Journal du confinement syndical

Du 2 avril au 10 mai 2020, le SUBrp a tenu un journal du confinement.
dimanche 10 mai 2020
par  SUB-TP-BAM RP

Jeudi 2 avril 2020
Le confinement nous a pris de vitesse et de vertige.
Ce « tous aux abris » avait un goût de paralysie et tous nous ressentions les premiers signes de suffocation. Comme l’animal pris dans les phares d’une voiture nous sommes restés tétanisés. Malgré l’information venue de Chine ou d’Italie, nous ne nous étions pas syndicalement préparés.
+ de 15 jours après le début de l’enfermement, nous retrouvons le chemin de l’action collective, même si avant cela, les camarades les moins sidérés, avaient déjà élaboré des fiches conseils de droit du travail, répondu a des mails, repris contact les uns avec les autres.
Ayant tenu hier son premier Conseil Syndical de confinement, le SUB repart dans l’action collective.

Vendredi 3 avril 2020
La solidarité de classe reste notre premier devoir, c’est pourquoi notre Conseil Syndical renforce, depuis hier, le lien entre tous et toutes.
Si les salarié.es ont aujourd’hui besoin d’informations syndicales dans cette période où le gouvernement piétine allègrement le droit du travail, au nom de l’union nationale (mais surtout au nom du patronat et de l’économie libérale), nos adhérent.es doivent pouvoir sentir ce lien fort dont ils ont fait le choix.
Notre syndicalisme n’est pas déclamatoire, il est : pratique sociale et quotidienne attention.
Notre syndicat ayant la particularité de baser son fonctionnement démocratique sur des groupes d’action syndicale de 6 adhérent.es, nous userons de ce moyen pour contacter, par téléphone, chacun ou chacune de nos camarades afin de connaître : l’état de leur moral (et celui de leur famille), de leur santé, leurs éventuelles difficultés financières dues au confinement, les conditions de leur sécurité s’ils ou elles sont encore (ou à nouveau) en poste.

Samedi 4 avril 2020
Nous apprenions hier la mort de notre camarade Yoann, adhérent du syndicat de l’Education du 93, fauché, en 3 jours, à 31 ans.
On a la rage au cœur, et aux trippes, contre ce monde inique qui porte la mort en lui.

Dans la même journée le gouvernement, allié au patronat du BTP, sortait son « guide » pour remettre, malgré la pandémie galopante, tout le monde au boulot.
On a la rage au cœur et les poings serrés quand on constate que les auteurs de ce monceau de crétinisme assument qu’il ne propose en guise de précautions que des « trucs et des astuces » (voir article ci-dessous).

On a la rage au cœur et une grande détermination pour accompagner les salarié.es de nos métiers dans la guerre de classe qui nous est ainsi réaffirmée.

Dimanche 5 avril 2020
Nos camarades sans-papiers sont, de part leur précarité, totalement exposés au virus. Sans revenu (du fait de l’arrêt d’activité), logés souvent dans des conditions de sur-occupation, parfois déjà malades d’avoir connus des conditions d’émigration trop difficiles, ils sont ici au ban de la survie.

La reprise annoncée (dès lundi) d’un certain nombre de petits chantiers, risque de rendre les « places de grèves »que nous connaissons à l’entrée des distributeurs de matériaux et matériel, encore plus révoltantes. Pour avancer leurs travaux, et surtout faire rentrer de la trésorerie, combiens de petits patrons, ne vont-ils pas remplacer leurs ouvriers confinés par des travailleurs sans-papiers, sans leur apporter la sécurité sanitaire indispensable ?
Nous nous étonnons que des députés, « dits de gauche » s’associe à une demande, initiée par des députés En Marche pour demander au gouvernement de régulariser, comme le Portugal vient de le faire, provisoirement les sans-papiers. …pour mieux se protéger. Cette soudaine, temporaire, et sélective « empathie » est à gerber.
Une seule revendication nous semble justifiée : « régularisation de tous les sans-papiers, et temps que dure le Covid 19 versement d’une allocation permettant à ces personnes de vivre décemment ! »

Notre syndicat travaille, à la hauteur de ses moyens, pour mettre à disposition de ces travailleurs du BTP les plus en danger, son réseau de solidarité alimentaire.

Lundi 6 avril 2020
L’accélération de la fin de semaine avec la sortie du « guide de l’OPPBTP », a largement occupé notre week-end syndical. En effet la menace pour de nombreux et nombreuses salarié.es de reprendre, à leurs risques et périls, le chemin du chantier, nous a amené à produire de nombreux outils pour aider les salarié.es à refuser la reprise sans se mettre en situation de perte de salaires ou de congés, ou même de licenciement.
En effet, le message de refus de reprise se lit partout sur les réseaux émanant d’individus ou d’organisations syndicales.
TOUT CELA EST BIEN JOLI … mais n’aide en aucune façon les salarié.es isolé.es qui subissent la pression de leur employeur (et cela d’autant plus si l’entreprise est petite) !
REFUSER DE REPRENDRE LE TRAVAIL, C’EST OBLIGATOIREMENT L’ECRIRE … mais beaucoup de salarié.es de notre industrie se trouvent complètement démuni.es devant cet exercice de la page blanche.
Le syndicalisme n’est pas déclamatoire, il est action, et donc moyens d’agir.

Mardi 7 avril 2020
Le silence assourdissant du Covid 19 a été rompu hier matin par le son des meuleuses et autres outillages électro-portatifs. Bon nombre de petits chantiers ont, en effet, repris hier.
Alors que notre syndicat produit chaque jour de nouveaux outils pour que les salarié.es se protègent en retardant leur retour en chantier ; un certain nombre en a repris le chemin sans mêmes faire valoir ses droits (salaires, congés, sécurité, …).
Le syndicalisme a perdu (touts chapelles confondues), depuis longtemps maintenant, le moyen de se faire entendre de la partie du salariat la plus exploitée et la plus précarisée de notre industrie.
Le modèle d’exploitation de la petite entreprise n’est cependant pas nouveau. Beaucoup de ces artisans, patrons de TPE ou PME tremblent de la perte de leur statut d’ »Entrepreneur », alors même que ce statut leur procure surtout un stress qu’ils reportent sur leurs salarié.es.
L’esprit de « libre entreprise, fait depuis longtemps des ravages.
Déjà au XIXème siècle, Certains ouvriers qualifiés s’établissaient « à l’entreprise », embauchant des hommes de peine, et au terme d’un « marchandage » (c’est-à-dire d’une enchère décroissante) emportaient l’ »affaire » au seul bénéfice … du client.
A l’heure de l’Intérim, des nouvelles places de grève de chez Batkor et consorts, et de la petite entreprise, qui peut penser que le tâcheronnage a disparu ?

