Opération de nettoyage de l’A1 : les ROMs, boucs émissaires des déchets du BTP.

lundi 20 avril 2015
par  SUB-TP-BAM RP

Manuel Valls s’est rendu sur le chantier de nettoyage de l’A1 à La Courneuve le 9 mars en pleine campagne électorale départementale.

A grand renfort de trémolos dans la voix, le premier ministre nous a joué une pièce de théâtre se voulant de gÔche. Mais l’on sentait que ce ministre de la déroute socialiste n’habitait pas son rôle. Surtout quand cet ami des patrons se met à fustiger les "beaux quartiers".

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"Le département de la Seine-Saint-Denis et ses habitants ont droit à la propreté et au beau, comme tous les habitants de l’Ile de France, et comme tous nos compatriotes (...) Vous vous rendez compte ? Si on avait eu cette situation sur le périphérique parisien aux abords des beaux quartiers, ça n’aurait pas duré quelques heures"

"Et parce que c’est en Seine-Saint-Denis, s’est-il indigné, qu’il y a déjà toute une série de problèmes, on laisse perdurer des situations intolérables ? Non ! Il faut agir".

C’est une manie des politiques en campagne électorale de venir en Seine-saint-Denis pour la nettoyer. Pelleteuse ou Karsher, même combat.

Il faut arrêter de prendre les habitants de Seine-Saint-Denis et de l’Ile-de-France pour des abrutis. Dépassons la colère du spectacle ridicule de Valls et regardons au delà du blabla gouvernemental.

Le chemin propre de la conférence climat

Ce chantier de nettoyage n’est pas lancé pour le bien-être des habitants sinon ça aurait été fait avant, il est fait pour la propagande d’état autour de la conférence climat. Il s’agit que les visiteurs "haut-de-gamme" de ce non-évènement ne voient plus la misère le long de nos routes quand ils atterrissent à l’aéroport Roissy-Charles de Gaulle.

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Conférence climat 2014

L’état français va donc construire un cocon autour de ces hôtes verdo-nettoyés de luxe [1]. Cela en dit long sur la sincérité de la démarche générale en matière d’écologie du gouvernement. On ne sort pas du façadisme pour éviter de traiter les sujets de fond tels que le gaspillage des ressources naturelles dans les projets du capitalisme mondialisé et les migrations découlant des pénuries de ces ressources. Pourtant ces deux sujets ne sont pas anecdotiques pour l’avenir écologique de la planète et participent bien du climat.

Ce nettoyage le long des routes montrera une France façon Disneyland, expurgée de ses ex-camps de ROM à grand renforts de publicité et des déchets du BTP en catimini. La théorie du bouc émissaire masque mal les montagnes sauvages de déchets de notre industrie.

Quelques éléments de compréhensions des déchets BTP

Les déchets du BTP sont classés en deux catégories :

  • Les DIB : Déchets Inertes Banals (Pierre, terre, bois nu...)
  • Les DIS : Déchets Inertes Spéciaux (Peinture, solvants...)
  • L’amiante fait l’objet d’une procédure spécifique.

En Ile de France, les déchets de chantier du BTP représentent 30 000 000 de tonnes. 90% sont inertes et 350 000 tonnes sont dangereux (91% de terres polluées, 7% d’amiante, 2% de PCB et goudrons).

La production de déchets du BTP est 4 fois supérieure à la production de déchets ménagers en tonnage (source ORSID).

Même si les majors commencent à s’intéresser au recyclage de leurs matériaux du fait de la pénurie mondiale de sable de construction, la mise en œuvre à grande échelle est encore loin. 5 900 000 tonnes sont recyclées, 8 500 000 tonnes de terre comblent les décharges, le bois est brulé, les métaux repartent en fonderie. 7 900 000 tonnes sont enfouies et seuls 22 041 tonnes de déchets dangereux sont traités (40% terre, 30% amiante). 15 463 tonnes d’amiante ont été enfouies à part.

