CNT - Syndicat de l'Industrie Informatique de la
région parisienne
33, Rue des Vignoles 75020 Paris M° Avron ou Buzenval
permanence tous les jeudi à partir de 19h30
sii.rp@cnt-f.org
Manifeste des adhérents et
adhérentes du Syndicat de l'Industrie Informatique de la
Région Parisienne
SII.RP
Préambule
Nous, membres du Syndicat de
l'Industrie Informatique rêvons d'un autre futur, d'une autre
société, qui ne serait pas basée sur
l'exploitation, la domination et le profit, mais qui serait faite pour
des hommes et des femmes émancipés, libres et
égaux.
Ce manifeste vise à décrire ce qui nous anime, le pacte
associatif qui nous unit, notre mode de fonctionnement, nos analyses,
nos objectifs et les méthodes que nous appliquons pour y
parvenir, ainsi que nos questionnement sur l'actualité de notre
syndicalisme. C'est une présentation de notre syndicat et un
positionnement sur son travail dans les années à venir,
qui servira également de document de référence
s'adressant aux individus et autres organisations désireuses
d'engager des luttes communes, en France ou à l'étranger.
Qu'est-ce qui nous anime ?
Les motifs de révolte
sont nombreux, qu'il s'agisse de lutter contre l'injustice
économique, contre les méthodes modernes de gestion du
personnel qui transforment souvent les entreprises en zones de
non-droit, contre la disparition de la solidarité au travail,
contre la précarité rampante dans les entreprises, contre
l'arbitraire des décisions quant à ce qu'il faut produire
et les moyens de le produire. Parce que nous ne réduisons pas
notre vie à notre seul travail, les injustices et
inégalités dans la société ou le monde en
général nous révoltent tout autant. Pour
transformer ces révoltes en actes, il faut nous organiser et
agir collectivement, que ce soit pour défendre nos
intérêts ou pour promouvoir nos projets de
société, même, et surtout, s'ils contestent l'ordre
établi. Le syndicat est une des formes d'organisation qui
répond à ces besoins, selon nous, la mieux adaptée
aux luttes tant en entreprise que dans la société.
Au-delà de l'injustice, c'est aussi l'indifférence devant
cette injustice qui nous révolte et nous pousse à nous
réunir pour agir ensemble. Nous pensons presque tous qu'à
la différence des partis politiques, le syndicat peut être
le lieu où les hommes peuvent le mieux prendre en charge leurs
propres affaires. Certains, qui ont eu à subir des
persécutions de la part de leur direction, nous rejoignent pour
ne plus se défendre tout seul. D'autres, dont la situation
économique n'est pas inquiétée, le font dans une
optique politique (entendue ici au sens d'action sur le cours de la
société et non de positionnement sur l'échiquier
politicien ou de participation à de quelconques instituions de
pouvoir), car ils pensent que c'est là que leur action peut
avoir le plus d'effet. Mais on peut simplement se syndiquer pour
retrouver une solidarité que le marché économique
a dissoute dans l'individualisme, par fierté pour ne pas se
laisser marcher sur les pieds, ou encore pour tenter de donner à
son travail un autre sens que celui que le patronat lui donne
quotidiennement.
Notre implication, ou notre engagement syndical, n'est pas
complètement rationnel et repose pour beaucoup sur un
désir de justice sociale, et donc sur une certaine idée
de ce que pourrait être la société. Sur la
conviction aussi que le mode d'organisation social et économique
actuel est loin d'être le meilleur. Il n'y a pas de recette qui
trouvera la solution au bonheur de l'humanité, ni de
vérité révélée ou de théorie
scientifique, mais il y a des pistes, des réactions, des futurs
à construire. Des cultures à retrouver aussi. Nous ne
pourrons sans doute jamais convaincre quiconque par des
démonstrations rigoureuses. Soit l'on croit en la justice
sociale et la liberté, soit non. C'est une prise de position, un
choix conscient. Libre à chacun de faire un autre choix; libre
à nous de le voir en adversaire. Cela étant dit, il est
évident que les fondements même de la justice sociale, les
analyses de notre société, nos projets de changement
social, reposent sur des principes rationnels. Nous assumons simplement
l'a priori fondamental, non scientifiquement démontrable, qui
consiste à placer la justice entre les êtres humains et le
respect de la liberté de chacun d'entre nous (liberté de
chacun, ce qui doit exclure toute possibilité d'exploitation) au
fondement de toutes nos conceptions, analyses, buts et actions. Pour
tout le reste, la rationalité reprend le dessus.