Mercredi 8 avril 2020
En ce temps de mise à distance, nous devons, comme syndicalistes, nous interroger fortement (puissamment) sur cette difficulté à nous faire entendre … à nous faire comprendre.
Sans disposer aujourd’hui des espaces de travail et de sociabilisation nécessaires à notre pratique syndicale, nous nous abandonnons sur les réseaux sociaux, qui marquent rapidement leur limite. Quand ils ne sont pas que le remake d’un dialogue de comptoir, ils se résument souvent en une simple projection narcissique. Il y a bien sûr, et quand même, les camarades de combat, ceux qui comme nous s’escriment à la mobilisation permanente, mais ceux-là on n’a pas à les convaincre.

Le syndicalisme ne peut, pour convaincre, que s’incarner. On ne convainc par de la force collective à distance, comme un étranger à la vie réelle, un donneur de leçon (Y’a ka faire çi, Ya-ka faire ça). La force du syndicalisme, c’est le contact humain, la solidarité immédiate, la confiance acquise dans le combat que l’on mène côte à côte.
Il faudra se le rappeler et doubler d’énergie en sortant du confinement.

Jeudi 9 avril 2020
Hier soit c’était notre second Conseil Syndical en visioconférence.
Pour ceux qui parmi vous se demanderaient : « Kesako le Conseil Syndical » (CS en langage de « ceux qui savent »), et bin le Conseil Syndical c’est l’instance qui réunie chaque semaine, les mandatés du syndicat qui mettent « en musique » les décisions prises en Assemblées Générales (AG).
Si nos camarades mandaté.es se rassemblent à la nuit tombée, c’est pas du tout parce qu’ils auraient l’âme complotiste, non, non, c’est plutôt qu’étant une organisation sans permanents, bah, dans la journée ils et elles sont au taf.
Comme notre syndicat couvre un large territoire (l’Ile de France), que beaucoup d’adhérent.es vivent en grande banlieue, qu’ils et elles ont souvent un boulot manuel fatigant, et puis aussi une vie de famille, alors dans notre syndicat les AG (néanmoins souveraines) n’ont lieu que chaque trimestre.
Entre 2 AG, s’est donc le Conseil Syndical qui organise et anime la vie syndicale.
La dizaine de camarades qui couvrent ces mandats internes, se retrouvent chaque mercredi et tartinent en discutant des sujets du moment. Dans cette période sinistre, si la tartinade est en remise, les sujets se multiplient, et nos camarades continuent à phosphorer ensemble pour faire vivre les valeurs de classe et d’entraide, fondement de notre militantisme.

Vendredi 10 avril 2020
La solidarité ce n’est pas ce qu’on envisage pour soi, mais ce que l’on conçoit pour les autres.
La discussion, dans notre syndicat, porte souvent sur ce sujet. On s’y réfère en disant que les 2 premières lettres de notre pratique Syndicaliste Révolutionnaire se déclinent en S : comme Solidarité, et R : comme Respect de chacun. Notre militantisme doit se construire, non comme l’application d’un dogme, mais dans l’attention portée à chacun.e.
La différenciation entre Charité et Solidarité est d’importance dans un syndicat où, comme partout dans la société, les inégalités sociales, raciales et de genre peuvent se révéler criantes. La bonne conscience peut prendre alors le masque de la Solidarité pour un geste en direction des plus démuni.es.
La Solidarité doit garder tout son sens de classe et œuvrer à l’émergence d’une conscience collective dépassant les barrières sociales, raciales et de genre.

Ce principe de réciprocité s’applique donc à tous et toutes.
De ceux et celles qui semblent les plus « fort.es » vers les plus « fragiles »,
De ceux et celles qui semblent les plus « fragiles » vers les plus « fragiles »,
De ceux et celles qui semblent les plus « fragiles » vers les plus « fort.es »,
De ceux et celles qui semblent les plus « fort.es » vers les plus « fort.es ».

Ce n’est qu’ensemble que nous vaincrons.

Samedi 11 avril 2020
C’est aujourd’hui « jour de permanence », un peu comme on dirait c’est « jour de marché. ». La correspondance n’est peut-être pas si fortuite.
En temps de COVID 19, le syndicat a transformé sa permanence physique en permanence téléphonique, car il était absolument nécessaire, en effet, de laisser ouvert un espace de paroles aux salarié.es les plus exposé.es.
La permanence, c’est d’abord cela : un espace de paroles, permettant a celui ou celle qui la fréquente de dire ce qu’il a : gros sur le cœur, lourd sur les épaules.
L’exploitation patronale, c’est bien sûr une histoire de pognon, mais surtout une atteinte à la dignité, une injustice ressentie. Alors il faut que la colère s’exprime et que le ou la camarade qui (à tour de rôle), assure la fonction de permanencier.e, puisse entendre, comprendre et avoir le geste fédérateur.
Beaucoup trop de camarades pensent encore que pour tenir une permanence juridique et sociale il faudrait être un juriste du droit du travail, un diplômé du travail social …
Si le « travail de dossier » (face humble et obscur du militantisme syndical), est nécessaire, il se fait collectivement au sein de la commission juridique du Conseil Syndical.
La permanence n’en est que le relai. Le rôle des permanenciers est à la fois plus simple et plus délicat. Il consiste à faire en sorte que les salarié.es demandeur.ses, puissent en partant laisser une partie de la charge qui pesait sur leurs épaules. C’est la part qui revient au syndicat (dans l’aide apportée), C’est l’œuvre de la solidarité de classe.

Dimanche 12 avril 2020
« Agiter de vieilles lanternes », « ressasser sans cesse », « être bloqué sur le passé », sont des propos que l’on entend souvent chez ceux et celles qui nous reprochent de ne pas vivre dans le présent, de proposer un modèle dépassé (le syndicalisme), des méthodes militantes contraignantes et obsolètes.
Ceux et celles-là ne nous taxent pas d’Utopie, mais d’avoir atteint notre date de péremption. Nos références au passé seraient la preuve de notre incompréhension du monde des vivants.
Loin de nous cependant l’idée de construire le mausolée des héros de la working-class, en citant Eugène Varlin ou Fernand Pelloutier. Quand ce dernier écrivait : « ce qui manque à l’ouvrier, c’est la science de son malheur », il évoquait l’ensemble des éléments (éducation morale, économique, technique, …) qui construisent la conscience de classe. L’histoire du mouvement ouvrier, dans ses victoires comme dans ses défaites, en fait irrémédiablement partie. Ce regard doit cependant essentiellement participer à l’érection d’une pensée critique collective qui oriente les décisions du présent. Croire pouvoir s’en passer c’est au contraire laisser la voie à toutes les manipulations et dérives idéologiques.