Avec 25 950 000 tonnes de déchets traités au total, on peut pressentir que le système de déchetterie industriel atteint sa limite en Ile-de-France.

Laisser-faire, regarder ailleurs

Ne pouvant absorber d’excédant de déchets et ne pouvant pas non plus réviser son idéologie de la croissance et ses politiques de grands travaux, l’État et son gouvernement font face à leurs contradictions. Sur le terrain des déchets, leurs mirages se confrontent à une réalité qu’ils ne peuvent régler sans se remettre en cause.

Et une nouvelle fois, ces néo-libéraux font appel à la main invisible du marché pour retourner dans leur monde fantasmé. Si l’État ne peut faire, le marché privé du déchet le pourra. Entre 2010 et 2014, des déchetteries publiques ont fermé au profit de déchèteries privées. Incapable d’assumer totalement la mission de service public sur la question du déchet du BTP, l’État s’est encore "déchargé" vers le système capitaliste.

Et peu importe que des clans de mafieux corses déversent de l’amiante dans les champs de Seine-et-Marne, les responsables chantiers publics font pareil dans le Val-de-Marne ou l’Oise.

Et l’on voit là la meilleure caractéristique de ces déchets aux yeux de tous ces profiteurs, ils sont nomades. Les rejets des projets de prestige des uns sont déversés sur la misère des autres.

Peu importe à l’état ou au gouvernement que les habitants du 93 ou du 77 se prennent les plaques de plâtre sentant l’œuf pourri ou le bitume à cancers ou de l’amiante bouffe-poumons venant des belles communes tant que la vitrine se construit ailleurs. L’État ferme les yeux et se pince le nez.

Un chèque en bois pour le 93...mais toujours pas de saisie chez les pollueur-payeurs.

Si le premier ministre se déplace, ce n’est certainement pas pour les habitants actuels mais bien pour la nouvelle classe moyenne qu’il veut faire venir. L’expansion foncière du Grand Paris a rattrapé les territoires naguère sacrifiés.

Ses nouveaux habitants ne voudront certainement pas s’installer dans leurs éco-quartiers flambant neufs si une montagne de déchets toxiques s’enflamme et entre en éruption comme à Limeil-Brevannes..

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Limeil-Brevannes

La solution, le chéquier gouvernemental. L’État va allonger les 5 millions d’euros pour ramasser les gravats et les produits dangereux. Seulement, il n’est pas question d’aller chercher l’argent là où il est vraiment.

Les truands ont tous prévu leur insolvabilité avant de commencer les magouilles du déchet. C’est pas dans ces réseaux de blanchiment qu’on retrouvera l’argent. Il faudrait taper les caisses des donneurs d’ordre, dont fait partie l’État. Mais ça ne se fait pas d’aller chercher l’argent dans les poches de ses amis patrons du Grand BTP. Et quand les grands sont couverts et bénéficient de l’impunité, les petits se sentent pousser des ailes et font pareil.

C’est ainsi qu’une armée de patrons du BTP venant de toute l’Ile-de-France viennent chier leurs gravats pourris sur le 93 ou le 77 avec l’approbation tacite de l’état et de son gouvernement. Et s’il y a des contestataires, le département est là pour les faire payer. Il rajoute ainsi 5 millions directement pris dans la poche des habitants comme si c’était un cadeau, une faveur alors que ce n’est qu’une preuve de son incapacité.

Après les élections

...les décharges continuent leurs expansions en Seine-et-Marne. Ce département a été identifié comme offrant le plus de possibilités d’accueillir les rejets du Grand Paris. Le groupe ECT, spécialisé dans la décharge des déchets du BTP et dirigé par Claude Picard, l’a bien compris. Profitant d’une position dominante en Ile-de-France, il a déposé plusieurs demandes d’extension à fortes capacité de stockage en Seine-et-Marne en attendant le résultat des régionales de 2015, la région étant l’organisation du plan déchet en Ile-de-France.

Les super-projets de la métropole du grand Paris auront donc accès à des super-décharges à leur mesure. Dans les départements qui sont relégués aux portes des super-métros du Grand Paris.

