La grève des loyers est une lutte collective trop sérieuse pour se contenter d’appels sur les réseaux sociaux

mercredi 29 avril 2020
par  SUB-TP-BAM RP

Il est clairement démontré que le confinement aggrave de façon considérable les difficultés alimentaires et de logement d’une partie croissante des personnes seules, mères isolées ou familles que le capitalisme et l’ordre patriarcal jettent régulièrement et sans scrupule dans la précarité, si ce n’est dans la misère. Plus de 2,5 millions de ménages d’actifs locataires ou accédants, soit 6 à 7 millions de personnes, sont durement frappés par la récession actuelle [1]. Sans compter les populations étudiantes dans la nécessité de travailler, les ménages retraités dont les ressources dépendent en partie des revenus d’autres membres du ménage ou les populations invisibles des statistiques, comme les sans domiciles ou les personnes vivant dans des abris de fortune.

A l’occasion de l’émergence de campagnes de grève des loyers depuis le début du confinement, dont les réseaux sociaux se font l’écho, notre syndicat a donc souhaité creuser le sujet.

La question du logement est bien évidemment complexe compte tenu des différentes formes que prend sa production et de ses différents opérateurs privés ou publics. Vouloir considérer qu’il n’y aurait qu’une et de ce fait une réponse identique à tous types de situation est simpliste voire irresponsable.

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La question du logement au syndicat

Pourquoi un syndicat des travailleur·ses s’intéresse-t-il au logement et se veut-il particulièrement vigilant sur cette question ?
D’une part, parce que nous recevons et accompagnons les salarié·es de notre industrie dans leur éventuel parcours locatif dans nos permanences juridiques et sociales, agissons notamment contre le logement indigne (principalement propriété de prolétaires bailleurs).
D’autre part, parce que nos adhérent·es participent à la production, à la gestion et à la maintenance de l’habitat et du cadre bâti, et que collectivement nous sommes porteurs d’un projet révolutionnaire.

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Qui est l’ennemi ?

Le gouvernement et le patronat ne cessent d’attaquer le monde du logement social et les conditions de logement des travailleur·ses précaires depuis des années :

  • en ne mettant pas les moyens pour rénover les 3 millions de logements mis en location qui sont des passoires énergétiques, qu’ils soient financiers ou règlementaires (interdiction de location des passoires énergétiques et obligation de travaux) ;
  • en se retirant du financement de la production (aides à la pierre) ou en diminuant le montant des Aides Personnalisées au Logement (APL). Cette baisse des APL en 2017 n’était pas uniquement de 5€ par mois, mais plus importante : elle a simplement été compensée par les organismes HLM pour les locataires du parc social. L’impact financier de cette mesure coûte des millions d’euros par an à ces derniers. Pour rappel, les loyers sont les seules ressources des organismes pour payer leurs équipes, entretenir leur parc (entretien courant, réhabilitation, etc.) et produire de l’offre qui manque déjà cruellement (plus de 700 000 demandeur·ses de logements sociaux en Ile-de-France). Aucun dividende n’est versé à qui que ce soit, que le bailleur soit Entreprise Sociale pour l’Habitat (ESH) ou Office Public de l’Habitat (OPH).

Il serait intéressant de s’interroger sur les raisons qui poussent les gouvernements successifs à casser ce modèle du logement social et s’acharner à sa privatisation (vente de logements, etc.). Les gouvernements Macron/Philippe accélèrent celle-ci avec l’arrivée de nouveaux financeurs tels que des banques et/ou des assurances, qui ne sont pas connues pour leur philantropisme. La suspension de paiement des loyers pourrait accélérer ce phénomène car il faudra bien éviter la faillite de ces bailleurs si la grève des loyers venait à se généraliser dans le logement social. Nos voisins européens (Allemagne, Angleterre, etc.) qui ont pris ce virage de la privatisation du logement social il y a des années, reconnaissent désormais que le modèle français est le plus protecteur pour les plus pauvres, et font machine arrière.

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Les bailleurs sociaux sont-ils les nouveaux vautours que l’on veut croire ?

