Du fond de la piscine : de la lutte contre la réforme des retraites à la sortie du confinement

mardi 12 mai 2020
par  SUB-TP-BAM RP

Quelques semaines plus tard, la réforme est suspendue au nom de l’unité nationale...

Nous en étions là, un après-midi d’un mois de mars finissant, à faire le bilan de la grève contre la réforme des retraites, pour le syndicat et plus largement pour le mouvement social. La France venait de connaitre la plus longue grève de son histoire, soldée par un passage de la réforme par 49-3, dans la désorganisation la plus générale. Le syndicat entamait sa propre radiographie pour identifier ses pertes et ses acquis, ses carences et ses perspectives, quand le coronavirus a commencé à se propager en France. Nous ne l’avons pas tout de suite identifié comme un élément majeur capable modifier la donne. Quelques semaines plus tard, la réforme est suspendue au nom de l’unité nationale. Au sein de la majorité, les élu·es semblent d’accord voire presque soulager de lâcher cette réforme qui serait devenue un boulet dans le contexte post-crise. Même le MEDEF ne veut plus en entendre parler : "il faut mettre de côté la réforme des retraites pour deux ans" a déclaré son patron Roux de Bézieux.

Si ce revirement de bord passager ne surprend personne, en raison de l’impopularité du texte, il est symptomatique dans la mesure où il annonce un changement de stratégie. La priorité du gouvernement n’est plus la chasse aux déficits fantasmés mais le traitement d’une récession généralisée par le lot traditionnel de mesures libérales que l’on connait : aides massives aux entreprises sans conditions et pression sur les salarié·es, en plus d’une répression accrue sur les plus précaires.

Dans cette perspective, il parait pertinent de placer la lutte pour nos droits qui s’annonce dans la continuité du mouvement de contestation de la réforme des retraites. En d’autres termes : que retenir de la déroute du mouvement contre la réforme des retraites, et qui pourrait nous servir dans les luttes qui s’annoncent "post-Covid" ?

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Constat n°1 : La manifestation n’est pas une fin en soi

Le mouvement de contestation contre la réforme des retraites s’est tout d’abord inscrit dans un agenda très classique consistant à mesurer le rapport de force avec le pouvoir lors des journées nationales de manifestation. Dans ce cadre, le critère quantitatif du nombre de manifestants constitue l’étalon du mécontentement social, repris et commenté au journal télévisé de 20h. Pourtant, malgré quelques journées de mobilisation plutôt suivies, ce mode de contestation a très vite montré ses limites. A aucun moment, les millions de manifestant·es n’ont réussi à établir un rapport de force en leur faveur. Mieux que cela, face à la rue, le gouvernement s’est renforcé et la majorité du palais Bourbon s’est fondue dans un vote unique. Face à cet échec du mouvement social qui a choisi le versant social-démocrate d’une recherche en légitimé numéraire pour construire le rapport de force, comment continuer à agir dans la période de déconfinement à la durée indéterminée, pendant laquelle le gouvernement arguera du risque sanitaire pour restreindre les libertés publiques ?

Constat n°2 : La grève générale n’est pas pour demain

Le mouvement de grève contre la réforme s’est structuré successivement autour de secteurs et d’entreprises moteurs : la RATP, la SNCF, la fonction publique... avec ponctuellement des actions interprofessionnelles. Mais en dehors de ces secteurs historiquement combattifs, le mouvement s’est surtout caractérisé par une absence d’actions sur les lieux de production. Le patronat a été le grand absent des cibles de mobilisation, supplanté par Macron et le gouvernement. Or la grande bataille du mouvement social est de construire la grève générale afin de faire vaciller le principal rouage du capitalisme, le patronat et non ses avatars que sont les gouvernements successifs. Pour cela, les stratégies de lutte doivent rapidement se déplacer du champs politico-social au champ économique, pour représenter une réelle menace et orienter le rapport de force en faveur des travailleur·ses et de leurs revendications.

Dans cette perspective, un travail de fond de développement des structures syndicales doit être préalablement mené dans le secteur privé. Des délégué·es, formé·es et reconnu·es pour leur intégrité, capables d’impulser des dynamiques collectives dans leur branche d’activité afin de réunir des travailleur·es de plus en plus isolé·es, sont indispensables à la réussite des grèves. Il est évident que la division des travailleur·ses en petites structures, la déconstruction progressive du droit du travail, les nouvelles pratiques de management, la sous-traitance ou encore l’auto-entreprenariat brisent les solidarités ouvrières existantes et freinent le développement de structures syndicales dans le privé.

