LOGEMENT EN CRISE ET CRISE DU LOGEMENT

Une approche syndicale de la question du logement (4)
jeudi 1er avril 2021
par  SUB-TP-BAM RP

Dans le cadre de l’appel à mobilisation pour :
« La journée d’action européenne pour le droit au logement l’arrêt des expulsions et le gel des loyers »
Dont notre syndicat était signataire, nous avons souhaité réaffirmer notre position et les actions directes
que nous préconisons, par une suite d’articles

Avant-propos
Notre place dans le cycle de production, notre forme d’organisation syndicale, et notre projet révolutionnaire induisent une implication essentielle dans l’acte de construire. Si ce dernier ne se résume pas à la question du logement, il reste indéniable qu’en tant que totalement producteurs de ces espaces, et usagers de leur part dite « sociale », notre intérêt est particulièrement vif à leur endroit.
Si, comme producteurs notre contrôle se limite malheureusement aujourd’hui à l’implantation que nous avons dans les entreprises, notre structuration en syndicat d’industrie, rassemblant localement, à travers tous les métiers du BTP (du manœuvre au charpentier, du plombier à l’architecte, de l’agent immobilier au couvreur, du métreur au maçon, du concierge au géomètre, etc.), tous ses acteurs, nous permet, par nos principes d’échanges mutuels, d’envisager les orientations et les moyens d’une intervention révolutionnaire sur le sujet.

1. La question du logement, une affaire syndicale ?
Régulièrement les études sur la crise systémique du logement en France, paraissent … sans que cela n’influe, le moins du monde, sur la politique du gouvernement.
Nous reprenons ces chiffres pour souligner l’ampleur d’un phénomène, et de ses conséquences, auxquelles nous devons fréquemment répondre dans le cadre de nos permanences juridiques et sociales.
En ce sens, notre fonctionnement syndical construit sur l’industrie, intègre dans son champ de syndicalisation le large spectre de la gestion locative, autant sur le marché public (logement social) que le marché privé (agence immobilières et syndics de copropriété).
A chaque bout de la chaine (de la production à l’usage), nos militant•e•s tentent d’appuyer leur pratique syndicale et solidaire sur leurs compétences professionnelles, au service de l’autonomie de notre classe.

2. Un constat déplorable
4 millions de personnes souffrent, aujourd’hui de mal-logement ou d’absence de logement personnel.
• Selon les estimations de la Fondation Abbé Pierre, le nombre de personnes sans domicile a doublé depuis 2012. 185 000 personnes vivent en centres d’hébergement, 100 000 dans des lieux d’accueil pour demandeurs d’asile, 16 000 dans les bidonvilles et 27 000 personnes sont sans abri (lors du recensement de la population 2016). La part des femmes et des familles ne cessant d’augmenter.

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• Entre 900.000 et 1.300.000 personnes seraient contraintes de vivre dans des conditions d’habitat dangereuses et indignes.

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Outre ces situations les plus graves, 12,1 millions de personnes sont touchées à des degrés divers par la crise du logement.

3. Des logements de plus en plus chers
Jusqu’à la fin des années 1990, le revenu disponible par ménage a évolué au même rythme que le prix des logements. Avec la spéculation immobilière des années 2000, le prix des logements a augmenté de 129 % entre 2000 et 2019, bien plus vite que le revenu des ménages (+ 36%), soit un écart de plus de 90 points.
La spéculation immobilière avait déjà touché la région parisienne au début des années 1990. Après la crise financière de 2007-2008, les prix se sont stabilisés à un niveau élevé en province, mais la hausse s’est accélérée à Paris où le prix des logements a augmenté depuis 2,5 fois plus vite que le revenu moyen par ménage depuis l’année 2000.

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4. De plus en plus de logements vacants
On dénombre aujourd’hui environ 3,1 millions de logements vacants sur un parc total de 36,6 millions de logements, soit un logement sur douze.

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5. Paupérisation des locataires
Par rapport au niveau de vie moyen, le niveau de vie des locataires était en 2013 inférieur de 26% (parc privé) à 35 % (parc social) au niveau de vie moyen.
Cette hausse s’est poursuivie depuis, notamment avec la chute des aides au logement.


6. Chute des aides au logement depuis 2017

Les aides au logement représentent aujourd’hui 20,6% du montant total des loyers contre 23,3% avant 2017. La baisse serait encore plus importante si on intégrait dans ce calcul la réduction du loyer de solidarité (RLS). Si celle-ci impacte directement les bailleurs, elle se traduit aussi par une diminution des travaux d’entretien qui a un impact sur la qualité des logements occupés par les locataires.
Si le taux d’aide était resté identique à celui observé en 2016, le montant des aides au logement serait plus élevé de 2,4 milliards environ en 2020. Au total, sur les années 2017 à 2021, plus de 9 milliards d’euros ont été économisés (hors RLS) avec les baisses décidées par le gouvernement. Le prélèvement lié à la RLS ampute la capacité des bailleurs sociaux à construire de nouveaux logements et se traduit aussi par une forte baisse des dépenses d’entretien.

7. Un risque croissant d’expulsion
Après l’envolée des années 2000, le nombre d’expulsions n’a jamais été aussi élevé : on dénombrait en 2018 15 993 expulsions, soit une hausse de 169% par rapport à l’année 2000, bien plus rapide que celle du nombre de locataires. Le risque d’expulsion a ainsi plus que doublé sur la période (multiplication par 2,3). En 2021, le gouvernement a laissé entendre que le nombre des expulsions pourrait atteindre 30 000, ce qui représenterait un quasi-doublement.

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8. Malgré la crise sanitaire, la baisse des aides continue en 2021

A la suite du confinement décidé en mars 2020, plus d’un tiers des actifs ont vu leurs revenus d’activité baisser et, parmi eux, certains doivent faire face à des dépenses fixes de logement.
Plus de 4 millions de ménages sont soumis à cette double contrainte budgétaire, dont 2,5 à 2,8 millions sont probablement en difficulté (soit 6 à 7 millions de personnes), dont environ deux tiers de locataires et un tiers d’accédants à la propriété5.
De nombreux gouvernements ont pris des mesures spécifiques pour le logement afin de limiter l’effet de cette baisse soudaine des revenus.
L’OCDE a dressé un bilan (à la date de juillet 2020) de ces aides pour un peu plus d’une quarantaine de pays (42). Les mesures concernant les locataires ont principalement pris la forme d’un gel, voire dans certains cas d’une diminution des loyers. Au total, dans les pays étudiés par l’OCDE, 13 pays ont pris des mesures protectrices à l’égard des locataires (soit 1/3 des pays sous revue). Les mesures à destination des propriétaires se sont essentiellement traduites par des moratoires sur les remboursements d’emprunt : 20 pays (sur les 42 étudiés par l’OCDE) ont pris des mesures de ce type.
Au total, plus de 60% des pays sous revue ont pris des mesures protectrices, que ce soit pour les locataires ou les propriétaires.
La France se singularise d’un double point de vue : -Notre pays n’a pris aucune mesure spécifique pour les locataires ou les propriétaires. L’action du gouvernement s’est limitée à une gestion minimaliste des urgences sociales (moratoire sur les expulsions, mesures pour les sans-abris) ;-
Malgré la crise sanitaire, le gouvernement poursuit sa politique de baisse des aides au logement en 2021 avec la mise en œuvre de la « contemporanéisation » des aides.

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Les éléments chiffrés de ce texte émanent de la Fondation Abbé Pierre et des notes émises par P. Concialdi, chercheur à l’IRES


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