Nous défendons la liberté, oui, mais laquelle ?

Le gouvernement français a pris depuis quelques mois de nombreuses « dispositions sanitaires », qu’il juge efficaces pour enrayer l’épidémie de Covid-19. Et on entend un peu partout autour de nous, mais aussi dans les organisations se revendiquant de gauche, de la droite libérale ou de l’extrême-droite, que ces dispositions sont une entrave à nos libertés individuelles.

Parce que le débat nous paraît extrêmement confus et que l’on constate une indéniable percée des théories complotistes, il nous semblait important de rappeler le positionnement de la CNT, et du mouvement libertaire en général, sur cette question des libertés individuelles.

Certain·e·s pensent que les anarchistes disent : « chacun·e fait ce qu’iel veut comme ielveut ». C’est en fait un raccourci qui conduit à un profond contresens : les libertaires défendraient donc l’égoïsme et/ou le libéralisme…

En fait, les libertaires sont très attaché·e·s aux libertés individuelles, bien sûr, mais à condition de les relier aux libertés collectives. Selon nous, la liberté est le résultat de l’association humaine. Si tout le monde ne bénéficie pas de cette liberté alors celle-ci devient juste… un privilège.

Face aux libéraux qui clament : « ma liberté s’arrête là où celle des autres commence » nous préférons répondre que « La liberté des autres étend la mienne à l’infini » et ajouter ce que disait Bakounine en son temps : « La liberté illimitée de chacun par la liberté de tous, la liberté par la solidarité, la liberté dans l’égalité ».

Et c’est là que l’on touche du doigt une deuxième notion, très chère aux libertaires, celle de l’égalité. Il est donc insupportable d’entendre certain·e·s dénoncer l’atteinte aux libertés individuelles sans jamais revendiquer l’égalité. Selon nous, ces deux notions sont indissociables. Pour ne prendre qu’un exemple, riches et pauvres n’ont pas le même accès à « la liberté de circuler ». Permettez-nous de le répéter, la « liberté » sans égalité, c’est juste un privilège pour les mieux placé·e·s.

Dans les sociétés occidentales, on bénéficie d’une certaine « liberté libérale-démocratique, organiquement rattachée au capitalisme, aux droits de l’homme, à la propriété individuelle, […] La liberté d’aller à la pêche, sous le regard du gendarme qui va sécuriser [notre] voiture. » dixit E. Colombo dans La liberté du peuple.

Des revendications qui porteraient uniquement sur le principe des « libertés individuelles » amènent donc fatalement à une société individualiste, dans laquelle régnerait la loi du plus fort, la loi de la jungle (ce que les libéraux préfèrent appeler la loi du marché).

Il est évident que la loi de Sécurité Globale, défendue par la droite, l’extrême-droite et le gouvernement, constitue une véritable atteinte aux libertés individuelles ET collectives. Mais on ose s’attaquer à un autre débat qui fait rage et qui est pour le moins épineux en ce moment : le port du masque.

Avant l’épidémie, des lois furent votées pour nous interdire de porter des masques (notamment en manifestation) puis voilà qu’il est devenu obligatoire (après nous avoir expliqué qu’il était… inefficace).

Laissons donc de côté les injonctions (contradictoires) du gouvernement, et osons la question : le port du masque est-il une atteinte à nos libertés individuelles ? Parce que c’est ça qui nous intéresse ici.

On ose poser comme présupposés qu’il y a une épidémie mortelle et que le masque est efficace contre la transmission d’un virus, sinon c’est encore un autre débat…

Il paraîtrait donc logique de l’adopter collectivement, ne serait-ce que pour éviter la contamination d’une « personne à risque » ou tout simplement pour limiter sa circulation dans la société. Et que ce soit clair, nous ne défendons pas ici le fait de verbaliser celles et ceux qui ne porteraient pas le masque (une fois de plus, les riches ont eux, le privilège de pouvoir payer !). En fait, les injonctions du gouvernement, on s’en fout. On ne pense pas qu’il se soucie sincèrement de notre santé. Sur cette question, comme sur toutes les autres, nous devons nous déterminer par nous-mêmes en se questionnant sur l’intérêt collectif.

Et nous considérons qu’il est abusif de scander que le port du masque est une atteinte aux libertés individuelles sans parler de collectif, sans parler d’égalité. Car même face à la mort, nous ne sommes pas égaux/ales et ce serait quand même cool de tenir compte de celles et ceux qui seraient plus à risque.

Le fait de permettre que chacun·e puisse continuer à sortir, à se sentir à son aise, c’est tenir compte des autres au-delà de soi, c’est tenir compte de leurs particularités et difficultés. S’imposer parfois quelques contraintes personnelles ça fait partie d’une prise de conscience de la collectivité.

Il serait donc pertinent et urgent, que nous pensions collectivement ce qui est souhaitable pour nous, sans constamment se demander ce qu’exige ou interdit le gouvernement. C’est ainsi que nous pouvons tendre vers l’autogestion et l’émancipation.

Lorsqu’un collectif a conscience de son intérêt commun, cette pratique ne relève donc plus d’une contrainte mais d’un choix fait en toute conscience, de préserver les libertés individuelles et collectives, de tendre vers l’égalité.

Et cette conscience collective reste notre meilleure arme pour mener les nombreuses luttes à venir contre ce gouvernement et son monde !

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Syndicat CNT de la Gironde