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Etat d’urgence : la presse sous contrôle

jeudi 10 novembre 2005

La défense de la démocratie passe-t-elle par la suspension des droits démocratiques ?

Ci-dessous :
- le communiqué régional de la CNT
- le communiqué commun contre l’Etat d’urgence

Il est bon de rappeler le contenu de la loi sur l’état d’urgence (téléchargeable ci-contre). En particulier, en ce qui concerne la presse. L’article 11 autorise en effet les « autorités à prendre toutes mesures pour assurer le contrôle de la presse et des publications de toute nature ainsi que celui des émissions radiophoniques (...) ».

« Oui, mais elle ne le ferons pas, allons, nous sommes dans un pays démocratique ! » Alors pourquoi le prévoir ?

En réalité, la logique qui s’affirme de plus en plus est celle de la suspension de la démocratie pour défendre la démocratie. Les lois d’exception se multiplient. La saisie des disques durs d’Indymédia (le ministre de l’Intérieur lui a d’ailleurs intenté un procès qui est en cours), l’interdiction des médias audiovisuels indépendants (interdiction de fait puisqu’aucun canal ne leur est attribué, ni aucun moyen de diffusion), la reprise en main des médias institutionnels par des intérêts financiers qui entravent la liberté d’expression à la source (les déclarations à ce sujet de Dassaut, repreneur du Figaro, et de Rothschild, repreneur de Libération, ne laisse planer aucun doute)... Et en bout de course, au cas où malgré tout des voix libres parviendraient à se faire entendre, cet « état d’urgence ».

La question est : comment l’expression démocratique pourrait-elle mettre en danger la démocratie ? La réponse est simple : l’alibi est la démocratie, la réalité est tout autre. Car s’il s’agissait réellement de la défendre, la liberté d’expression ne pourrait être qu’un allié indispensable. S’il s’agissait de défendre la démocratie, le tissu social des classes laborieuses ne serait pas systématiquement détruit à coups de contrats précaires, de droits supprimés, de retraites et de santé privatisées, de services publics démembrés... Et on n’enverrait pas, lorsqu’elles se soulèvent, des hordes de CRS et des hélicoptères pour les mater. Le chef de bande Sarkozy n’a pas grand-chose à voir avec la démocratie.

Et la liberté de la presse n’est pas une fanfreluche : c’est une condition sine qua non d’une société démocratique.


COMMUNIQUÉ DE LA CNT REGION ILE-DE-FRANCE

Nous sommes tous de la racaille

Face à la violence d’un Etat qui contre la misère ne nous envoie qu’une armée de flics ;

Face à un Etat qui depuis trois décennies nous promet un plan Marshall, pour les zones de pauvreté commodément appelées banlieues ;

Face à la violence d’un Etat n’obéissant qu’aux seuls desiderata du MEDEF, avide de rogner un peu plus chaque jour, nos derniers acquis sociaux ;

Face à un Etat seul responsable des tensions via son ministre de l’Intérieur qui a géré les conflits des postes et de la SNCM par son GIGN qui ne cesse de rafler des milliers de sans-papiers ;

Le « sursaut républicain » du gouvernement est un coup de force aux accents militaires aux relents de guerre d’Algérie, contre nous, travailleurs, précaires, chômeurs et « jeunes » .

La CNT dénonce le décret d’application du couvre-feu ne répondant nullement, une nouvelle fois, aux demandes de justice sociale de la population.

Avec les exploiteurs jamais !

Avec les exploités toujours !

Le Bureau Régional


COMMUNIQUE COMMUN

Paris, le 8 novembre 2005

NON A L’ÉTAT D’EXCEPTION

Confronté à une révolte née de l’accumulation des inégalités et des discriminations dans les banlieues et les quartiers pauvres, le gouvernement vient de franchir une nouvelle étape, d’une extrême gravité, dans l’escalade sécuritaire. Même en mai 1968, alors que la situation était bien plus dramatique, aucune loi d’exception n’avait été utilisée par les pouvoirs publics. La proclamation de l’état d’urgence répond à une révolte dont les causes sont profondes et bien connues sur le seul terrain de la répression.

Au-delà du message symbolique désastreux que nourrira la référence à la guerre d’Algérie, il ne s’agit pas seulement de « couvre-feu », ce qui est déjà de l’ordre d’une logique de guerre. En fait le gouvernement a sciemment menti. La loi du 3 avril 1955 autorise des interdictions de séjour pour « toute personne cherchant à entraver, de quelque manière que ce soit, l’action des pouvoirs publics », des assignations à résidence pour « toute personne [...] dont l’activité s’avère dangereuse pour la sécurité et l’ordre publics », la fermeture des « lieux de réunion de toute nature » et l’interdiction des « réunions de nature à provoquer ou à entretenir le désordre ». Le gouvernement a même prévu des perquisitions de nuit. Il peut, en outre, faire « prendre toutes mesures pour assurer le contrôle de la presse et des publications de toute nature », et donner compétence aux juridictions militaires en concurrence avec les juges ordinaires.

Stopper les violences et rétablir les solidarités dans les banlieues est une nécessité. Cela implique-t-il de les soumettre à une législation d’exception héritée de la période coloniale ? On sait où mène le cycle bien connu qui enchaîne provocations et répression, et quels résultats il permet d’obtenir. Les banlieues n’ont pas besoin d’état d’exception : elles ont besoin, désespérément, de justice, de respect et d’égalité.

Signataires :

Alternative Citoyenne, ATMF, CEDETIM, Comité des sans-logis, CRLDHT, Fédération syndicale unitaire, Ligue communiste révolutionnaire, Ligue des droits de l’Homme, MRAP, Parti communiste français, SIPM-CNT, Syndicat des avocats de France, Syndicat de la magistrature, Union syndicale Solidaires, Les Verts.