1959 : le massacre oublié des ouvriers de la construction de Brasilia

vendredi 28 décembre 2018
par  SUB-TP-BAM RP

En 1959, le Brésil est une République dirigée par le président Juscelino Kubitschek, au sein de la période démocratique que connait le pays entre 1945 et 1964. Kubitschek est élu en 1956 après une campagne dont le slogan était "50 ans de progrès en 5 ans". Dans un contexte de "modernisation" accélérée du pays, c’est lui qui lance le projet de Brasilia comme nouvelle capitale, qu’il voit comme vitrine moderne de la destinée du Brésil.

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Considéré à cette époque comme l’entreprise brésilienne de construction avec une cantine épouvantable, la société Construtora Pacheco Fernandes Dantas compte 1300 travailleurs dans la zone actuelle Vila Planalto à Brasilia.

Au début de l’année 1959, ces travailleurs bossent - comme dans d’autres chantiers de construction de Brasilia - 24 heures par jour en quarts, allongés des heures supplémentaires et des distances de trajet. Pendant le Carnaval de 1959, des mesures supplémentaires sont prises pour empêcher ces travailleurs de la construction d’y participer : l’eau est coupée, les empêchant ainsi de se laver avant de de sortir de "Ville libre". Le paiement hebdomadaire des salaires, qui aurait dû avoir lieu le samedi (7 février) est reporté.

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Dans cette situation déjà tendue, un repas gâté le dimanche du carnaval (8 février) créé des heurts entre les travailleurs et le personnel de la cantine qui dégénère en émeute.
Les agents de police de la GEB (Guarda Especial de Brasilia, milice patronale du secteur de la construction), déjà redoutés par la population, sont appelés et commencent à tabasser les travailleurs dans la confusion. En même temps, d’autres travailleurs interviennent par centaines. La GEB est ainsi forcé à se retirer, humiliés d’une manière jusque là inconnue. Plus tard dans la soirée, la GEB revient en nombre et en armes, pour une expédition punitive. A la descente des camions, ils tirent à vue sur des centaines de travailleurs. Prenant d’assaut les baraquements ouvriers, ils tirent sur leurs occupants, y compris ceux qui dormaient dans les lits superposés.

Peu d’informations sont disponibles sur les suites et les versions divergent. Les personnes vivant à Brasilia à l’époque parlent souvent de mitraillettes, de camions à godets transportant des corps qui soient sont enterrés près de Planaltina, soient jetés dans l’étang.

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L’une des versions, publiée deux jours plus tard par le journal “O Popular”, fait mention d’un massacre commis par 60 policiers armés de mitraillettes et faisant neuf morts et plus de 60 blessés. Du côté de l’Etat, les démentis officiels s’enchaînent, visant à réduire l’importance de l’épisode et citant seulement un mort et trois blessés. La présidence via jusqu’à nier que Kubitschek ait été informé par télégramme de ce massacre, ce qui sera démenti par la suite.

Le nombre de victimes n’a jamais été officiellement révélé, pas plus que l’identification des corps. L’immense chantier de construction de la nouvelle capitale était loin des yeux de la presse, de la justice et de l’opinion publique. Brasilia sera inaugurée en grandes pompes le 21 avril 1960.

Ressources complémentaires :
Visionner le film "Conterrâneos Velhos de Guerra" (en portugais) de Vladimir Carvalho (1991), qui revient sur la construction de Brasilia à la fin des années 50


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