Ecomouv : Irresponsabilité à haut niveau et comment s’en protéger en bas

lundi 25 mai 2015
par  SUB-TP-BAM RP

A l’heure de l’attaque du gouvernement et du MEDEF sur notre modèle social au nom « d’économies à faire », aucun mot n’est prononcé sur celles à faire sur les escroqueries informatiques nationales mises en œuvre dans les ministères.

Et pourtant, Ecomouv, l’office national de Paye, Chorus et bien d’autres présentent des additions bien plus élevées que ce rapportera la rapine gouvernementale sur les solidarités sociales et familiales.

C’est que sur ces sujets, on touche de prés à l’incompétence des très hauts salaires de ces ministères.

ECOMOUV, un exemple parmi d’autres

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Un portique écomouv

L’audition des ministres et des hauts fonctionnaires du MEDDE

Le Sénat a auditionné les ministres, les directeurs et les secrétaires généraux du MEDDE sur le scandale de l’écotaxe à l’été 2014. A l’issue, des poursuites judiciaires pour ces très hauts fonctionnaires néo-libéraux peuvent être mise en œuvre. [1]

Sans surprise, nous avons assisté à un concours de défausse généralisée dans ce bal des adeptes de la réduction d’effectifs.

Les ministres se défaussent sur les services qui eux-mêmes mettent en cause l’organisation idiote des centrales imaginée par les secrétaires généraux, qui clament eux : « Je ne suis pas au courant du dossier… ».

Mais au travers de ces déclarations qui se contredisent, la vérité commence à apparaître. Des décisions gouvernementales ont été prises dans la précipitation pour promouvoir les personnalités politiques nationales et locales. Dans le contexte dés-organisationnel du ministère orchestré par ses secrétaires généraux successifs, cette précipitation combinée au morcellement des responsabilités et des tâches a conduit à l’échec de la mise en œuvre de l’écotaxe.

Ce n’est pas les pseudo-révolutionnaires bonnets rouges (mais vrai lobbying du patronat routier croisé avec des groupuscules d’extrême droite) qui a eu la peau de l’écotaxe. C’est l’incompétence des chaînes de commandement ministérielles de ce projet. Les décideurs et politiques à la petite semaine qui ont fui leurs décisions à courte vue à la première occasion sont coupables de cette débâcle.

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NKM et Borloo, ex-minitres du développement durable

L’urgence programmée

A la lecture des différents compte-rendus d’audience, un trait commun apparaît : Le caractère urgent de l’écotaxe. Et pourtant, la raison de l’urgence change selon les auditionnés, ce qui tend à interroger sur ce qu’est cette urgence en réalité. Étant artificiellement intégrée dans la programmation de ces projets dés le début, nous la qualifierons nous d’« urgence programmée ».

L’urgence programmée fait partie de la communication de ces projets pour les gonfler d’importance, et par ricochet celle de ceux qui y participent. Elle a aussi pour fonction de faire contourner les limites légales en brisant les résistances internes. En créant des délais impossibles à tenir, on casse la réflexion sur le fond des participants, seuls la forme et le délai de fin sont l’objectif à atteindre. La commande devient alors elle-même une réponse.

Cette mise sous tension temporelle est devenue en quelques années la méthode générale de travail du ministère du développement durable. Ce qui est normal car ce fut la méthode utilisée pour sa création [2].

Dans l’affaire de l’écotaxe, on voit comment cette urgence programmée a empêché une réflexion technique sur la conception. Les services sont sommés, dorénavant, de reconvertir les portiques alors que ceux-ci n’ont pas été conçus pour l’être, la réflexion sur l’intégration d’autres usages ayant été annulée car « on n’avait pas le temps d’y réfléchir ». Résultat de cette réflexion sur une reconversion impossible, on les démonte pour un coût de 800 millions.

