Franco ressuscité ?

Quelques heures avant le formidable élan démocratique du peuple français,qui a porté un enfant d’immigré, homme de changement de surcroît, decontrôle et de flash ball, à la tête de l’Etat, un juge mexicain prononçait dans son pays une condamnation pleine de sagesse, bien que sans faiblesse.

67 ans et demi de prison pour Ignacio del Valle, Felipe Alvarez et Héctor Galindo, tous trois porte-parole des paysans de San Salvador Atenco.

Leur crime ?

En 2001 et 2002, ils se sont opposés, avec une majorité écrasante des habitants des villages du municipio d’Atenco, situé à 40 kilomètres de la capitale mexicaine, sur la rive opposée de l’ancien lac de Texcoco, à l’expropriation et à la construction d’un aéroport sur leurs terres collectives.

Après leur victoire de juillet 2002 contre l’Etat mexicain et les multinationales porteuses de ce beau projet, ils se sont solidarisés avec l’ensemble des collectifs de paysan-ne-s, d’employé-e-s et ouvrier-e-s, de femmes et d’indigènes qui ont fait appel à leur expérience et leur générosité.

Avec acharnement et dignité, ils ont à chaque fois résisté aux violences perpétrées par le pouvoir, ripostant du tac au tac aux séquestrations arbitraires de paysans par la police, en arrêtant ou en retenant dans les locaux associatifs d’Atenco quelques-uns des hauts fonctionnaires chargés de mener la répression.

Mais le peuple d’en bas, au Mexique comme ici, n’a pas les mêmes droits que les individus lâches et corrompus qui servent les puissants.

Le 4 mai 2006, 2 500 policiers suréquipés étaient jetés sur cette banlieue rurale de Mexico, frappant, cassant les maisons et les crânes, pillant et terrorisant hommes, vieillards, femmes et enfants. Un enfant de 14 ans et un étudiant de 21 ans sont assassinés, à bout portant, par les fonctionnaires de police. 220 personnes sont arrêtées. 30 femmes sont violées pendant leur transfert en prison. La hiérarchie avait distribué des préservatifs à la troupe. Une violence contrôlée, hygiénique, en quelque sorte, de la part de ce gouvernement catholique pratiquant.

Felipe Calderón, successeur du président Vicente Fox, élu après une monumentale fraude, mais adoubé par des médias propriétés de milliardaires (ce n’est pas comme chez nous !), vient d’envoyer ses félicitations à Nicolas Sarkozy. "Les liens qui unissent nos deux pays doivent être resserrés." Surtout ceux qui entravent ceux et celles qui bougent, protestent, résistent...

67 ans et demi de prison pour des paysans défenseurs de la terre. D’une terre qui n’est pas leur propriété privée, mais celle, collective, de gens qui affirment que ce sont nous, les humains, qui lui appartenons.

67 ans et demi de prison pour des gens d’en bas. Qui n’ont ni tué, ni volé.

Qui se sont simplement mis debout devant le rouleau compresseur d’un progrès qui change les champs en aéroports.

67 ans et demi de prison. Une condamnation qui rappelle celles de la période franquiste, celles de toutes les dictatures. Des dictatures dont les meilleurs amis sont les démocraties occidentales, comme toujours. Ces démocraties capables de porter à leur tête un fils d’immigré hongrois.

Après George Bush, le fasciste Gianfranco Fini, Silvio Berlusconi, Vladimir Poutine et l’ineffable Tony Blair, Felipe Calderón vient donc de téléphoner à Sarkozy, pour le féliciter chaudement.

Quant à nous, c’est très clair : nous ne laisserons pas Ignacio, Felipe et Héctor pourrir dans leur prison mexicaine !

Prochainement, Martha Pérez, une autre des porte-parole du Frente de Pueblos en Defensa de la Tierra de San Salvador Atenco, sera dans notre région toulousaine. Elle aussi fait l’objet de menaces de poursuites de la part du gouvernement mexicain. Pour les mêmes motifs. Pour les mêmes raisons, nous vous proposons de la recevoir avec nous, et de manifester votre solidarité.

Pour exiger la libération de tou-te-s les détenu-e-s politiques d’Atenco, de l’Autre Campagne et du Mexique. Pour exiger le châtiment des policiers violeurs et assassins, et celui de leurs commanditaires.

A PARIS, le Secrétariat international de la CNT appelle pour ce JEUDI 10 MAI 2007 à 18 heures à un RASSEMBLEMENT DEVANT L’AMBASSADE DU MEXIQUE, rue de Longchamp, 75016, métro Iéna.

Ce rassemblement a pour objet de protester contre la répression dans la ville d’Atenco, il y a de cela un an, et d’exiger la libération des camarades encore emprisonné-es.