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Dans les programmes scolaires, difficile de... trouver du travail

mercredi 17 avril 2013, par Greg

Par Jean-Pierre Fournier.

Ce n’est pas un sujet à traiter au primaire, ni dans la « découverte du monde » ni plus tard en histoire, géographie, instruction civique (une toute petite allusion en CE2 en géo et en histoire à propos du xix e siècle) ; ni au collège : certes on parle d’économie en Histoire-géo, du travail des paysans du Moyen Âge (mais celui des Égyptiens de l’Antiquité a disparu), d’esclavage, et l’entreprise est le sujet traité en technologie, mais le comment du travail : les gestes, les horaires, les nécessités, les contraintes, les à-côtés, les fiertés…, rien de tout cela n’apparaît.

Hors enseignement, les forums des métiers donnent parfois quelques éclairages, mais ils sont faits pour les élèves de 4 e et surtout de 3 e, et dans la seule optique de l’orientation ; les stages de 3 e donnent lieu à d’intéressantes expériences – et pas mal de couacs – et c’est une semaine sur une situation précise. C’est peu, et les élèves sans « réseau », dont les parents ne peuvent glisser leurs enfants une semaine dans leur entreprise (parents chômeurs, professions du nettoyage) risquent de ne connaître que le Franprix du coin ou la salle de permanence du collège.

Au lycée, ça change : en lycée professionnel bien sûr, dans les sections technologiques des lycées généraux, on parle technique et famille de métiers, mais les conditions du travail en entreprise sont loin ; l’imprégnation idéologique par contre est souvent bien présente (cf. article p. 37) ; au lycée général, on en parle de façon très théorique en sciences économiques et sociales : on évoque l’entreprise, les groupes sociaux, pas le travail lui-même. En philo, le travail est l’un des trois thèmes autour de la notion de culture.

Le travail est donc à la porte des établissements scolaires. On en parle peu, de loin (c’est le travail du passé, ou, plus tard, ce sont des constructions théoriques « à propos de ») et en technologie le maniement a progressivement laissé la place au cours, TICE mises à part. Faire une place au travail dans les programmes scolaires dès la maternelle serait difficile car cela pose des questions, mais comme tout contenu d’enseignement : comment éviter d’en rester au descriptif, comment passer du particulier au général, du concret à l’abstrait… Mais cela aurait un double avantage : donner un terreau de questions renouvelées, de premier intérêt, et du coup réhabiliter l’activité sociale des parents. ■

Tout simple : le travail au collège, on peut faire

Début de sixième, on découvre le collège, alors les élèves font des enquêtes sur les métiers du collège et se disputent les interviews ; pas seulement « la dame du CDI » ou « les surveillants » dont on se sent proche, mais aussi l’ouvrier professionnel qu’on voit peu (ce n’est pas quand on a cours qu’il vient réparer la serrure) ou les agents. Question rituelle quand on prépare les questionnaires : « On peut leur demander combien ils gagnent ? » Car un travail, c’est aussi un salaire, une chose qu’on fait semblant d’ignorer quand on déplore que les élèves fuient l’enseignement professionnel et les métiers qui les suivent. Les intéressés interrogés sont souvent pudiques sur le sujet, mais disent par contre leurs satisfactions/insatisfactions – et c’est très écouté. Car le travail, c’est passionnant. Au point qu’une année, las de répondre aux futurs sixième de l’école d’à côté sur « les violences », une classe a fait une brochure pour présenter « les métiers du collège » à partir non seulement des interviews mais aussi des interventions en classe de la gardienne, de l’OP. Ce fut le point de départ d’un retour sur un passé récent où « on » (les parents) n’allaient pas à l’école, sur les raisons qui faisaient que « on » (les élèves) y allait tous maintenant… des séances très suivies par ces élèves difficiles d’ordinaire… à mettre au travail ! ■ (J.-P. F.)