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La crise économique qui s’annonce portera avec elle son cortège d’abus habituels (licenciement, suppression des congés, pression aux heures supplémentaires défiscalisées, pression à la production, etc). C’est dans ce contexte que le développement du syndicat peut et doit s’affirmer, en constituant un recours pour les salarié·es lésé·es.

Leçon n°1 : Se préparer, se préparer et encore ... se préparer

La stratégie du SUB dépendant du mouvement social n’a jamais pu, lors des journées nationales d’action, être offensive : privilégiant parfois la visibilité sur des points fixes, se fondant dans le cortège de l’Union Régionale CNT ou cherchant désespérément un bout de cortège de l’industrie du bâtiment. En vain, le syndicat n’a pas réussi a définir des objectifs de lutte clairs dépassant sa simple présence dans le cortège. Avec un peu de recul, notre participation aux manifestations hebdomadaires était motivée par une volonté collective d’inscription dans le mouvement de contestation sans réels moyens d’en influencer le court.

Cependant, dès les premiers jours de mobilisation, le SUB a produit un travail intersyndical à travers notamment sa section Équipement Aménagement Logement (au sein du Ministère de la Transition Écologique et Solidaire). Un cortège commun s’est constitué lors de la première journée de manifestation le 5 décembre puis un second la semaine suivante. Cette réussite qui a pu déboucher sur des adhésions, prouve l’importance de la préparation et de l’organisation.

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Ce constat nous invite à nous questionner sur le rôle que peut jouer une minorité syndicale-révolutionnaire dans un mouvement social national dont elle ne maitrise pas l’agenda ni en influence la direction. Elle doit garder un rôle actif, profitant des opportunités qu’offre le mouvement social, mais surtout en renforçant sa capacité d’organisation, développant les structures syndicales dans les entreprises et développant les structures de solidarité indispensables à la poursuite des luttes sociales.

Un travail intersyndical de base doit être favorisé afin de préparer ces périodes de conflits sociaux. Rappelons que la préparation et l’anticipation sont indispensables à l’efficacité de la réponse du mouvement de contestation.

Un mandaté est dès à présent nommé pour :

  • Maintenir une veille militante afin de rendre le syndicat plus apte à réagir au mouvement social
  • Construire des liens avec les organisations syndicales et collectifs de base qui le souhaitent.

La situation post-Covid et la mobilisation récente de plusieurs syndicats du BTP sur les conditions de la reprise du travail nous invitent plus que jamais à construire ces passerelles. La violence du gouvernement et du patronat sur cette question doit autant que possible se heurter à une réponse syndicale collective et structurée.

Leçon n°2 : Multiplier les structures d’actions militantes

Dans le contexte actuel de délitement des structures collectives de lutte, nombre de militant·es se retrouvent dans un engagement solitaire, et dans une attitude de méfiance vis-à-vis des organisations traditionnellement représentatives du prolétariat. Le secteur du bâtiment n’y déroge pas. Des travailleurs conscients d’un intérêt commun échangent sur les médias sociaux et s’organisent pour participer aux manifestations, principalement dans les cortèges "gilets jaunes", qui vont et viennent. Le syndicat a mis à leur disposition ses moyens matériels.

Ainsi en janvier 2020, le SUB à participé à la constitution du Comité d’Action et de Mobilisation du BTP (CAM BTP), pour l’organisation d’actions communes sur les thématiques propres à nos branches d’industrie. Si la définition précise de l’objet du collectif est encore floue, il n’en demeure pas moins un outil de mobilisation, dépassant le cadre restreint de la militance syndicale.

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Dans la période post-Covid, le rôle du CAM reste encore à définir : cellule d’action coup de poing, collectif de solidarité, groupe de formation interprofessionnelle ou organe de propagande ? Son fonctionnement, pour l’instant sous forme d’assemblées générales toutes les deux semaines lors du mouvement social, est aussi à approfondir. Toutes les voies restent ouvertes.

Leçon n°3 : Mettre en place des solidarités

Le projet de réforme des retraites incarne les principes inégalitaires du capitalisme appliqués aux pensions de retraite. La création d’un système par points a pour principale conséquence de transposer les inégalités salariales et de condition de travail, sur les retraites. L’enjeu de la reprise après le confinement sera la gestion de l’augmentation des inégalités. Dans le cadre d’une reprise lente le chômage partiel ne tiendra pas longtemps, le vrai chômage risque d’exploser provoquant immanquablement des situations dramatiques.

Face à cela, le syndicat développe des outils permettant de rendre la solidarité effective : caisse de solidarité, coopérative de consommation et de production, etc. Les associations du syndicat forment le bouclier solidaire des adhérent·es contre la précarité. Il est indispensable d’organiser dès aujourd’hui le développement de ces œuvres, au-delà du cadre de notre syndicat.

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