Quand les patrons ne risquent que la chemise, nous risquons notre peau !

Le cri syndical salvateur contre la violence patronale quotidienne
mardi 6 octobre 2015
par  SUB-TP-BAM RP

« A poil, à poil »

Il y a eu hier, au Comité Central d’Entreprise d’Air France, comme un air de « Ça ira » [1], comme un souffle de Watrinade [2].

Quel salarié n’a pas pris plaisir alors a regarder les images de Xavier Broseta, le DRH d’Air France, courir torse nu et la cravate au vent, lors de cette néo-« conduite de Grenoble » [3] ponctuée des « A poil, à poil », scandés par des salariés dé-chainés.

Notre pensée, notre soutien va vers eux, qui virent leur DRH, revenir devant les caméras, quelques heures après les événements, semblant ne tenir que grâce à son nouveau costume, comme les fils d’un pantin désarticulé. Ces salariés qui dans la matinée l’avaient entendu, sans vergogne et sans plus d’émotions, annoncer 2 900 licenciements.

La peur se lisait sur ses traits tirés, et dans ces entreprises qui chaque jour augmentent la pression sur les travailleurs par un régime de terreur patronale, la voir changer de camp reste un plaisir qu’il ne faut pas bouder.

Cette peur soudaine qui leur fait mesurer la violence, qu’eux même infligent quotidiennement [4].

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N’oublions pas que le personnel naviguant risque aussi sa peau à chaque économie décidée sur l’entretien par les RH.
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En 2007, les salariés d’Air France au sol rendaient hommage à leur collègue décédé dans un accident du travail qui aurait pu être évité s’il n’avait pas été seul sur la tache. Les réductions d’effectifs prévues recréront cette situation.

Xavier Broseta n’est pas une victime. Ce qu’il met en œuvre des plans sociaux, c’est la mise à mort de travailleurs dans le futur. Il le sait par ses tableaux de bords impersonnels et les salariés d’Air France encore mieux que lui car ils ont inscrit sur leur chair le résultat de ces « décisions RH ».

Xavier Broseta a rencontré la colère dont le prolétariat est capable quant il déborde le lit du syndicalisme de collaboration de classe. Cette rage populaire, qui redresse l’échine des travailleurs, et leur fait retrouver le chemin de la guerre de classe contre ses bourreaux.

Comme une vague sociale emportant tout sur son passage, elle seule est capable de rendre quelque humanité à la bourgeoisie et ses laquais dorés [5].

Que quelques ministres [6], que l’Histoire oubliera, prennent la peine de blablater, pour condamner ces agissements ne fait que renforcer l’idée que la représentation gouvernementale n’est là que pour servir la soupe au Capital.

Que les dits représentants syndicaux s’empressent de vouloir garantir « la sécurité » des exploiteurs comme semble-t-il le fit Mehdi Kemoune, secrétaire général adjoint de la CGT Air France, en prévenant préalablement la direction afin qu’elle mette plus de vigiles ; de déplorer les violences en rappelant que « c’est la négociation qui doit l’emporter », comme l’a déclaré Jean-Claude Mailly, Le secrétaire général de FO, dont les adhérents n’étaient cependant pas les derniers à faire tomber la chemise ; ou comme la misérable CFDT de « condamner sans réserve et avec la plus grande fermeté les violences indignes » ; rien n’effacera le souvenir des salariés, dansant sur les tables renversées d’une « négociation de dupes » Hurlant face à une direction illégitime : « On est chez nous, on est chez nous ! »

Notre syndicat, affirme son soutien plein et entier à ces salariés en lutte, se déclare acquéreur potentiel d’un morceau de chemise (relique) mis aux enchères, et s’engage à intégrer dorénavant dans ses slogans le « A poil, A poil », qui rende raison à nos exploiteurs.


[1« Ah ! ça ira, ça ira, ça ira », est un refrain, entendu pour la première fois en mai 1790, qui symbolise la Révolution française. Son auteur, avait adapté des paroles sur « le Carillon national », un air de contredanse très populaire que la reine Marie-Antoinette elle-même aimait souvent jouer sur son clavecin.

Le titre de cette chanson furent inspirés par l’optimisme imperturbable de Benjamin Franklin, qui, lorsqu’on lui demandait des nouvelles de la guerre d’Indépendance américaine, répondait invariablement : « Ça ira, ça ira. » À la Révolution, le texte fut transformé par les sans-culottes en apostrophes assassines à l’égard de l’aristocratie et du clergé.

[2Le 26 janvier 1886, 2.000 mineurs de Decazeville, dans l’Aveyron, font grève. Ils s’en prennent au sous-directeur de la mine, l’ingénieur Jules Watrin, à l’origine d’une baisse de leurs salaires, et le défenestrent. Le terme de Watrinade est alors repris dans le journal du Père Peinard d’Emile Pouget.

[3Cette expression, et cette pratique malheureusement tombée en désuétude, est antérieure à la révolution de 1789.

Elle s’appliquait à une exclusion brutale de son obédience d’un compagnon qui avait failli, qui était un voleur ou un escroc. À ce propos, on trouve cette description dans "Le livre du compagnonnage" d’Agricol Perdiguier en 1841 : « 

Cette conduite se fait, dans une Société, à un de ses membres qui a volé ou escroqué ; c’est le châtiment qu’on lui inflige dans une chambre ou dans les champs. Celui qui a reçu la conduite de Grenoble est flétri moralement ; il ne peut plus se présenter devant la Société qui l’a chassé comme indigne d’elle. Quand on a vu faire cette conduite, on n’est pas tenté de la mériter ; elle n’attaque pas le physique brutalement, mais rien n’est si humiliant : il y a de quoi mourir de honte ! »

[4Depuis la nomination de Xavier Broseta en 2012, le nombre d’accidents du travail à explosé à Air France (plus 11% par rapport à 2012, bilan social 2014, SUD).

[5Dans les documents de référence du groupe, page 279, on peut voir le fond du problème. Depuis 2012, le nombre d’actions par conversion d’obligation a doublé. De 77 millions à 130 millions. Ce type d’obligations financières garantit le bénéfice à minima aux actionnaires. C’est un investissement sans risque.

C’est ce genre de produits financiers que l’équipe de direction actuelle chez Air France (qui a augmenté sa rémunération personnelle) ne cesse de mettre en œuvre pour gaver la bourgeoisie sur le dos des travailleurs. Ses plans stratégiques ne sont que de la poudre aux yeux pour capter ces bénéfices qui devraient retourner aux travailleurs.

[6Dont certains sont des supporters du contrôle au faciès


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