Nous nous battons pour changer vraiment les choses, pour nous donner la
possibilité de choisir vraiment notre destin, ce que les
institutions démocratiques actuelles ne permettent pas
(paritaires en entreprise ou parlementaires en société).
Nous n'avons qu'une seule vie, et sans doute pas de Grand Soir. Nous
souhaitons réhabiliter l'Utopie, car elle est l'essence
même de la réalité à venir. Mais nous savons
qu'il n'y a pas de monde parfait. Si nous nous battons contre la
machinerie capitaliste, c'est parce que c'est un système
d'exploitation et d'oppression qui ruine des vies entières, de
générations en générations, et non pas par
moralisme contre l'enrichissement à outrance. En d'autres
circonstances, il est possible que nous ayons à lutter contre
d'autres ennemis (un régime totalitaire ou fasciste par exemple).
Il nous paraît important de souligner le fait que nous ne sommes
pas là pour " aider " les gens. Notre syndicalisme n'est pas un
syndicalisme de service, consommable et jetable. Nous faisons une nette
différence entre assistance et solidarité. En mettant en
pratique des actions de solidarité nous construisons des
relations, nous nous incitons à choisir et maîtriser nos
destins, sans le remettre entre les mains de tiers, fussent-ils
syndicalistes.
Qu'est-ce que la
Confédération Nationale du Travail (CNT)?
Le Syndicat de l'Industrie
Informatique est adhérent à la CNT.
La CNT est une
confédération de syndicats de différents secteurs
économiques. Elle est porteuse d'un projet d'émancipation
sociale contre l'ordre existant, l'exploitation, l'oppression des
travailleurs et des populations les plus défavorisées
(dans les lieux de travail ou de vie), qui va au-delà du simple
souci d'assurer la défense ou l'amélioration du sort des
salariés.
La CNT se réclame du syndicalisme révolutionnaire, car le
syndicat reste selon nous un outil majeur pour mener à bien une
transformation sociale radicale. Elle se réclame
également de l'anarcho-syndicalisme, car les rapports
d'exploitation et de domination ne sont pas limités au seul
monde de l'entreprise, mais se reproduisent dans la
société toute entière, car le syndicat doit servir
à lutter sur tous les terrains, économique, mais aussi
politique (au sens d'intervention dans les affaires de la
société et non au sens politicien droite-gauche) et
social.
Des grandes luttes ouvrières qui nous ont
précédés, nous avons hérité de
quelques principes que nous cherchons à appliquer sans en faire
des dogmes: la solidarité, l'action directe (c'est-à-dire
l'action exercée par les travailleurs eux-mêmes sans
intermédiaires), l'autogestion (c'est-à-dire la gestion
par les travailleurs de l'activité économique et
sociale), le refus de toute hiérarchie, la démocratie
directe (c'est-à-dire la prise de décision faite
directement par les personnes concernées sans passer par le
truchement de représentants), le fédéralisme (Les
sections d'entreprise s'organisent au niveau local en syndicats, qui se
coordonnent au niveau national et international en
fédérations d'industries, et les syndicats se
confédèrent à tous les niveaux, local,
régional, national et international), et la propagande par
l'exemple (c'est-à-dire en mettant en pratique au jour le jour
nos idées). La CNT refuse également de syndiquer les
corps répressifs de l'Etat (police, armée).
Présentation du Syndicat de
l'Industrie Informatique de la Région Parisienne (SII-RP)
Le Syndicat de l'Industrie
Informatique, qui n'existe actuellement que sur la région
parisienne, a été créé en 1998. Il entend
rassembler tous les travailleurs de l'industrie informatique et des
services connexes de la région parisienne, et n'est donc pas
réservé aux seuls informaticiens.
Au sein du SII, nous essayons de respecter les principes
évoqués plus haut. Plus concrètement :
- Un rapport d'entraide mutuelle et de
solidarité nous unit dans le respect des opinions de chacun;
- Toutes les décisions
importantes concernant la vie du syndicat sont prises en
assemblées générales au cours desquelles chacun
s'exprime et vote si nous ne parvenons pas au consensus;
- Le fonctionnement quotidien du
syndicat est l'affaire de tous et toutes, chacun et chacune
s'investissant selon ses choix. Même si de nombreux
adhérents s'investissent beaucoup dans la vie du syndicat, il
est tout à fait normal que tout le monde ne veuille pas ou ne
puisse pas s'investir au même degré. Pour le bon
fonctionnement du syndicat, nous devons cependant faire la chasse aux "
heures supplémentaires " syndicales, car elles recréent
de fait des inégalités. Nous essayons donc de veiller,
par l'entraide, à ce que les différents mandats soient
réalisables par les personnes mandatées, sans surcharge
de travail.
