Histoire des Vignoles
07.02.2009
D’abord, il nous faut remercier tous ceux qui sont venus, parfois de très loin, pour ces journées. Aux côtés des camarades espagnols, nous ferons une mention spéciale pour les camarades allemands, dont la présence est hautement symbolique, ici et surtout au Père Lachaise devant les monuments aux victimes de la barbarie nazie. Décidément non ! Les travailleurs n'ont pas de patrie...
Finalement, la plaque que nous inaugurons aujourd'hui est la trace d’un passage, dans un temps et dans un lieu d’une génération de prolétaires que les autorités administratives rangent sous la rubrique « étrangers ».
C’est pourquoi nous tenons à ce que l’hommage aux parias d’hier s'étende aux parias d’aujourd’hui. Sans-papiers, immigrés, déracinés, persécutés, exploités : puisqu'il ne nous est pas possible encore de faire que chacun se sente chez soi n'importe où sur la planète, qu'ils sachent au moins qu'à la CNT, ils sont chez eux.
Le local devant lequel nous sommes a été loué et totalement rénové par la CNT Espagnole en 1970. Il venait à la suite d'implantations plus précaires encore rue de la Douane et surtout 24 rue Ste Marthe, à Belleville. Au fil des conflits et des ruptures, il y a eu aussi à Paris d'autres locaux cénétistes, rue Saint-Denis, rue Gracieuse...
Dans la géographie bien particulière de l’exil anarchosyndicaliste espagnol, il rejoint le 4 de la rue Belfort de Toulouse, la mythique « citadelle » qui pendant des décennies fit fantasmer amis et ennemis.
Le jour de l'inauguration de ce local a été placé sous le double signe de la culture et de la tragédie. Jean Cassou, hispaniste éminent et directeur du musée d’art moderne de Paris, ami de toujours des exilés espagnols, est présent. A Barcelone, le même jour, le jeune libertaire Salvador Puig-Antich est exécuté.
Au fil du temps, on y a vu aussi, de passage ou pour des interventions plus ou moins longues et répétées, le dissident soviétique et mathématicien Léonide Plioutch, les dramaturges Fernando Arrabal et Armand Gatti, les chanteurs Paco Ibañez, Juan Cedrón, José Antonio Labordeta et, bien sûr, Serge Utge-Royo…
Et comment ne pas nommer aussi Madeleine Lamberet, Pierre Depienne et le docteur Paul Denais, amis de toujours.
Et aussi les proscrits de partout, les anarchosyndicalistes du monde entier : bulgares, italiens, suédois, les mineurs anglais en grève contre la Dame de fer…
Le premier congrès de l’Association Internationale des Travailleurs après la mort de Franco s’y est tenu ; il y fut question de géants et de nains. Certains s'en souviennent encore.
Des conférences, des débats, des expositions, des assemblées, des congrès régionaux et nationaux s'y sont déroulés. Mais aussi des veillées chaleureuses, des repas solidaires, comme celui qu'organise demain le syndicat du bâtiment. C'est ici aussi qu'ont vibré les centres névralgiques des grandes manifestations organisées par la CNT, Mai 2000 et i07.
Ce local a aussi hébergé des groupements divers : l'Organisation Révolutionnaire Anarchiste (plus tard Organisation Communiste Libertaire), Solidarité Internationale Antifasciste, ainsi que d'innombrables comités de soutien.
C’est aujourd’hui la CNT française qui l’occupe principalement et qui y poursuit son action syndicale.
Au moment de conclure, nous n’oublions pas qu’avoir un local comme celui-ci en ces temps de spéculation immobilière, c’est aussi un combat.
Nous n'oublions pas Roque Llop, ancien instituteur de la révolution espagnole et déporté à Mauthausen, qui jusqu'à sa mort à 89 ans, a animé ici le service culturel de la CNT espagnole en exil. Nous n'oublions pas Francisco Roldán, toujours souriant, toujours prêt à rire, qui est parmi nous par la pensée cet après-midi, même si son grand âge l'empêche de quitter son appartement de Drancy.
Nous n’oublions pas non plus tous les autres, les anonymes, anciens des barricades du 19 juillet, anciens du front d’Aragon ou d’ailleurs, anciens des camps de la honte en France, anciens des Camps d'extermination, anciens de la 2° DB, qui ont dû une nouvelle fois faire front aux autorités de la Mairie de Paris qui voulaient les expulser en 1996. Et, avec eux, avec les voisins du 33 et du quartier, les syndicats de la CNT ont fait face et ont obtenu la possibilité de rester.
Que ce soit également l’occasion d’avoir une pensée pour Marie, voisine chaleureuse du 33, qui nous a quittés prématurément : elle aurait dû être là, avec nous tous.
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