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Edito
Chaque mois, un syndicat de notre Union Locale de la Gironde rédige un édito en rapport avec l'actualité.
Juin 2012
Vivre et laisser crever
Comme chaque année, le retour de l’été signe les fleurs, les hirondelles et les bières en terrasse... Enfin pour certain.es, car pour d'autres, c'est surtout la fin de la trêve hivernale. Les personnes ne pouvant pas payer leur loyer se font expulser et les centres d'hébergement d'urgences voient leur capacité d'accueil diminuer de moitié.
L'état se targue d'enrayer le problème du mal logement, d'être un véritable « état-providence » à coups de circulaires, de textes de loi (loi DALO), de décisions de justice et autres déclarations: '« Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique et sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence ». Art. L 345-2-2 Code de l’Action Sociale et des Familles. ' « Toute personne accueillie dans une structure d'hébergement d'urgence doit pouvoir y bénéficier d'un accompagnement personnalisé et y demeurer, dès lors qu'elle le souhaite, jusqu'à ce qu'une orientation lui soit proposée.» Art. L 345-2-3 Code de l’Action Sociale et des Familles.
Le Conseil d’Etat, dans sa décision rendue le 10 février 2012, reconnaît le droit à l’hébergement comme une liberté fondamentale.
Pourtant, nous travailleur.es de l'urgence sociale constatons une toute autre politique capitaliste, raciste, répressive et meurtrière. Pour exemple, le foyer Leydet à Bordeaux qui accueille environ 150 personnes tous les soirs est en train de subir une restructuration ironiquement dénommée « projet d'humanisation ». D'ici l'année prochaine, environ 80 places vont être supprimées (sans aucun relais concret à ce jour). Pour les 70 places restantes, l’objectif est une illusoire réinsertion en 3 mois.
En conjuguant des critères d'accueil hyper restreints à des objectifs inatteignables, les pouvoirs publics s’assurent d’échecs rapides, imputables aux usagers, n’engageant pas de suivis plus longs et coûteux.
Afin de préparer le terrain, les pouvoirs publics via des directions collabos, mettent en œuvre ces politiques hors de tous cadres légaux sous formes de directives orales, de pressions informelles à des salarié.es, mis.es en concurrence et insécurisé.es par des suppressions drastiques de postes. Depuis quelques mois déjà, toutes personnes étrangères européennes n'a plus accès aux droits à la stabilisation (possibilité d'avoir un lit durant 6 mois) sans qu'aucunes directives écrites ne viennent soutenir cette décision. C'est la direction présente lors des réunions, qui impose cette pratique. L'excuse de la crise économique tombe à pic pour mettre à l'index un soi-disant afflux massif d'étrangers pauvres.
D’une façon massive, l’offre étatique de protection sociale s’effondre et disparaît. Une camarade de la CNT employée au SAMU social de Bordeaux expliquait dernièrement que la règle tacite de ne pas laisser d’enfant sans solution d’hébergement dans cette ville avait été brisée. Les dispositions concernant les personnes arrivant de l’étranger créent des situations insupportables : La couverture sociale des personnes qui arrive sur le sol français est désormais payante, les critères d’accès au titre de séjour « étranger malade » ont été grandement restreints. Cela revient à condamner parfois les gens à la mort ici ou à l’étranger et pose de graves problèmes de santé publique (retour en for ce de la tuberculose et autres maladies).
Face à situation, peu de mobilisation des travailleur.euse.s de la santé et du social a vu le jour au niveau national. Les pratiques managériales ayant en partie réussies, par la division et les pressions exercées, à prévenir toute réaction collective.
Pourtant, certaines luttes et initiatives ont permis de réels changements. A Toulouse, des travailleurs de l’urgence occupent depuis plus d’un an un lieu et ont permis la création d’un lieu d’hébergement afin de pallier au manque de souplesse, de variété et de nombre des structures existantes. En plus d’interpeller les pouvoirs publics sur le manque de moyens alloués à la « grande précarité », l’expérience a permis à plusieurs des héberger de se « poser », et de reprendre le cours de leur vie.
L’arrivée au pouvoir de Hollande ne changera rien, seules les réappropriations de nos métiers et la collectivisation des moyens hors des cadres imposés nous permettront de concevoir un travail social qui soit émancipateur. Seule la lutte paye !
Syndicat santé social 33