L’urgence programmée a surtout été le justificatif au contournement des commissions de contrôle (La Mission d’Appui Partenariat Public Privé. MAPPP). Les avis de la MAPPP sur le risque de l’utilisation d’un contrat de type partenariat Public-Privé pour l’écotaxe ont été mis de coté au lancement du projet car « un PPP c’est plus rapide ». De même la MAPPP a du faire le contrôle des offres en 48h au lieu des deux mois réglementaires car « il faut le mettre en œuvre au plus vite » alors même que la mission émettait des doutes sur la capacité d’écomouv à mettre en place techniquement le système. Cette incapacité s’est confirmée par la suite, le rapport du sénat en fait largement écho.

Voici un exemple de plus de l’inutilité d’une commission de contrôle "indépendante" qui n’a pour seule fonction d’être facilement mise de côté et contournée. Elles ne servent qu’à faire accepter l’inacceptable comme ici, le pillage du bien commun par les patrons à coups de PPP.

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Les partenariats public-privé, la douche d’argent public.

Au delà du scandale de l’écotaxe, cette urgence programmée généralisée fait baisser le niveau de professionnalisme de nos métiers et nous expose à un danger juridique réel. Et ce n’est pas un hasard.

Le transfert de responsabilité.

L’urgence programmée est un moyen de contrainte à disposition des « décideurs », mais aussi sa carte de défausse sur l’« exécutant ».

On devait faire vite…ils n’ont pas réussi.

Pour tenir les délais, on est obligé de ne pas approfondir le sujet. En restant superficiels, nous pouvons nous mettre en porte-à-faux sur des contraintes réglementaires ou légales. Surtout que les services chargés du contrôle légal sont systématiquement les premiers à voir leur délais d’intervention réduits ou leurs avis mis à la corbeille car « ils n’ont rien compris…ils ne sont pas assez souples avec les règles »...

C’est un mouvement général vers le laisser-faire, souvent n’importe comment, qui est à l’œuvre au niveau gouvernemental et est repris par les échelons hiérarchiques inférieurs. Devant ce délitement de la responsabilité, les services administratifs de contrôles légaux sont sur le front de cette casse des normes qui est une libéralisation sauvage contre les activités régaliennes de l’administration. Au nom de la croissance, au nom de la communication ministérielle, au nom du profit privé et du lobbying.

En octobre a eu lieu un retournement important de ces fonctions régaliennes : une non-réponse de l’administration vaut acceptation. Est-ce que l’administration a préparé ses services à affronter cette mise sous tension temporelle ?

A en juger par ce qui se fait dans nos services, c’est clairement non. Les services de contrôle touchés n’ont pas été renforcés en effectifs. C’est normal, l’administration et le pouvoir politique ne veulent pas que ces services de régulation fonctionnent même s’ils ne peuvent afficher cette sauvagerie néolibérale face à leurs agentes et agents pour les premiers ou leurs électeurs pour les seconds. Et comme, ils ne veulent pas assumer la responsabilité de ce dysfonctionnement qu’ils organisent, ils se tournent vers des systèmes de délégation de responsabilité aux agentes et agents dans les services. C’est le contrôle hiérarchique, CHI.

Ce CHI n’est que la déclinaison dans le domaine des relations de subordination au travail, de cette mode des « petits gestes pour ». Les agentes et agents subissent tous les jours l’oppression d’une organisation du travail sur laquelle ils n’ont pas de prise directe, mais s’ils ne suivent pas au garde-à-vous tout ce tas de consignes et de procédures totalement déconnectées de la réalité du travail, souvent contradictoires entre elles, ils deviennent les boucs émissaires et seront sanctionnés. Alors même que le système de travail mis en place est conçu pour les faire échouer dans leur travail.

Les services supports de l’administration en sont l’exemple parfait. Farcis d’injonctions contradictoires menant à la dépression nerveuse quand il ne s’agit pas de harcèlement moral, ils ne fonctionnent pas mais on ne peut le dire sans précautions. Car ce ne sont pas les agentes et agents qui se retrouvent entre l’enclume et le marteau qui sont fautifs mais leurs irresponsables hiérarchiques.