Lundi 13 avril 2020
En ce mois d’avril notre syndicat à pris le pli de commémorer, chaque année, le décret pris le 16 avril 1871 par la Commune de Paris pour réquisitionner les ateliers au bénéfice des coopératives ouvrières de production. Pour le 150ème anniversaire de la dite Commune, le syndicat a donc été sollicité pour écrire un texte d’une quinzaine de pages, sur ce sujet, pour un colloque en préparation.
4 camarades se sont proposés pour un travail collectif d’élaboration. Avant même de pouvoir aligner les caractères, il est alors nécessaire de poser l’équation des inégalités devant la page blanche. Des inégalités dues à l’âge, à l’expérience militante, au capital scolaire et culturel, au temps d’investissement personnel possible (vie professionnelle et familiale) à l’élaboration collective et au travail personnel de recherche historique et d’écriture.
Ce projet syndical, fait partie intégrante du projet d’éducation populaire que nous portons. Sa mise en œuvre et son fonctionnement demande cependant une énergie considérable, que le produit final (30 000 signes) soulignera peu.

Mardi 14 avril 2020
Sans possibilité de départ en week-end prolongé, de farniente ensoleillé aux terrasses des cafés ou sur les pelouses des jardins publics, et de moments passés en famille ou avec de bons potes, on a loisir de réfléchir à notre vie « normale » d’avant, celle qu’on appelait de tous les jours.
De tout temps, les organisations collectives (politiques, syndicales, associatives, spirituelles), ont interpellées leurs adhérents, leurs « bénévoles », ou leurs ouailles sur leur investissement personnel dans le projet collectif.
Au syndicat on a l’habitude de dire que s’il y a une activité à sacrifier c’est celle qui représente moins de 5% de son temps d’activité régulière.
Alors que l’on partage généralement la majorité de son temps éveillé entre le boulot et la vie de famille (imposée ou choisie), les autres activités sont celles que l’on arrêtera ou reportera avec le moins de difficulté, en cas de besoin.
Ainsi l’AG du syndicat, la mobilisation prévue, la permanence à tenir sont sacrifiées sur l’autel du boulot d’abord (pour un syndicaliste c’est fort de café), de la famille ensuite, des bons potes … de la séance au gymnase-club qu’on avait dû elle-même reportée.
Le rôle du syndicat n’est bien évidemment pas de morigéner ou culpabiliser ses adhérents, mais bien de développer des pratiques qui rendent sa fréquentation nécessaire et satisfaisante.

Mercredi 15 avril 2020
Le syndicalisme, c’est « ETRE ensemble ».
Trop nombreu.ses sont celles et ceux qui pensent qu’adhérer : c’est perdre son individualité, au profit d’un collectif omnipotent, c’est abdiquer son libre-arbitre pour une pensée commune d’essence totalitaire. Alors même que notre syndicalisme émancipateur ne peut s’entendre que dans un équilibre entre l’individu et le collectif.
A chaque nouveau et nouvelle camarade, nous indiquons qu’il doit trouver sa place au sein du collectif, en fonction de ses appétences personnelles. Le syndicat portant un projet global de changement de société, chacun.e doit pouvoir y participer en développant ce qui l’inspire et concourra au bien commun. Comme les anciens l’ont voulu le syndicalisme doit être une école où l’échange des savoirs se fait transversalement.
Encore faut-il en avoir vraiment envie.

Jeudi 16 avril 2020
Les rapports entre syndicat et famille sont toujours un peu difficile. L’un et l’autre ont souvent l’impression de se tirer la bourre. Garder son ou sa conjoint.e à la maison le jour de l’AG du syndicat, réussir à faire venir l’adhérent.e à la manif du samedi, marquent le score.
En cas de conflit du travail il y a encore à convaincre la famille qu’il faut soutenir et continuer le combat. La caisse de grève n’y suffit pas toujours. C’est pourquoi le syndicat organise des manifestations culturelles et de loisirs pour permettre aux familles de « fréquenter son antre », de mettre un visage sur qui attire, l’épouse ou le mari, le père ou la mère hors du foyer.
La gratuité de ces manifestations est importante, car si elle doit permettre l’accès de tous et toutes, elle est aussi un marqueur de la constitution d’une culture populaire collective.
S’adresser à tous et toutes quelques soient les différences, d’origine et d’âge demeure cependant un autre défi syndical.

Vendredi 17 avril 2020
Le syndicat est notre organisation de classe. Pour cela, il doit pouvoir répondre à l’ensemble des questions que se posent les salarié.es de notre industrie. Pas question de n’être qu’un guichet « spécialisé » en droit du travail qui en cas d’autres interrogations (logement, santé, famille, consommation…), enverrait les demandeur.euses vers un autre guichet (DAL, assistant.es social.es, restau du cœur, …).
Porteur d’un projet de changement radical de la société, il est de notre devoir de faire en sorte que chaque salarié.e trouve ici réponses de classe à ses questions, car notre regard et notre pratique sont radicalement différentes. Pour cela notre syndicat aidé de son Conseil Syndical hebdomadaire travaille à l’élaboration d’un fonctionnement d’accueil dans la tradition des Bourses du travail, tel que l’imagina Fernand Pelloutier.

Samedi 18 avril 2020
Le samedi, c’est jour de permanence. L’entretien à souvent une teneur juridique, parce que la première démarche, vers un syndicat, que font les salarié.es porte généralement, sur un conflit avec leur employeur. Le ou la camarade qui assure, ce jour, le rôle de permanencier.e va donc de voir se mettre en situation de délégué.e ou de défenseur.e syndicale.e. Il faut agir avec méthode car la permanence ne dure que 2 heures, qu’il peut y avoir 10 personnes en demande, et que chacun.e doit pouvoir être entendu.e dans les meilleures conditions. Pour les sujets concernant le travail les questions individuelles se traite collectivement, car le message de droit porté par le ou la permanencier.e est entendable par tous, et chacun, de part son expérience peut contribuer à la réponse apportée. Si le droit du travail est interprétable pour chaque situation, il est le même pour tous et toutes. Le traitement collectif trouve cependant sa limite quand un harcèlement subi a pu toucher l’intégrité physique ou psychique de la personne. Le ou la camarade de permanence doit alors proposer un cadre particulier à la personne affectée.

