De la liberté de travailler…et de ceux qui s’en revendiquent

mardi 31 mars 2015
par  SUB-TP-BAM RP

Dans le débat sur le travail du dimanche, la « liberté de travailler » est l’argument des promoteurs du travail permanent à destination de la classe ouvrière. « La liberté d’entreprendre » est celle du patronat.

Il faut laisser les travailleurs « décider » s’ils « veulent » travailler le dimanche. Tout ceux qui s’opposeraient à « ce choix » seraient de « terribles autoritaires », « des dictateurs », des « ennemis de la modernité ».

Aux origines de la liberté de travailler

Et pourtant, combien d’entre nous savent que ce qui est présenté comme deux notions différentes de liberté n’en en fait qu’un même concept ?

La « liberté de travailler » est la « liberté d’entreprendre » dans un nouvel enrobage du même discours patronal.

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A son origine, la « liberté de travailler » était la « liberté de choisir son travail ». Apparue à la faveur du décret d’Allarde et portant sur une loi fiscale en 1791, cette « liberté de choisir son travail » visait les communautés de métier. Mais cette « liberté de choisir son travail » était conditionnée au paiement d’une patente, les ouvriers subordonnés les paysans et les domestiques en étaient donc exclus. Trois mois après le décret, la loi chapelier [1] était votée, interdisant les coalitions de métiers cherchant à « défendre de prétendus intérêts communs ».

Cette loi plongera la classe ouvrière dans un siècle de tacheronage au nom de l’intérêt individuel contre l’intérêt collectif. Et le carnet ouvrier mis en œuvre dans le prolongement de ces lois achèvera de supprimer toutes libertés quelles qu’elles soient pour la classe ouvrière.

Ces lois de la révolution sont la transcription de l’intérêt de classe de la bourgeoisie contre la noblesse mais aussi contre la classe ouvrière naissante. La « liberté de travailler » qui est à l’origine du patronat tel que nous le connaissons aujourd’hui, évoluera dans tout les régimes, de l’empire aux républiques au service exclusif des intérêts de la bourgeoisie. La loi Macron perpétue ce cycle d’intérêt.

Prescripteurs de la « liberté de travailler » patronale

Le patronat a exhibé de nombreux travailleurs au nom de sa « liberté d’entreprendre » pour porter ses intérêts.

Quand ces salariés sont interrogés, la première raison invoquée est le salaire doublé le week-end. Ils ont besoin d’argent, de pouvoir d’achat, et « doivent » selon eux aussi travailler le dimanche pour avoir un vrai salaire.

Nous considérons au syndicat que quand les salaires sont pourris et les conditions de travail aussi, on a deux choix :

  • Créer les conditions de lutte sociale dans sa société permettant d’obliger le patron à payer un salaire permettant de vivre.
  • Se former et développer son métier pour migrer vers un emploi plus qualifié dans de meilleures conditions de travail.

Ces sociétés ne méritent pas leurs travailleurs. Pour les en sortir par le haut, le syndicat développe des sections syndicales pour se défendre au sein des entreprises et met en place des structures de formation et de placement.

Nous interrogeons également la consommation qui est indissociable de l’exploitation des salariés au travail. Ce travail permanent qu’essaie d’imposer la loi Macron n’est basée sur ce mirage de la consommation permanente. Moins que la défense des emplois, c’est bien cette consommation omniprésente qui est sacralisée dans ce texte législatif.

Baisse de salaire par la répression

Dans la loi Macron, il n’y a plus de seuils concernant les bonus de paye pour le travail du dimanche.

Cela signifie que s’il n’existe pas d’accord d’entreprise sur le travail du dimanche, le montant du bonus est laissé au libre choix du patron. Après le vote de cette loi, les travailleurs du dimanche qui ont défilé avec leur patron pour conserver leur bonus seront les premiers à se les faire retirer.

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Avec la loi Macron, c’est 40 euros comme les autres jours et on reprend le lundi.

Ces défilés, et particulièrement dans les magasins de bricolage, ont démontré la division profonde des travailleurs sur leurs lieux de travail et la main de fer patronale.

L’intérêt individuel engloutirait la lutte collective dans ces magasins au profit de l’union sacrée avec le patronat ?

Ce serait oublier que parmi ceux qui défilent avec le patron, il y en a beaucoup qui y ont été obligés par la force. Isolés par les organisations du travail, maintenus dans la précarité salariale à dessein, contrôlés par les contremaîtres, ces travailleurs ont été exhibés pour servir le patronat contre leur volonté.

Nous ne devons pas oublier le rôle dans ces manifestations que tiennent ces vrais défenseurs de l’intérêt des patrons que sont les contremaîtres et aspirants contremaitres. Ils organisent la division et la confusion des travailleurs par la carotte et le gourdin. Tant qu’ils auront un rôle dans les sociétés, nous ne pouvons considérer que les travailleurs seront libres.

Ce sont ces contremaitres parfois sans titre qui sont à la manœuvre pour faire passer la loi macron sur le terrain et ils sauront aussi "faire digérer" la baisse du salaire du Dimanche...pour les autres. Ces sbires patronaux seront grassement rémunérés des baisses de salaires de leurs collègues.

Les travailleurs du dimanche ont de multiples visages et tous ne crient pas "merci" à leur patron mais ceux qui ne le font pas, risquent des représailles ensuite. Comment imaginer que ces salariés auront la possibilité de "négocier des accords" dans ces sociétés où règne la loi du patron, où le moindre désaccord signifie la dénonciation par tout une armée de "collègues-collaborateurs" aux ordres plus occupés à lorgner dans votre assiette qu’à s’occuper de la leur, où le licenciement est le fait du prince.

C’est la répression du plus grand nombre qui accompagne ces démonstrations de "liberté" version patronale. Devant cette avalanche de mensonges et de manipulations médiatiques et patronales, utilisons ici les bons mots sur le travail du dimanche.

Ce travail du Dimanche est de la violence contre les travailleurs. C’est l’oppression par le patronat et non la liberté des travailleurs. Et les défenseurs de la liberté du travail des patrons sont des larbins dont nous devons nous préserver.


[1Du nom du député Isaac Le Chapelier. Fondateur du club des jacobins, il s’opposa à la fin de la traite des esclaves durant la révolution.


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