La méthode Blanquer : en finir avec la liberté pédagogique

En multipliant les interventions médiatiques, le chouchou des réactionnaires poursuit sa mise au pas des enseignant.e.s. La dernière en date, le 25 avril, est parue dans le Parisien. Il ne faut pas, dit le ministre de l’Education, confondre la liberté pédagogique et l’anarchisme. Le lendemain paraissait dans le Bulletin Officiel quatre circulaires signées de son nom sur la lecture, la grammaire, le calcul et la résolution de problèmes. Une première, notamment, dans le déroulé des injonctions. Le « bienveillant » Blanquer liste ce qu’il faut bien faire jusqu’à demander aux profs de « circuler dans les rangs pour consulter les productions des élèves… ».


Pour les classes de CP, un guide a été envoyé à tou.te.s les enseignant.e.s. Un guide de 130 pages à respecter à la lettre. La lecture globale est proscrite ! A lire de b à ba en utilisant La méthode scientifique c’est à dire la syllabique. « L’automatisation du code » est un « impératif » (p.51). Au pilori toutes les autres y compris la « mixte ». Aux ordres de la science, une progression unique est rédigée pour « l’étude des correspondances graphèmes-phonèmes » (p.55 à 61). Il faudra faire des dictées et écrire deux fois par jour. Ah la belle affaire !


Pour « la mise en œuvre d’une leçon de lecture-écriture », Blanquer propose l’exemple du graphème s prononcé /z/. Extraits : « usi, iso, ousi, asa (syndicale ?!)… » qu’il faudra ânonner. Suit une liste de mots : « une visite il ose assise le musée l’Asie désolé… », qu’il faudra écrire. Puis, un texte qu’il faudra étudier : « Chassé pour sa fourrure, le renard à l’affût a repéré une poule isolée. La poule fuit vite, lui échappe. Pas rusé, le renard ! ». Comme on l’aura compris, lire ce n’est pas comprendre ni s’émanciper. Encore moins interroger le monde. A ce compte là, les 100% de réussite vont être vite atteints …


Pour conclure, Jean-Michel Blanquer regrette que « 31 % des enseignants n’utilisent pas de manuel ». Il demande donc d’en choisir un. Encore un cadeau de bonne grâce à ses amis éditeurs.


En publiant ce guide et ces circulaires, ces instructions serviront de cadres et permettront aux inspections un contrôle accru sur les pratiques pédagogiques : gare à celles et ceux qui ne seront pas dans les rangs.


Car le fond de l’affaire, ce n’est pas de savoir si la syllabique va reprendre ses droits –qu’elle n’a pour ainsi dire jamais perdu depuis Jules Ferry- mais de tester une profession dans sa capacité à rogner ou pas sur ses libertés pédagogiques.


Le laisserons-nous faire ? L’histoire ne le dit pas. A nous de l’écrire !


CNT, le 29 avril 2018

Publié le Mai 2018 2018.