Dimanche 19 avril 2020
Le dimanche est aussi jour de match. Militants convaincus que le syndicat se renforce par la passion de chacun, nous avions monté une équipe de foot, au syndicat. C’était alors une opportunité, car Franck, membre de notre coopérative de production « La Belle Equipe », avait dans sa jeunesse espéré devenir joueur professionnel (sans y être parvenu), gardait le jeu chevillé au corps, et accepta de devenir notre entraîneur.
Des ballons, des maillots, des heures et un lieu d’entrainement furent mis en place, et nous en virent à échanger sur le jeu lui-même. Ceci s’avéra un peu plus délicat tant notre réflexion pouvait remettre en questions les fonctionnements établis. A la question du rôle de chacun sur le terrain, et alors que Franck insistait sur sa fonction particulière (avant centre, gardien, ailier gauche, …), nous parlions de rotation des mandats (et ce même en cours de match et sans en informer l’adversaire), à celle du rôle de l’arbitre nous revendiquions l’autocontrôle des règles. En un mot chez Franck prédominait le modèle traditionnel auquel nous opposions celui du syndicalisme révolutionnaire.
Dans un tout autre domaine (et d’une autre manière) se révéla un phénomène que nous avons alors considéré comparable. Lors du déploiement de l’armée française au Mali, le syndicat voulu se positionner. Nos camarades d’origine malienne émirent le vœu de se réunir d’abord en « non mixité raciale ». Tout en rappelant que l’intervention de l’armée française devait aussi poser question aux français, nous nous interrogeâmes collectivement sur le positionnement de chacun (au sein du syndicat).
Etions nous d’abord Malien (ou français) ou d’abord syndicaliste ? footballeur ou d’abord syndicaliste ?
La préséance de l’un sur l’autre s’avérant, dans un syndicat révolutionnaire, forte d’enseignement.


Lundi 20 avril 2020

Le syndicalisme de réseau sociaux peut-il rendre aphone ?
Il y a de cela une semaine notre syndicat, à lancé sur sa page facebook, un appel à la solidarité pour trouver du matériel informatique. En effet nous avons aujourd’hui besoin de ce type de matériel pour garder le lien avec des camarades confinés dans les foyers de travailleurs étrangers, pour continuer à rassembler du matériel juridique (éléments de preuves) en prévision de nombreuses affaires prud’homales à venir, pour accompagner nos délégués syndicaux et élus du personnel.
Ce message facebook aurait touché 699 personnes, eut 92 interactions, 15 partages et 5 « j’aime ».
Pour cependant un résultat totalement nul !
Pas un commentaire, pas une demande de précision, aucune proposition ni financière, ni matérielle.
Comme si l’on avait prêché dans le désert.
Nous sommes bien évidemment convaincus (et l’avons très souvent énoncé), que le syndicalisme ne peut que s’incarner dans le monde réel. Mais que penser de ce qui se passe sur la toile et de son utilité dans la lutte de classe ?
De toute évidence cependant, le syndicalisme de réseaux sociaux ne nous rendra pas muet.

Mardi 21 avril 2020
A cette heure, où les Conseil de Prud’hommes sont encore fermés pour cause de Corona virus, on peut s’interroger sur cette forme de défense syndicale qui s’adresse principalement aux salarié.es les plus isolé.es. Notre syndicat fait de la défense prud’homale depuis plusieurs décennies, avec sans conteste un certain nombre de succès (environ 98% d’affaires gagnées et d’argent récupéré). Notre syndicat a, en effet et depuis toujours (et au moins depuis sa renaissance en 1997) souhaité plaider directement, considérant que cet « exercice » renforçait sa compétence en terme de droit du travail.
Nous avons toujours considéré que le fait de se dire un syndicat d’action directe s’opposait à recruter pour cela des avocats. Ceci n’empêche toutefois pas d’y avoir recours, en terme de conseil (en droit du travail ou droit des étrangers), et de les solliciter quand notre pratique est légalement entravée (depuis les lois Macron), en appel et bien évidemment quand il s’agit d’aller en Cassation.
Si le syndicalisme à vocation à s’orienter sur de la défense collective, il ne peut décemment pas ignorer la défense individuelle qui est souvent la porte d’entrée au syndicat pour les travailleurs et travailleuses précaires.

Mercredi 22 avril 2020
Ce soir se tient notre 3ème Conseil Syndical de confinement, et j’espère que l’on trouvera enfin le moyen de porter le secours indispensable à certains de nos camarades qui sont ainsi dans la misère. Car misère est bien le mot quand on en arrive à souffrir de la faim.
Des membres du Conseil Syndical se sont mobilisé cette semaine pour référencer les lieux de distribution, voir comment il serait possible d’organiser des livraisons avec le triporteur de la SUB’stantielle, aller au-delà du soutien alimentaire …
Le confinement révèle cette misère, de façon évidente, quand toutes les portes se ferment. Celles qui nous enferment, nous confinent, mais aussi celles du secours ordinaire qui pour les plus précarisé.es d’entre nous restent aujourd’hui closes (celle de la débrouille, du boulot au black, des amis et connaissances qui soulagent parfois de l’angoisse du quotidien).
Beaucoup nous promettent « le jour d’après », comme celui de la colère, de l’amour ou de la justice. Loin des promesses et des bonnes résolutions, il faudra qu’une fois pour toutes on n’oublie pas qu’il s’agit pour beaucoup trop nombreu.ses de détresse, bien réelle et présente, que par dignité ils et elles dissimulent aux regards trop pressés de nos militances agités.
Le problème des camarades dans ce que l’on appelle « le besoin », ce n’est pas demain, ce n’est pas plus tard qu’il faudra le régler. La solidarité ne peut faire l’économie de l’urgence.

Jeudi 23 avril 2020
Nos sections syndicales, dans le public comme dans le privé, sont particulièrement mobilisées dans cette situation de crise sanitaire et de récession sociale. La situation d’isolement individuel des salarié.es et de souffrance au travail, constatée précédemment, et largement dénoncée par nos équipes syndicales, est décuplée par la pandémie. Alors que quelques petits chefs, tout autant irresponsables que malsains, bénéficiant des encouragements muets de leur direction, harcèlent leurs subordonnée.es, et les mettent en danger ; nos militants luttent pied-à-pied pour dénoncer ces nouvelles attaques contre l’intégrité physique et morale de leurs collègues, et contrer l’offensive d’un patronat et d’un Etat totalement dépassés par une situation catastrophique dont ils sont largement responsables.
Le monde nouveau s’invente chaque jour par la solidarité qui se construit dans la lutte. La crise économique qui accompagne le Covid 19 ne fait que commencer. Sans sections syndicales mobilisables dans les entreprises, les salarié.es doivent s’attendre à en prendre plein la gueule !

