29 décembre 1939 : mort de Madeleine Pelletier, militante socialiste et féministe

samedi 29 décembre 2018

Née le 18 mai 1874, Madeleine Pelletier fait des études de médecine et devient la première femme psychiatre interne des hôpitaux de Paris.

Elle est l’une des rares femmes déléguées syndicales du début du siècle, et particulièrement âpre à défendre la cause des femmes. Pelletier est représentante du Nord au congrès fondateur du Parti socialiste en 1905, puis membre du PS. Les socialistes bénéficiaient d’une aura non négligeable auprès des féministes pour avoir, les premiers, reconnu l’égalité des sexes au congrès ouvrier de Marseille en 1879, sous l’impulsion d’Hubertine Auclert. Pelletier relie féminisme et syndicalisme et amène à les considérer comme étroitement imbriqués :
"En même temps qu’elles doivent s’affranchir en tant que classe, il est absolument indispensable [que les femmes] s’affranchissent en tant que sexe. […] Parce qu’on ne veut pas faire sortir la femme du cercle étroit de la famille, elle devient un organe inconscient de sa réaction."

Pelletier rejoint la tendance guesdiste Justice sociale, plus radical que le courant jauressiste, et s’inscrit dans la 14ème section de Paris. Jusqu’en 1914, elle fut membre du Conseil national du Parti. En 1906, elle propose une résolution sur le suffrage des femmes au IIIe congrès national qui a lieu à Limoges. Son projet fut voté à l’unanimité moins les six voix des Vosges mais on lui fait comprendre que si sa motion avait été votée, c’est parce qu’elle n’avait aucune importance : "Si le vote des femmes était prêt de se réaliser, vous verriez les objections." Le 21 décembre de la même année, elle pose la candidature de 70 adhérentes de la Solidarité des femmes à la Chambre en demandant l’admission dans les réunions du groupe socialiste et en exigeant la nomination d’une sous-commission pour le suffrage des femmes. En juillet 1907, elle obtient du congrès fédéral de la Seine de pouvoir représenter à nouveau le texte de la motion de Limoges au congrès de Nancy qui se tient en août.
Son engagement socialiste sincère ne l’a jamais empêchée de tenir une analyse très critique du patriarcat dans la classe ouvrière. Son positionnement pour un féminisme plus large que seulement centré sur la classe ouvrière lui vaut régulièrement des accusations de collaboration de classe. Mais du point de vue de la stratégie révolutionnaire dans la lutte des classes, elle est pourtant positionnée à l’extrême gauche, et même "gauchiste" (d’un point de vue léniniste), par exemple pour son refus du parlementarisme.

Elle crée et édite le journal La Suffragiste de 1907 à 1914, afin d’accentuer la lutte pour le vote des femmes. En 1907, elle écrit dans la Revue Socialiste un article fondamental dans la déconstruction du genre, Les facteurs sociologiques de la psychologie féminine, 42 ans avant Simone de Beauvoir.

En 1908, elle publie "La femme soldat", article largement réprouvé. La gauche révolutionnaire comme les féministes l’accusent de militarisme, certains comme Hervé la trouvent trop excentrique.

Farouchement antimilitariste, Madeleine Pelletier milite à partir de 1912 dans le comité féminin contre les iniquités sociales créé par des militants et militantes des Jeunesses syndicalistes de la Seine (liées à la CGT), dans le but de faire échec à la loi Berry-Millerand qui instituait le service militaire de trois ans. En 1913, elle fait de la propagande antimilitariste auprès des femmes et participe à de nombreuses manifestations. Par exemple en 1914, à la veille de la guerre, elle organise une manifestation pour le suffrage des femmes qui regroupe un millier de personnes. En août de la même année une campagne sur le même thème recueille 505 000 voix. La guerre sonne le glas de cet espoir. Le revirement d’Hervé notamment, la trahison de la plupart de ses camarades et leur adhésion à l’Union sacrée, l’abandon total du mot d’ordre de grève générale révoltent Madeleine Pelletier, qui voyait clairement cette guerre comme impérialiste.

En décembre 1920, elle assiste au congrès de Tours. Lors de la scission, elle reprend son activité politique dans le nouveau Parti communiste (SFIC). D’emblée, elle s’inscrit dans la minorité ultra-gauche. L’engagement de Madeleine Pelletier lui parait alors conciliable avec son féminisme : la SFIC avait mis l’égalité des sexes à son programme. Elle devint rédactrice à la revue la Voix des femmes, féministe et socialiste qui passe au communisme et s’appliqua à être le porte-parole du parti auprès des femmes. Elle rédige de nombreux articles sur les bases du communisme et la Révolution russe. Pressentie par la revue pour participer à la IIe conférence internationale des femmes communistes à Moscou, elle ne peut obtenir de passeport. Elle est finalement "écartée" du Parti alors en bolchevisation accélérée (1926) et revient vers les libertaires. Elle participera ensuite à "L’Encyclopédie Anarchiste", et prendra la défense de Makhno dans "La Fronde" (1927).

Pionnière du droit à l’avortement, elle sera condamné en 1939 pour avoir pratiqué des avortements, mais elle fut déclarée irresponsable de ses actes, et internée. Elle mourra à l’asile à 65 ans, alors qu’elle avait commencé sa carrière comme psychiatre.

Pour aller plus loin : de nombreux textes de Madeleine Pelletier sont disponibles en ligne



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