- Des mandats précis sont
définis pour réaliser certaines tâches, et des
camarades nommés pour les réaliser, les mandatés
travaillent sous le contrôle de l'AG qui peut les révoquer
et devant laquelle ils doivent rendre des comptes;
- Pour nos méthodes d'action,
nous privilégions l'action directe. Nous ne nous interdisons pas
d'user d'autres méthodes, comme le recours à la justice,
mais sans nous faire d'illusion sur leur efficacité;
- Nous pratiquons le
fédéralisme, c'est à dire que chaque section est
autonome du moment qu'elle ne s'oppose pas aux décisions du
syndicat, de même que chaque syndicat est autonome dans le
respect des décisions de la fédération et de la
confédération;
- Nous refusons le mode de
fonctionnement des syndicats réformistes, c'est à dire la
participation à des instances cogestionnaires, sauf pour des
raisons tactiques et, dans certains cas, pour protéger des
syndiqués. Nous refusons d'avoir recours à des
professionnels du syndicalisme (permanents
rémunérés). Nous veillons farouchement à
notre indépendance, qu'elle soit financière (le
financement courant du syndicat est assuré par les cotisations
de ses membres, nous refusons toute subvention), philosophique,
religieuse ou politique.
Comment nous voyons les rapports sociaux
Nous vivons dans un système capitaliste mené par une
classe bourgeoise plus forte et plus riche qu'avant, fortifiée
encore par la technologie dans sa domination financière et
culturelle. Les classes sociales existent bel et bien, et elles sont en
lutte. Cette réalité est souvent niée, car elle va
à l'encontre du discours patronal selon lequel nous avons tous,
milliardaires et RMIstes, le même intérêt dans cette
société.
Et il y a selon nous une opposition d'intérêt entre une
large majorité de travailleurs (dans lesquels nous incluons les
chômeurs) et les possédants (ou actionnaires). Cependant,
nous devons bien reconnaître que la bourgeoisie (terme facile
pour désigner la classe des possédants et gouvernants qui
sont les mieux à même de profiter tout à la fois de
la crise et de la croissance) des pays occidentaux a su, par la
consommation, satisfaire une minorité étendue des
travailleurs qui sans cela auraient été enclins à
lutter contre elle. Aujourd'hui, elle poursuit ce même travail
d'identification en promouvant l'actionnariat salarié, et les
stock-options pour son élite.
Le système d'exploitation capitaliste, même s'il condamne
encore la majorité de la planète à la
misère, alors que les moyens existent pour l'éradiquer, a
réussi à se maintenir malgré les attaques qu'il a
subies au XXème siècle, et malgré ses
contradictions internes qu'il arrive à maîtriser, à
surmonter, voire à intégrer. Il est
régulièrement traversé par des crises qui sont
autant de moyens pour la bourgeoisie de conserver son pouvoir: les
pauvres en font en effet toujours les frais, pour son plus grand
profit. Les crises ne poussent donc pas le capitalisme à sa
propre perte, mais il rend bel et bien la vie impossible à une
grande majorité des humains, et à la terre
elle-même.
Qu'est devenu le syndicalisme ?
Contrairement aux idées reçues en France et à
l'étranger, le taux de syndicalisation en France est
extrêmement faible (aux environs de 6% dans le secteur
privé). Mais le taux importe assez peu, ce qui compte c'est la
confiance que les salariés ont dans les syndicats. Et cette
confiance est au plus bas.
On peut y trouver plusieurs raisons. En France, les syndicats dits
"représentatifs" sont devenus des organisations
institutionnelles et corporatistes, garantes du "dialogue social" dont
elles seraient seules les détentrices. Depuis vingt ans, les
revendications des syndicats réformistes, portées par
quelques apparatchiks en dehors de tout rapport de force réel,
se sont peu à peu limitées à négocier les
propositions du patronat. Ayant abandonné le terrain réel
des luttes, et limité leurs revendications au seul terrain
économique qui est le terrain privilégié du
patronat, ils ont tout à la fois trahi les intérêts
des salariés qu'ils étaient censés défendre
et abandonné ce qui pouvait conduire à une
émancipation réelle des travailleurs. Le peuple peut
maintenant bien se révolter si ça le chante, en
désespoir d'argent ou de pain, les syndicats réformistes
ne veulent plus s'en occuper. Et il n'est presque plus permis de
rêver d'autre chose que de consommation.
