloce et vivant, truffé d’informations factuelles, parfois émouvant, souvent surprenant, et toujours en colère.

Il fait l’histoire de la résistance à ce qui veut nous soumettre dès l’enfance : au nom de l’enfant, au nom d’une autre idée de la place sociale de l’éducation, au nom, viscéralement, de la dignité.
À lire, à faire lire, à laisser en évidence sur la banquette du train pour transmettre le virus d’une « n’autre école ».

Cuervo (AL 95)

Le Monde libertaire n° 1672 du 10 au 16 mai 2012

Enseigner la désobéissance à l’école ?

« Mais vous n’y pensez pas ! Enfin ! Ce n’est pas sérieux ! C’est aberrant ! C’est idiot ! C’est suicidaire pour le maître car il faut les tenir, les gamins ! Parce qu’il faut de l’ordre dans une classe, il faut de la discipline pour que ça marche… »

 Ça, c’est ce que pense tout un chacun qui ne pense pas plus loin que sa propre petite expérience éducative. C’est ce que pensent beaucoup qui n’ont jamais eu d’autre modèle et qui peinent à croire que l’on puisse procéder autrement.

D’une façon générale, en gardant cependant en mémoire la révolte récente des jeunes des différents printemps arabes, la propension des adolescents, de la jeunesse de tous les temps, à verser spontanément dans la désobéissance, la contestation et la révolte n’est pas du tout acquise. Oui, ce sont les jeunes que l’on conduit comme des moutons à l’abattoir lors des guerres.

La question de la nécessité de l’enseignement de la désobéissance n’est donc pas propos inutile.

Enseigner la désobéissance et désobéir soi-même à l’État est cohérent quand on est un agent au service du public. Cela peut étonner quand on est fonctionnaire de cet État.

Pour autant, cette désobéissance n’est pas en soi révolutionnaire. Pas encore. En précisant vivement que la désobéissance ne relève pas de la violence. La désobéissance ne relève pas non plus de la non-violence, bien que les activistes non-violents l’aient largement mise en pratique, mais que, à l’instar de la grève, du boycott et même du sabotage, la désobéissance est neutre, ouverte.

Il y a tout un parcours − et il y faut parfois beaucoup de chance − pour sortir de l’ornière de l’obéissance, cheminement qui se fait à l’aide des… éducateurs ; des éducateurs qui ne seront pas forcément des professionnels.

Pour avancer, l’individu a besoin de l’expérience des autres individus qui montrent ce qu’il est possible de faire, comment le faire ; et qui font ainsi progresser la collectivité humaine par la multiplication des exemples. Nous sommes un être collectif.

Le grand précurseur, celui qui inventa, celui qui réussit à populariser cette notion de « désobéissance » − civile ou civique −, fut sans conteste Henry David Thoreau (1817-1862). Brièvement enseignant, il renonça au métier devant l’obligation qu’il eut de pratiquer des châtiments corporels. À cet homme, il faudra en joindre un autre, Étienne deLa Boétie (1530-1563), qui mit l’accent sur le second versant du problème : la servitude volontaire.

Dans ce livre, on retrouvera des enseignants qui dernièrement furent qualifiés de « désobéisseurs », des éducateurs dignes successeurs d’une pléiade ici recensée dont nous avons grand souci de retenir les noms.

Quand on parle d’enseigner la désobéissance, on ne veut pas dire que l’on veut promouvoir le désordre, mais que l’on veut accéder à un autre niveau de conscience : à un ordre que l’on acceptera librement ; de ce qui est légal, on veut passer au légitime.

Depuis le procès de Nuremberg, il est internationalement reconnu que les lois ne sont pas forcément légitimes et qu’il est parfois nécessaire de s’y opposer. Action dangereuse en dictature, moins en démocratie, mais toujours risquée dès lors que l’on s’oppose à une loi qui viole des droits naturels ou qui tout simplement va contre l’intérêt public.
On sait que l’ordre excessif mutile la vie, de même que trop de rationalité assèche l’esprit. Les scientifiques en ont fait l’expérience ; les artistes et les poètes le savent profondément. Avancées et découvertes ont souvent jailli de l’irrationnel, du désordre ou du chaos ; le « nouveau » ne survient souvent que par erreur, par tâtonnements, par accident, par hasard, à cause d’un petit « désordre », etc.

Alors, il s’agira pour l’éducateur de donner sa place à l’imagination, à la découverte, à la liberté. Enseigner la désobéissance à l’école, c’est permettre à l’élève de faire l’apprentissage de la liberté ; c’est enseigner la liberté !

Enseigner la désobéissance, c’est remettre en question toutes les dominations qui entravent, c’est créer l’espace où s’exercera une souveraineté qui n’est pas celle de l’isoloir, mais qui se vit dans la rue, au village, à l’usine, au bureau, dans la famille, etc.
Mais est-ce que la liberté peut s’enseigner ? Ce livre nous l’affirme en quelque sorte.

Il nous dit surtout les conditions pour que la liberté advienne, les façons de faire, fruit d’une expérience séculaire, les techniques, les méthodes, les apprentissages de nouveaux comportements collectifs, etc.

Il nous dit de plus que, d’une façon générale, partager son savoir peut conduire à l’idée de supprimer l’école.
Il nous dit que préparer des humains à l’autonomie, à l’égalité, à un monde délivré de toute oppression ne saurait se faire au moyen de l’autorité. Au contraire, non-directivité et exercice précoce de la responsabilité personnelle seront privilégiés par la pratique de la coopération concrète.

Enseigner la désobéissance à l’école, c’est « faire l’école » pour la liberté.

Oui, voici un livre d’Histoire qui enseigne aux enseignants et qui enseigne aussi à tous et qui se termine par plus d’une centaine de fiches biographiques des principaux « désobéisseurs » cités, des plus anciens jusqu’à ceux qui récemment se sont illustrés dans la contestation.

Nous ne doutons pas que certains ont été oubliés. Max Stirner, par exemple, et son Faux Principe de notre éducation :
« L’insubordination et l’entêtement de l’enfant ont autant de droit que son désir de savoir. On met tout son soin à stimuler ce dernier ; que l’on provoque donc aussi la force naturelle de la volonté : l’opposition. »

On trouvera également dans ce petit bouquin, très bien fait à tous points de vue, une excellente bibliographie.
Allez ! Lisez-le et jetez votre bonnet d’âne au feu !

André Bernard

Et même la revue des IA !

—Apprendre à désobéir (premier titre de la collection N’Autre école)

A l’heure où le mythe de Jules Ferry semble redevenir le modèle éducatif de la gauche au pouvoir, il est important de rappeler l’histoire complexe et ambiguë de cette institution, cet ouvrage retrace cent cinquante ans d’insoumission dans et contre l’institution scolaire et de lutte sindividuelles et collectives d’enseignants qui, depuis la création de l’école laïque et obligatoire, se sont battus pour garder à l’éducation sa valeur première, à savoir l’émancipation de tous les élèves.
Il nous donne l’envie de continuer à nous battre pour défendre une valeur qui est à (re)conquérir constamment : la liberté.
Bref, c’est un livre qui par les exemples de luttes qu’il relate, « redonne la pêche - ».

http://www.syndicat-ia.fr/revueIA/Annee%202012/n5_juin12.pdf