CNT 66

La CRISE DES ÄNES !

dimanche 9 octobre 2011

Un homme portant cravate se preÌ senta un jour dans un village. MonteÌ sur une caisse, il cria aÌ€ qui voulait l’entendre qu’il acheÌ€terait cash 100 euros l’uniteÌ tous les aÌ‚nes qu’on lui proposerait. Les paysans le trouvaient bien peu eÌ trange mais son prix eÌ tait treÌ€s inteÌ ressant et ceux qui topaient avec lui repartaient le portefeuille rebondi, la mine reÌ jouie. Il revint le lendemain et offrit cette fois 150 € par teÌ‚te, et laÌ€ encore une grande partie des habitants lui vendirent leurs beÌ‚tes. Les jours suivants, il offrit 300 € et ceux qui ne l’avaient pas encore fait vendirent les derniers aÌ‚nes existants. Constatant qu’il n’en restait plus un seul, il fit savoir qu’il reviendrait les acheter 500 € dans huit jours et il quitta le village. Le lendemain, il confia aÌ€ son associeÌ le troupeau qu’il venait d’acheter et l’envoya dans ce meÌ‚me village avec ordre de revendre les beÌ‚tes 400 € l’uniteÌ . Face aÌ€ la possibiliteÌ de faire un beÌ neÌ fice de 100 € deÌ€s la semaine suivante, tous les villageois racheteÌ€rent leur aÌ‚ne quatre fois le prix qu’ils l’avaient vendu et pour ce faire, tous emprunteÌ€rent.

Comme il fallait s’y attendre, les deux hommes d’affaire s’en alleÌ€rent prendre des vacances meÌ riteÌ es dans un paradis fiscal et tous les villageois se retrouveÌ€rent avec des aÌ‚nes sans valeur, endetteÌ s jusqu’au cou, ruineÌ s.

Les malheureux tenteÌ€rent vainement de les revendre pour rembourser leur emprunt. Le cours de l’aÌ‚ne s’effondra. Les animaux furent saisis puis loueÌ s aÌ€ leurs preÌ ceÌ dents proprieÌ taires par le banquier. Celui-ci pourtant s’en alla pleurer aupreÌ€s du maire en expliquant que s’il ne rentrait pas dans ses fonds, il serait ruineÌ lui aussi et devrait exiger le remboursement immeÌ diat de tous les preÌ‚ts accordeÌ s aÌ€ la commune.

Pour eÌ viter ce deÌ sastre, le Maire, au lieu de donner de l’argent aux habitants du village pour qu’ils paient leurs dettes, le donna au banquier, ami intime et premier adjoint, soit dit en passant. Or celui-ci, apreÌ€s avoir reÌ tabli sa treÌ sorerie, ne fit pas pour autant un trait sur les dettes des villageois ni sur celles de la commune et tous se trouveÌ€rent proches du surendettement.

Voyant sa note en passe d’eÌ‚tre deÌ gradeÌ e et pris aÌ€ la gorge par les taux d’inteÌ reÌ‚ts, la commune demanda l’aide des communes voisines, mais ces dernieÌ€res lui reÌ pondirent qu’elles ne pouvaient en aucun cas l’aider car elles avaient connu les meÌ‚mes infortunes.

Sur les conseils aviseÌ s et deÌ sinteÌ resseÌ s du banquier, toutes deÌ cideÌ€rent de reÌ duire leurs deÌ penses : moins d’argent pour les eÌ coles, pour les programmes sociaux, la voirie, la police municipale... On repoussa l’aÌ‚ge de deÌ part aÌ€ la retraite, on supprima des postes d’employeÌ s communaux, on baissa les salaires et paralleÌ€lement on augmenta les impoÌ‚ts. C’eÌ tait, disait-on, ineÌ vitable mais on promit de moraliser ce scandaleux commerce des aÌ‚nes.

Cette bien triste histoire prend tout son sel, quand on sait que le banquier et les deux escrocs sont freÌ€res et vivent ensemble sur une iÌ‚le des Bermudes, acheteÌ e aÌ€ la sueur de leur front. On les appelle les freÌ€res MarcheÌ s.

TreÌ€s geÌ neÌ reusement, ils ont promis de subventionner la campagne eÌ lectorale des maires sortants.
Cette histoire n’est toutefois pas finie car on ignore ce que firent les villageois. Et vous, qu’auriez-vous fait aÌ€ leur place ? Que ferez-vous ? (D’apreÌ€s une fable espagnole dont l’auteur nous est inconnu)
Nous sommes tous des « IndigneÌ s  »

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La crise des ânes

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