Nous devons en tant que syndicat montrer du doigt les dysfonctionnements, mais ce doigt pointe vers les chefaillons qui se planquent derrière les agents. Certaines grandes gueules font de bons mots en nous faisant passer pour les accusateurs des travailleurs mais planquer les problèmes sous le tapis, ce n’est pas un cadeau à faire à ces travailleurs et les laissent dans les difficultés.

Comment se protéger de l’urgence programmée ?

L’éducation des yakafoktu

Les services ne sont pas tous à la même enseigne sur ce sujet. Il y a ceux qui bénéficient d’un véritable écran hiérarchique où les responsabilités sont prises par l’encadrement qui organise ensuite véritablement les taches à réaliser, il y a ceux aussi dirigés par des poids morts qui se font l’amplificateur de la précipitation et se déchargent de leur responsabilité sur le premier bureau de secrétariat venu.

Ces apôtres de l’incompétence, tout le monde les connaît dans les services, et pour s’en débarrasser, malheureusement, la plupart sont promus en rang supérieur. C’est un mal qui ronge l’administration. Saquer la compétence et sacrer la bêtise jusqu’au plus haut niveau, ne cherchez pas de logique, il n’y en a pas.

JPEG - 19.1 ko Ce sont donc ces cadres qui relaient l’urgence programmée sans filtre, cadres dont nous devons nous protéger, que nous devrons éduquer à nos méthodes. Nous les appellerons la confrérie des YAKAFOKTU. Dans le management, il y a ceux qui sont juste incapables, ceux qui sont juste capables et ceux qui sont capables et justes. Les yakafoktu sont dans la première catégorie. On se doit d’élever leur niveau. Nous devons les considérer comme des rats de laboratoire en leur donnant un apprentissage par l’acte basé sur la punition et la récompense.

Les étapes suivantes de l’apprentissage des yakafoktu sont aussi un marqueur entre le travail en équipe et le harcèlement moral. Dans ce dernier cas de figure, il ne s’agit plus d’apprentissage mais de comment les dégager du service, question traitée ici.

  • Etape 1 : Lui faire apprendre le délai de travail que l’on fixe soi-même.

Un délai raisonnable pour la section EAL se compte en jours et non en heures. A chacun de déterminer quel est le nombre minimal de jours qui est sa frontière entre une demande raisonnable et une mise sous pression en fonction de la demande. Un fois ce minimum éthique rempli, il faut l’appliquer systématiquement à toutes demandes et ne pas en dévier. Si on vous refuse ce délai, faites le travail en mentionnant par écrit au départ, que vous allez voir ce que vous pouvez faire mais que ce sera dur vu le délai, et à la remise, que vous n’avez pas pu le faire dans de bonnes conditions au vu du délai en pointant les faiblesses que vous pressentez dans le dossier, avec copie à notre syndicat. Cela renvoie la responsabilité sur le commanditaire en cas de problèmes ultérieurs et de défausse de responsabilité du commanditaire sur vous. « ce n’est pas ce que j’avais demandé… ».

Si les demandes vous arrivent systématiquement en fin de matinée pour le début d’après-midi, c’est du harcèlement. De même, les demandes tombant le vendredi soir pour le lundi matin, c’est du harcèlement. Remontez-les systématiquement à notre syndicat par mail.

Si on vous contacte au sujet du travail le week-end, notez-le et faites le remonter à notre syndicat. C’est du harcèlement. Seules les fonctions de décision (directeurs et directeurs adjoints) sont concernées. Si on vous sollicite le week-end, on tombe dans l’astreinte ou la réquisition. Dans ces cas de figure, les règles sont claires et doivent passer par la validation du comité technique.