Vendredi 24 avril 2020
« En se concevant comme des cellules préfigurant et préparant à la fois l’avènement d’un nouvel ordre économique et social, le syndicat vise à construire une contre société autant qu’à organiser une action ». Ecrivait, en 1913, Maxime Leroy dans « la coutume ouvrière ».
Beaucoup de syndicalistes méconnaissent cette coutume ouvrière. Et les syndicalistes (toutes chapelles confondues) sont malheureusement une infime minorité dans un prolétariat qui jusqu’à aujourd’hui s’est perdu dans le mirage d’une consommation vécue ou fantasmée.
Les autres (enfin Nous) avons souvent l’impression de ramer à contre courant, de radoter grave, ceints de notre camisole rouge et noire.
« Le syndicat suffit à tout », concluait le Maxime, dans une formule simple qui aurait surement plu à Fernand Pelloutier.
Comme exposé précédemment dans ce journal, si cette formule peut titiller ceux qui voient de l’autoritarisme et de la contrainte partout, elle a le mérite de ne laisser aucune question en suspend.
Pour ceux et celles qui se demandent comment et quoi bouffer, le syndicat met à disposition « la SUB’tantielle », pour ceux et celles qui se demandent quoi faire de leurs mômes quand on leurs aura sucré leurs vacances d’été, le syndicat a créé « Mômes en liberté », et puis aussi « Alpha Bât. », et « Construc’son », … un ensemble de structures associatives ou coopératives pour porter notre projet, ici et maintenant (et dans tous les domaines de la vie), d’un autre futur.

Samedi 25 avril 2020
C’est encore et toujours jour de permanence syndicale.
Dans la situation de non-droit qui voit des travailleur.ses ne pas percevoir de salaire sous prétexte que leur employeur n’aurait pas toucher le montant des indemnités pour chômage partiel, des décisions unilatérales de mise en congés ou de décompte de RTT, quand ce n’est pas tout castrophiquement une mise en danger des personnels et de leurs familles … NOTRE PERMANENCE EST OUVERTE CHAQUE SAMEDI DE 10H00 A 12H00, pour répondre à l’ensemble des situations rencontrées.
Certes, un certains nombre de Conseils de prud’hommes sont encore fermés et/ou fonctionnent de façon extrêmement limitée. Cela n’empêche pas d’analyser les situations, de rassembler les éléments de preuves, de préparer les plaidoiries.
On entend souvent les salarié.es dirent comprendre les difficultés de leur patron (d’autant plus quand c’est une petite entreprise). Les attendus de la lutte de classe sont alors à rappeler : « Quand le singe veut partager les risques, il doit alors aussi partager les bénéfices. Transformer l’entreprise capitaliste (qu’elle soit TPE/PME ou SA) en une coopérative de production ou de consommation, le syndicat a le mode d’emploi, prêt à servir. »

Dimanche 26 avril 2020
Un premier mai à la ramasse. C’est un peu le sentiment que nous avons sur notre difficulté à envisager ce jour dans la situation que nous vivons cette année.
Les manifestations des dernières années ayant été particulièrement violentes, notre syndicat s’interrogeait à revenir à une apparition publique plus familiale. En effet, sans vouloir ici porter un jugement sur les stratégies de tension des Black Block, nous constations que nos cortèges n’arrivaient plus à mobiliser les parents de jeunes enfants qui avant nous rejoignaient, que nous n’invitions plus nos camarades sans-papiers à prendre le risque d’une interpellation. Perdant ainsi l’occasion de resserrer les rangs sur notre projet autogestionnaire.
Nous envisagions (avant le confinement), comme le mouvement syndical l’a fait pendant longtemps, d’organiser un meeting, un bal, un pique-nique, une manifestation de culture populaire … tous événements permettant de rappeler l’origine du 1er mai, de raffermir la conscience de classe et la construction, ici et maintenant, d’un monde nouveau fait d’entraide et de bienveillance.


Lundi 27 avril 2020

Je me souviens d’un vieil espagnol (dont j’ai oublié le nom, je m’en excuse) qui avait rejoins le syndicat, à la fin du 20ème siècle, alors que nous travaillions à le faire renaître de ses cendres.
Ce déjà vieux, qui avait fait (alors tout jeune) la guerre civile espagnole dans les bataillons libertaires militarisés, convoyait tranquillement vers nous la mémoire des pratiques d’un militantisme populaire de masse. Nous mettions cependant sous le signe d’une sénilité désormais acquise, la marotte qu’il semblait avoir de radoter en rond.
Je me souviens particulièrement, quand nous évoquions un collage à venir, de sa description de ce mode d’action dans l’Espagne des années trente. Une fois l’affiche collée, il nous racontait qu’un compagnon se plaçait devant en attendant que le chaland arrive. Ca ne manquait pas de se produire, les gens étant curieux de savoir ce qui pouvait bien provoquer cet intérêt. Quand l’attroupement était suffisant le compagnon faisait des commentaires, et animait un débat souvent contradictoire lui permettant d’argumenter la propagande contenue dans l’affiche. Nous trouvions cela pittoresque (bien qu’un peu répétitif), mais inadapté à notre époque.
Et pourtant combien d’affiches avons-nous collé sans que personne ne les remarque ?
Si elles doivent être adaptées les pratiques d’un syndicalisme de masse devrait toujours éveiller l’intérêt de militants groupusculaires (qui ne souhaitent pas le rester).