Le rapport de force est-il vraiment à enclencher contre les bailleurs sociaux, alors que rares sont les organisations prêtes à enclencher un mouvement contre les propriétaires privés ? La grande majorité des organismes de logement social ont contacté leurs locataires, dès le début du confinement, afin de connaître leur situation et anticiper les difficultés économiques. Ces appels ont aussi pour objectif de prendre des nouvelles des personnes âgées, en perte de mobilité et/ou en situation de mobilité réduite afin de se renseigner sur leur capacité à faire leurs courses (par leurs propres moyens, solidarité familiale, de voisinage, etc.) et de les informer des nombreuses initiatives mises en place par le milieu associatif et par certaines collectivités territoriales (distribution de paniers repas par exemple). Une autre décision prise par une majorité des organismes HLM a été d’accorder systématiquement des plans d’étalement de paiement des loyers pouvant aller jusqu’à 24 mois pour les ménages qui ont vu leur situation se dégrader du fait de la crise sanitaire. Cette mesure répond à l’une des revendications des différents appels de suspension du paiement des loyers [2].

Par cela, nous souhaitons simplement indiquer que la grève des loyers vise uniquement le bailleur concerné. Ni le gouvernement, ni les entreprises prêtes à investir massivement sur les ruines du logement social (banques, assurances, sociétés de courtage), ne seront touchées.

Nous ne sommes pas naïfs pour autant

Les organismes de logement social ne sont pas exempts de reproches. Le patrimoine de certains est laissé dans un état pitoyable, au mépris de la dignité de leurs locataires. Le manque de transparence dans le système d’attribution des logements amène à des dérives et les pratiques discriminatoires systémiques (discrimination sociale ou raciale) restent à combattre.

Nous ne sommes pas dupes, et luttons pour retrouver le contrôle démocratique de ces organismes en replaçant la question du logement dans la lutte de classe.

Le travail sur le parc locatif social reste un moyen de lutte contre l’habitat indigne, les marchands de sommeil, la course au profit pour le logement privé.
Par quels moyens ? Cela passe par le renforcement de nos sections syndicales, leur action à la base avec les organisations de locataires, les revendications de représentativité, de transparence et de réintégration de tous les services de maintenance (nettoyage, gardiennage, petits travaux) … pour un droit au logement décent gratuit pour toutes et tous !

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« Armons-nous … et partez ! »

Sans en connaître vraiment ni l’origine ni réellement la portée d’appels à la grève des loyers, nous restons méfiants de fanfaronnades gauchistes adeptes du trop fréquemment : « Armons-nous… et partez ! », d’autant s’il s’agit de faire la grève des loyers « en mettant l’argent de côté pour rembourser à la fin de la crise sanitaire ou lorsque le gouvernement aura prononcé un moratoire des loyers ou des locataires en difficulté » [3]. Au syndicat, la pratique veut plutôt de lancer la grève lorsque les moyens à sa poursuite sont acquis (caisse de grève, organisation des 1ers jours, soutien juridique et anti-répression…). Dans les dernières décennies qui ont comptabilisé nombre de reculs et défaites du prolétariat, due à la perte des outils collectifs de lutte (caisses de solidarité, caisses de grève, œuvres sociales et culturelles, etc.), certaines incantations stériles sont de nature à amener les crédules qui y souscrivent à connaître de cuisantes déconvenues individuelles.

A l’attention des locataires en galère pendant le confinement

Si vous êtes dans une situation qui ne vous permet pas de faire face au versement de votre loyer, ou que votre logement présente un caractère d’insalubrité, et de quelque nature que soit votre propriétaire (public ou privé), ne restez pas seul·e. Prenez contact avec le syndicat, qui peut vous accompagner dans vos démarches.

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[2Des bailleurs ont demandé au gouvernement un moratoire sur les loyers, c’est-à-dire la suspension de l’obligation de payer le loyer pour tout ou partie des locataires et l’arrêt de toute sanction à l’encontre de ceux qui l’ont suspendu par nécessité ou par solidarité (voir l’article de l’Humanité du 16 avril).

[3Cf article de Reporterre cité plus haut


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