C’était dans une usine…

 C’était dans une usine, une sale usine 3/8aine, d’embouteillage de pinard, au bout du quai de Bacalan pas encore remaquillé.

Ça consistait, depuis 3 jours, à passer des boutanches de vin millésimé à la laveuse : derrière nous, une caisse de 600 bouteilles qu’on coinçait entre les doigts et qu’on posait sur un tapis roulant, deux bouteilles par main, 60 bouteilles par caisse, 15 minutes par caisse, 8 h par jour.

Les mains défoncées, et le dos en vrac, et avec moi Virginie qui faisait ça depuis 10 ans. On était là à faire une danse stupide qui vrillait le dos, les pieds fixes, les deux bouteilles dans chaque main, demi-tour du tronc, et hop, les bouteilles sur le tapis et ainsi de suite.

Le chef du personnel est descendu de son bureau mirador, s’est calé entre Virginie et moi, et a dansé avec nous pendant 12 bouteilles à tout casser. Il a poussé Virginie du coude et avec sa gueule de navet, il lui a jeté : “on fait quand même un métier passionnant “. Elle a tristement jaugé, elle avec sa gueule fatiguée de meuf de 30 ans qui en paraissait 40, et lui a calmement dit « pauvre con ». Il a fait demi tour et a arrêté de traîner dans nos pattes pendant 3 ou 4 jours… Pauvre con…

Le SUBTP 33, Mars 2011