Mardi 28 avril 2020
L’internationale le rime :
L’égalité veut d’autres lois :
« Pas de droits sans devoirs, dit-elle,
Égaux, pas de devoirs sans droits ! »

Dès la fin du XIXème siècle le syndicalisme, se voulant cellules préfigurant et préparant l’avènement d’un nouvel ordre économique et social, mis en place un ensemble de règles fixant les obligations de ses adhérent.es.
La cotisation n’en constituait qu’un élément parmi d’autres, presque secondaire si l’on parcoure l’ensemble des prescriptions morales et professionnelles auxquelles les statuts des différents syndicats soumettent alors leurs membres. Maxime Leroy en a recensé près de 25 sortes, dans La Coutume Ouvrière » (1913), la première :
Obéir aux statuts syndicaux,
L’obéissance est un devoir qui paraît passé de mode aujourd’hui, même en ce qui concerne les enfants. On l’envisage dorénavant comme « aveugle », au regard d’un 20ème siècle de tous les autoritarismes qui l’a reléguée au rang d’un handicap à se concevoir en liberté.
Le Respect des statuts syndicaux, est aujourd’hui plus entendable, plus concevable dans la logique d’une adhésion. Adhérer à une organisation collective demande à en lire les statuts, surtout quand cette dernière revendique la démocratie directe.
Bien sûr on prend souvent contact avec la CNT, parce qu’on à lu un tract ou vu une affiche, parce qu’on l’a rencontré dans une manif ou qu’un.e ami.e nous en a parlé. Mais si l’envie nous prend d’adhérer il faut évidement lire les statuts de son syndicat de rattachement.
Au SUB on à l’habitude de dire, qu’après lecture, et pour adhérer il faut au moins être d’accord à 51%, sinon comment adhérer, et comment les respecter ?
Car adhérer, c’est aussi faire vivre ces statuts, nourrir la réflexion commune en participant à l’ensemble des débats, aux différentes actions, qui modèlent ces statuts, les améliorent régulièrement pour conserver au syndicat sa vocation de structure collective vivante.

Mercredi 29 avril 2020
Le syndicat peut être le champ de conflits entre camarades (relations de domination, attitudes de dénigrement, misogynie, homophobie, racisme menant à des situations de dépendance, de harcèlement).
Si le syndicat (au travers de son conseil syndical et des ses AG) fait systématiquement des rappels à l’ordre quand il constate ces dérapages, ce n’est parfois pas suffisant.
Après avoir rencontré des situations de conflits au sein de ses sections syndicales le syndicat a veillé à multiplier les instances de paroles au sein de ses structures afin que les victimes puissent trouver le moyen d’expression de leur souffrance et que le syndicat soit alerté au plus tôt. A ce titre :
• il consacre la première demi-heure de son Conseil Syndical à ce qu’il nomme « les questions diverses » et qui permet à n’importe quel.le adhérent.e de porter devant lui un problème qu’il ou elle rencontre personnellement avec le syndicat ou l’un ou l’une de ses membres.
• Il veille à ce que les membres d’une section syndicale soient répartis dans des Groupes d’Action Syndicale (GAS) (1) différents.
Si ces solutions sont insuffisantes, et à la demande d’un.e camarade victime, le syndicat fait appel à une structure externe et autonome (du choix de la victime) pour engager un processus de reconnaissance (quand elle reste envisageable et possible).

(1) Les GAS rassemblent (généralement de façon géographique) 6 adhérents du syndicat, ont vocation a entretenir une relation de proximité entre camarades, et être si possible la base future d’un syndicat local.

Jeudi 30 avril 2020
Les cortèges de balcon, outre le fait qu’ils laissent leurs auteur.es face aux possibles visites domiciliaires de la police et aux éventuelles poursuites judiciaires, n’apportent pas la satisfaction d’être ensemble, de partager un moment collectif.
Les italiens en chantant Bellaciao, d’une fenêtre à l’autre, s’arment au moins d’une certaine forme de résistance.

Sous l’Ancien Régime on appelait les mouvements de foules des « émotions ».
Que ce soit par la joie ou la colère, la peur ou la puissance quand la foule se fait houle, cherchant la force du tsunami, ça prend tout de suite une autre gueule. Du fond de notre confinement, on se remémore toutes ces manifestations traine-savates, auxquelles on a pu participer, dont nous interrogions alors le sens et l’efficacité.
A la veille De ce nouveau premier mai, dans l’impossibilité de nous retrouver, de nous congratuler et de chanter ensemble, nous ne pouvons que chercher comment, lorsqu’à nouveau nous pourrons nous rassembler, agréger plus de monde et faire de chaque manifestation un moment inoubliable et dont nous serons fiers de nous remémorer la puissance et la détermination.


Vendredi 1er mai 2020

Cloitrés les uns, les autres, et chacun.e chez soi, on se rappelle et on raconte à ceux et celles qui ne l’auraient pas vécu, comme fut chaude la journée du 1er mai … 2000.
Comme cela se passe souvent dans le mouvement révolutionnaire il y a bien un moment où une organisation semble s’auréoler de lumière, susciter l’intérêt et attirer par sa luminosité. Ce fut le cas de la CNT-f au tournant de ce siècle ; et connue son apothéose dans une semaine d’un Paris rouge & noir et cette journée fameuse.
Le cortège (de 5 OOO manifestants selon certains) qu’ouvrait la fanfare des mineurs Gallois avait, c’est sûr, de la gueule en dévalant de Belleville sur la place de la République. Une belle prestance et de la vigueur, qui fit défiler à reculons, et jusqu’à Nation, le SO de la CGT (avec qui les rapports avaient pu être tendus les années précédentes).
Après cette belle et chaude journée, la fête avait continué, dans une impasse des Vignoles noire de monde. Dans la grande salle passait le film de la journée et tous et toutes riaient, s’apostrophaient et se tapaient dans le dos, ravis de se voir, si tôt, à l’image. La nuit fut courte, arrosée et fraternelle.
Mais la mémoire s’est rapidement ternie, d’embrouilles et de rancoeurs, comme c’est si souvent le cas dans l’histoire du mouvement libertaire français, où il devient soudainement difficile et douloureux de s’être sentis en force.
Combien de ceux qui se congratulaient ce jour se regardent aujourd’hui en chiens de faïence, considérant que les chemins divergents que beaucoup ont pris en font les pires ennemis.
Le SUBrp, qui a participé à cette journée mémorable, en conserve la force et la conviction que l’avenir ne peut se concevoir que dans la fraternité et le respect envers ces camarades d’hier et ceux qui depuis nous ont rejoins pour mener le combat émancipateur.
En cette nouvelle journée de 1er mai, nos pensées vont encore vers notre camarade « Gégé », cheville ouvrière (et de caractère) de ce merveilleux moment, trop tôt et trop mal disparu.