  • Etape 2 : Lui faire rendre ses commandes cohérentes avec nos façons de travailler dés le début

Dans les commandes urgentes, le yakafoktu ne sait pas ce qu’il demande en général. A vous de lui faire préciser pour ne pas partir dans du travail inutile. Le temps qu’il réfléchisse, ça vous laisse le temps de comprendre à sa place ce qu’il demande. Quand le yakafoktu reviendra, vous pourrez pointer avec lui les points clés de sa demande.

Une demande dont la forme ou le fond varie systématiquement d’un jour sur l’autre est une situation potentielle de harcèlement. Si les demandes sont contradictoires d’un jour sur l’autre, c’est une situation de harcèlement. Dans les deux cas, notez la chronologie des demandes et signalez-les au syndicat.

  • Etape 3 : Lui faire comprendre que la valeur technique des choses nécessite des temps de réflexion

Certaines demandes peuvent être traitées rapidement, d’autres demandent plus de temps du fait de leur traitement technique. Mettez ce point en avant avec le yakafoktu. Il faut qu’il comprenne le délai de traitement. S’il refuse de le faire, notez ensuite le nombre de fois où il viendra voir si c’est fini.

Ceci sera utile s’il décide de vous saquer à l’entretien d’évaluation. Il était prévenu, il n’a pas pris en compte et ne vous a pas donné les moyens de réussir. « Tu n’as pas été assez rapide ».

  • Etape 4 : Lui faire comprendre l’aléa technologique dans la restitution des travaux.

Quoi de plus stressant qu’une mise en forme finale qui foire. Si on doit rendre un imprimé, il faut prévoir le délai nécessaire pour passer outre les problèmes techniques de réseau, d’impression etc. ...

Les travaux doivent donc être bouclés avant la date de remise et pas dans l’heure qui précède. Ce temps est à faire rajouter au yakafoktu dans son planning.

  • Etape 5 : Lui faire comprendre sa tache de classement dans les priorités de commandes en cas de commandes multiples.

Si une autre commande urgente arrive, ce n’est pas à vous de sélectionner vos priorités. Remettez ce choix entre les mains du yakafoktu gérant la charge de travail du service. On ne traite pas deux urgences en même temps.

Si on vous dit que vous n’êtes pas autonome, souvenez vous que cette fonction de priorisation des taches ne vous est pas rémunérée mais est incluse dans les primes du yakafoktu.« Pourquoi tu n’as pas traité cette demande… »

La stratégie syndicale

L’éducation a ses limites. Pour vraiment se protéger, d’autres stratégies syndicales sont à déployer. Il convient de ne pas les diffuser pour en préserver l’impact sur les hiérarchies locales. Mais elles ne sont pas pour autant originales et elles ne sont pas individuelles. A la lecture des éléments du scandale d’Ecomouv, on se rend compte que la responsabilité des hautes hiérarchies retombe sur ceux d’en dessous quand est venue l’heure des mises en accusation et il faut s’en protéger.

Masquées peut-être par le mirage de la cogestion négociée, les stratégies syndicales collectives sont peut-être oubliées mais elles restent les seules efficaces depuis longtemps pour la défense des travailleurs contre la médiocrité de leurs patrons.

Pour ne pas rester seuls face à ces pratiques d’urgence programmée, adhérez au syndicat pour préparer une riposte offensive !


[2Lire « Développement Durable – une nouvelle affaire d’état » de Pierre Lascoumes, Laure Bonnaud, Emmanuel Martinais et Jean-Pierre Le Bourhis. Editions PUF.

Le développement durable est devenu un slogan aussi flou que prégnant qui conduit souvent à des décisions inattendues. C’est le cas pour la fusion de deux frères ennemis : les ministères de l’équipement et de l’écologie.

Le livre montre le contexte politique particulier qui a inscrit cette vaste réforme à la fois comme une action symétrique au Grenelle de l’environnement et comme l’affirmation d’une écologie de droite.


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