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Décharge BTP ECT en seine-et-marne

Sans sourciller, nous assistons là à un bégaiement de l’histoire, les départements de grande couronne se retrouvant chargés de la même tâche qui était dévolue à ceux de la petite couronne il y a quelques dizaines d’année. Devenir les dépotoirs légaux et illégaux et le lieu de relégation des plus pauvres du Grand Paris.

Même si le premier ministre fait le mauvais doubleur de télé-novelas avec les figurants commis d’office de la DIRIF [2] pour la campagne électorale, ce n’est pas ce scénario qu’il présentera à ses verdo-invités.

Pour sa verdo-conférence sur le climat, ils traverseront le verdo-93 dans des voitures verdo-électriques roulant sur une verdo-autoroute salués par une foule de nouveaux futurs verdo-propriétaires tous pleins de verdo-enthousiasme. Ses verdo-invités sauveront le climat sans prendre aucune décision mais en faisant plein de verdo-powerpoints, confortablement nichés dans un cocon idéalisé et verdo-sécurisé par la verdo-armée Vigi-pirate. Que de bonheur pour eux.

En attendant, les milliers de camions qui sillonnent en permanence l’Ile-de-France chargés de gravats ne s’arrêteront pas.


"Arrêtons la langue de bois, arrêtons le politiquement correct, assumons la réalité"
Manuel Valls

L’extraction, le BTP, le recyclage/déchetterie....un combat syndical unifié

Dans notre syndicat d’industrie, les travailleurs de ces trois branches doivent se retrouver dans le cadre d’une stratégie syndicale révolutionnaire. Nous devons rompre l’isolement organisé par le patronat entre l’extraction, le BTP et le recyclage/déchetterie.

Les travailleurs sont aujourd’hui :

  • Contraints par des modes de production non sécurisés et anxiogènes,
  • Exposés à la dangerosité de nombreux produits qu’ils mettent en œuvre,
  • Exclus de toute réflexion sur le sens de leur travail.

La parcellisation des métiers, voulue par un Capitalisme qui craint la conscience ouvrière, a dépossédé les salariés de tout moyen de contrôle et d’autonomie sur leur travail.

L’ouvrier de la petite entreprise qui dépose, sur ordre de son patron, les gravas de chantier et tines de peinture, au coin d’un trottoir s’interroge-t-il sur le cycle vertueux des déchets, sur l’économie circulaire ?

Celui qui toute la journée pose de la fenêtre PVC en rénovation thermique, fait-il le lien avec le risque lié au Chlorure de Vinyle de ceux qui fabriquent ces fenêtres ? s’interroge-t-il sur le fait qu’une fenêtre PVC sans ventilation naturelle risque de dégrader les conditions de vie des personnes qui vivent dans l’appartement ?

Le boiseur, le ferrailleur, le maçon qui œuvrent à la construction de nouveaux logements discutent-ils ensemble de la nature, composition et provenance du sable que contient le béton qu’ils coulent ? De la concentration internationale du capital chez les cimentiers ?

Premiers exposés, les travailleurs sont les premiers concernés, Premiers producteurs, ils sont les premiers responsables. Parce que syndicalistes révolutionnaires, nous pensons que les travailleurs doivent reprendre le contrôle de la production et la compréhension de leur environnement.

Ouverts à des modes de construction alternatifs, questionnant les matériaux bio-sourcés et leur cycle de vie, d’ergonomie au travail et de qualité des espaces construits, notre syndicat favorise la confrontation de nos différents métiers et savoir-faire au sein de nos réunions plénières d’industrie, tout autant que l’analyse de nos métiers et leur évolution dans nos différents chambres syndicales corporatives.

Forts de notre projet autogestionnaire, nous travaillons chaque jour à renforcer dans la classe ouvrière les capacités des salariés à se rendre maîtres demain de leurs destins.


[1L’ex patron d’Eternit, Stephan Schmidheinyétait conseiller au sommet de la terre de Rio...

[2Direction des routes Île-de-France


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