Samedi 2 mai 2020

C’est aujourd’hui, jour de permanence.
Depuis quelques semaines maintenant nous avons remplacé la permanence que nous tenions chaque samedi aux Vignoles, par une permanence téléphonique. Nous n’avons cependant pas changé le principe d’une rotation entre les différents mandatés et faisons, lors du Conseil Syndical (en conférence téléphonique) du mercredi, l’analyse des demandes et des réponses possibles. Ainsi quand le permanencier rappelle (le samedi entre 10H00 et12H00) les salarié.es qui nous ont sollicités, il dispose de tous les moyens d’agir (courriers types, argumentaires, organisation des gestes de solidarité).
Le téléphone demeure cependant une difficulté. Malgré sa grande diffusion et ses usages démultipliés, il est difficilement porteur de ce qui fait la valeur de notre permanence physique. Ce qui tient du collectif, du regard chaleureux du geste fraternel en est gommé. On se rend compte de combien notre solidarité est restreinte par ce moyen de communication qui met chacun à distance. Notre réponse « juridique et sociale » en est autant réduite. Nos moyens de lutte aussi.

Dimanche 3 mai 2020
LES SUBLIMES
L’ouvrier parisien possède tous les savoir-faire dont, ceci implique cela, celui du combat
Au 19ème siècle, Tisserand, ouvrier de son état avait écrit une chansonnette dont le refrain était :
« Enfants de Dieu, créateur de la terre,
Accomplissons chacun notre métier
Le gai travail est la sainte prière
Qui plait à Dieu, ce sublime ouvrier. »

D’autres ouvriers avaient tourné en dérision cette chanson moralisatrice qui exaltait le patriotisme, l’obéissance et la modestie, en modifiant le refrain pour en faire :
« Fils de Dieu, créateur de la terre,
Accomplissons chacun notre métier
Le gai travail est la sainte prière
Ce qui plait à Dieu, c’est le SUBLIME ouvrier. »

Ce n’était pas Dieu qui était "sublime", mais les ouvriers eux-mêmes, seuls créateurs de richesses par leur travail.
Alors que les premiers journaux socialistes portent des titres évocateurs : "La revanche du forçat" - "le cri du forçat" - "le réveil du forçat". La philosophie des "sublimes" se présente donc comme une forme de résistance à la pression des patrons qui veulent accroître les cadences, stimuler la productivité, mettre au pas chaque ouvrier.
L’ouvrier qualifié sent mieux que tout autre le poids de la conjoncture. Il a l’oeil sur son travail et un autre sur les stocks et les commandes à livrer. Les moindres fautes du patron sont mises à profit.
Si le patron convient d’un prix pour le montage ou le façonnage d’une machine, si le travail est aux 3/4 fait et si un "sublime" sait que son patron est en retard pour la livraison, il quitte aussitôt l’atelier avec la moitié de l’équipe. Que peut faire le patron ? Il sait bien qu’il ne peut compter sur les ouvriers "vrais", des "fayots" incapables d’exécuter un travail difficile. Il se résigne alors et accorde l’augmentation.
Nombreux sont aussi les ouvriers qui commencent leur semaine le mardi. Quant aux grèves, près de la moitié d’entre elles ont lieu au printemps.
Les patrons ont beau frapper d’une amende ceux qui ne viennent pas travailler le lundi, rien n’y fait. L’ouvrier est sûr de trouver dès le lendemain, s’il le veut, à s’embaucher ailleurs.
Les sublimes ont disparu de notre mémoire, et l’Histoire rapidement effacé ces ouvriers frondeurs, facétieux, volontiers célibataires, rebelles à l’autorité patronale mais amoureux du travail bien fait.
Le Syndicat Unifié du Bâtiment se les rappelle et les évoque lors de la réalisation de ses chantiers syndicaux fiers de la mise en œuvre collective de nos savoir-faire


Lundi 4 mai 2020

Dès la fin du XIXème siècle le syndicalisme, se voulant cellules préfigurant et préparant l’avènement d’un nouvel ordre économique et social, mis en place un ensemble de règles fixant les obligations de ses adhérent.es. Maxime Leroy en a recensé près de 25 sortes, dans La Coutume Ouvrière » (1913), Voici la seconde :
Assister aux réunions,
L’Assemblée Générale du syndicat est le lieu d’expression et de décision du syndicat. En ce sens, y assister est fondamental. Pas de démocratie directe sans cela. Les décisions impliquent chacun individuellement et collectivement, car au SUBrp il ne peut y avoir que deux postures de vote (Pour/Contre).
L’AG se déroule en 3 temps (Plénière/Discussion et vote en GAS/Retour en plénière).
• Dans la première partie (après vote de l’ordre du jour et rapport des mandats) les questions soumises au vote sont présentées et argumentées.
• Les adhérent.es se réunissent en Groupe d’Action Syndicale (6 adhérent.es), échangent sur les questions et votent.
• Réunis à nouveau en plénière, le secrétaire de chaque GAS, et sur chaque question, rapporte en nombre de voix émises (pour et contre) les votes, et les commentaires de ses camarades.
Seules les questions atteignant 80% du vote des présents sont validées. Les autres abandonnées ou soumises à un travail supplémentaire en commissions.
Compte tenu de l’étendu territorial de son champ de syndicalisation. Le syndicat tient 3 AG et un congrès (d’orientation ou d’organisation) dans l’année, et mandate son Conseil Syndical pour (entre 2 AG) mettre en place et en action ses décisions.

Mardi 5 mai 2020
34ème journal du confinement syndical.
Ecrit, jour après jour, comme un outil militant de réflexion pour préparer le « jour d’après », ce journal tend à profiter du confinement pour transformer ce moment d’ »inaction », en interrogations, tous azimuts, sur nos pratiques syndicales. Celles qui ne nous ont pas suffisamment préparés à vivre la situation présente. Comme celles qui doivent nous permettre de rebondir devant la crise sociale qui s’annonce. Car, pour de trop nombreu.ses salarié.es le pire est devant eux.
Une chanson de Charles d’Avray serinait : « C’est reculer que d’être stationnaire, on le devient de trop philosopher ». Dans la situation d’arrêt qui nous est imposé, avons-nous été stoppés ? Sommes-nous totalement dépassés ?
Nous ne le croyons pas. Malgré la faiblesse de nos moyens humains et financiers, et après la sidération des premiers instants, notre syndicat s’est à nouveau réunis et a produits des outils de défense immédiate, de lutte, et de solidarité.
Le « jour d’après » est déjà un temps du présent, où il est urgent d’agir. Notre capacité à ré-agir ne peut être que la somme de nos expériences passées à celles de l’avenir. En cela le regard que nous tentons de partager avec nos lecteurs sur une partie de notre monde syndical d’avant se veut une source possible pour demain.

Mercredi 6 mai 2020
Le confinement est à l’image de la société et les militant.es en sont aussi, et malheureusement, le produit.
Dans une situation sanitaire où chacun.e peut craindre pour sa peau, les reflexes de retrait sur soi touchent tous les milieux, militants compris. On pourrait espérer que dans des organisations, ou dans des moments révolutionnaires (et celui que nous vivons l’est, non pas par la mobilisation des forces révolutionnaires mais dans les bouleversements qu’il annonce pour beaucoup) la combattivité se renforce, les solidarités s’épanouissent. Il n’en est rien.
Quand à l’appel d’un Charles Delescluse, délégué de la Commune de Paris à la guerre, vieux, amer et désabusé, les communards se replièrent chacun sur leur quartier (normalement pour le défendre pied-à-pied contre des versaillais ivres de sang), beaucoup, en fait, quittèrent rapidement chassepot et uniforme pour se planquer au mieux.
Toute comparaison gardée, nous ne pouvons toujours que nous interroger sur la désertion (consciente ou inconsciente) de nombre de camarades en qui nous pensions pouvoir compter dans les situations de crise. Il n’est pas question ici de jeter la moindre pierre à qui que se soit, mais plutôt de réfléchir sur ce qui fait le pacte d’adhésion à nos organisations prétendues « révolutionnaires ».
Que vaut la solidarité affichée, quand on oublie le simple geste de donner de ses nouvelles ou d’en prendre des autres ?
Comme toute situation dans laquelle veut s’inscrire notre syndicalisme, il faut que la solidarité puisse s’incarner, en gardant le lien de classe, en secourant les plus défavorisé.es, en soutenant les plus déterminé.es. Il est nécessaire d’au moins faire acte de présence.
Ceux et celles qui mettent aujourd’hui le syndicat en quarantaine ne peuvent que l’inviter à toujours et mieux définir les valeurs dont il se revendique, et les pratiques qu’il met en œuvre pour cela.

Jeudi 7 mai 2020
Toute organisation syndicale (politique, spirituelle, voire même associative) doit définir sa stratégie de communication. La plupart, sous prétexte de « Ne pas désespérer Billancourt », « le peuple de Dieu » ou leurs éventuels sponsors et bienfaiteurs, choisissent de présenter toujours « la bouteille à moitié pleine ».
Depuis l’origine, notre syndicat préfère dire les choses, relater les événements, de façon la plus proche d’une réalité qu’il juge « objective ».
Loin des « jours heureux », des « lendemains qui chantent » et de ceux où « on rasera gratis », le SUBrp veut dire ce qu’il en est : de la difficulté de militer humblement, des désaccords, des désaffections.
S’inscrire dans l’action sur un temps relativement long est difficile pour beaucoup d’entre nous. Le temps contemporain de la zapette n’explique pas tout. Les colonnes des journaux syndicaux d’avant 1914 sont pleine des lamentations des organisations qui peinent à mobiliser leurs membres.
Alors comment communiquer sur ces questions ?
Le masquer c’est rendre difficilement explicable la faiblesse numérique de nos organisations.
Le noter c’est rendre plus difficile l’adhésion de celles et ceux qui pourraient considérer, de prime abord, que leur militantisme sera vain.
Les syndicalistes-révolutionnaires des débuts promouvaient un syndicalisme de « minorité agissante ». Cette dernière demande quand même d’atteindre un minimum (dont nous sommes loin), et d’avoir l’écoute du reste de la classe. Au travers du travail syndical que nous entreprenons il y a les deux :
• Elargir suffisamment le nombre de nos adhérents
• Donner de l’écho à nos pratiques syndicales

Vendredi 8 mai 2020
En ce jour, le gouvernement vient de signer la capitulation de la santé devant l’épidémie. Il décrète que sauver l’intérêt des patrons est plus important que garantir la santé des français.es. La guerre de classe, mené par une bourgeoise avide, et ininterrompue pendant le confinement, se masque maintenant derrière un nouvel appel à l’unité nationale : il faudrait combattre la récession, comme on a engagé la bataille du charbon en 1945. La défense des dividendes des actionnaires veviendrait d’intérêt commun.
En ce jour, la classe ouvrière à déjà capitulé face aux exigences du patronat. Beaucoup de chantiers ont repris dans des conditions sanitaires catastrophiques (masques manquants ou posés en-protège-menton, travail à touche-touche, partage d’outillage, …) et les travailleur.euses du BTP turbinent à qui mieux-mieux.
« Grosses couilles et têtes de piafs », ont à nouveau droit de cité sur nos chantiers. Le virilisme et l’individualisme cumulés sont un désastre pour l’organisation de la lutte collective. Le « même-pas-peur du virus » reste l’expression d’une bêtise crasse dans le jeu de celui qui sera le plus con. Notre industrie est malheureusement et largement touchée par cette épidémie de l’ignorance et de la grande gueule qui nous affecte depuis des décennies.
Dans la lutte sociale le travail de démolition des stéréotypes de genre doit être une priorité

Samedi 9 mai 2020
Les singes sont prêts pour le combat, et se plaignent déjà de ne pas retrouver immédiatement les moyens et conditions de l’exploitation sans limite qui remplit habituellement leurs caisses, au détriment de la santé et de la sécurité des salarié.es.
Pour un prolétariat diminué par la faillite stratégique et tactique des organisations censées le représenté, la reprise va être particulièrement difficile.
La lutte contre la réforme des retraites, le confinement et la période de récession sociale qui s’annonce, soulignent les difficultés que non rencontrons tous, et chacun isolement, pour mobiliser la travailleur.euses. Aucune de nos organisations n’a fait la preuve de résultats encourageants et annonciateurs de victoire à venir. Nous luttons tous, le dos au mur.
Nos organisations doivent s’engager dans un travail intersyndical, à la base, qui puisse permettre les convergences nécessaires aux batailles à venir. Pour cela, il est nécessaire que chaque organisation accepte d’entrer dans un dialogue ouvert et constructif, sans le préalable et sans diktat de chapelle.
Telle est, en tout cas au SUBrp, notre volonté et notre objectif.

Dimanche 10 mai 2020
Dernier journal
Le confinement s’arrête normalement demain. Il en est donc aussi ainsi de ce journal dont le dernier opus est celui-ci. Nous laissons à nos lecteurs et lectrices le soin de décider de son intérêt pour aujourd’hui et pour demain.
Outil de mobilisation et de réflexion dans le moment difficile que nous avons connu ces deux derniers mois, il laissera la place dès demain à de nouvelles formes en adéquation avec les nécessités du moment. Au plaisir de bientôt retrouver la chaleur des rencontres publiques et des luttes collectives.


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