Mais la politique menée ces vingt dernières années
par les grandes centrales syndicales n'explique pas tout. Le boom
boursier des années 80 a amené au premier plan la figure
de l'actionnaire et bouleversé les rapports entre direction et
syndicats dans le secteur privé. Dans les pays occidentaux
depuis maintenant 20 ans, les syndicats n'ont pas réussi
à empêcher les fermetures d'usines et d'entreprises. Plus
généralement, le syndicalisme, comme les organisations
politiques, ont subi un recul du fait de la dépolitisation
générale de la société, et de la
défiance grandissante des individus vis-à-vis des
organisations qui ont des visées de pouvoir dans la
société.
Les syndicats réformistes ont certes leur part de
responsabilité dans le reflux de la syndicalisation en France,
mais on peut également penser que le capitalisme, dans sa
révolution libérale des années 80, enfin
débarrassé de ses oripeaux autoritaires et patriarcaux, a
su séduire de nombreux salariés. Dans notre
société d'information, il serait naïf de croire que
c'est encore seulement par manque de sensibilisation ou d'information
qu'une forte minorité de salariés ne s'intéresse
pas au syndicalisme ou à l'action politique. Face aux
libertés offertes par le marché, le syndicalisme a pu
paraître ringard et parfois même "réactionnaire"
à ceux à qui pouvaient s'offrir le nouveau "rêve
capitaliste", même s'il est parfois vécu dans l'illusion.
La place de l'industrie informatique dans notre
société
Le secteur informatique a subi de profondes mutations ces
dernières années. Avec l'arrivée d'Internet, son
visage a beaucoup changé et l'informatique s'est rapidement
installée dans la vie quotidienne, au travail et à la
maison.
Les métiers de l'informatique ne sont plus
réservés exclusivement aux techniciens: on y retrouve des
jeunes formés sur le tas, des étudiants reconvertis, des
artistes convertis au Web. L'explosion des ventes a multiplié
dans le monde les usines de montage, les centres d'appels.
Ce qui est produit a également beaucoup changé: le
logiciel libre, même s'il tend maintenant à
s'intégrer dans la logique capitaliste du moindre coût, a
changé profondément les pratiques des informaticiens, et
a apporté une liberté et une gratuité sur Internet
qu'on ne connaîtrait pas sans lui.
Les réseaux informatiques permettent également de
délocaliser la production informatique, comme cela se fait
déjà pour les centres d'appels,, pour le
développement ou pour la comptabilité.
L'outil informatique s'est rapidement imposé dans la vie
quotidienne, et l'industrie informatique est maintenant devenue un
secteur clé de l'économie moderne. Cependant, une large
part des emplois n'a pas une utilité sociale certaine, et ne
sert bien souvent qu'à faire fonctionner la machinerie
capitaliste, financière en particulier, ou à restructurer
les entreprises et refondre les méthodes de travail contre le
gré de ses salariés.
En l'absence de contre-offensives fortes et réfléchies,
l'informatique fournit également des armes de premier ordre
à l'idéologie moderne capitaliste et nourrit les
rêves totalitaires du tout technologique. Elle est un terrain
d'expérimentation pour les patrons sur les nouvelles
méthodes de travail, d'organisation, de management, sur des
salariés ayant été presque exclusivement
formé par la technique (à l'école et souvent dans
leurs loisirs). En ce sens, c'est donc un terrain
d'expérimentation du travailleur de demain.
Cependant, nous ne diabolisons pas l'outil informatique. Si pendant
longtemps, nous avons dû accepter l'évolution
technologique telle qu'elle s'est présentée à
nous, c'est qu'aucune force n'a su s'opposer aux volontés du
patronat. Les patrons ont donné à l'informatique un
pouvoir économique important dans la société,
servons-nous en contre eux et transformons ce pouvoir pour qu'il nous
serve plutôt qu'il ne nous dépossède.
Notre analyse de la situation syndicale en informatique
Mis à part les informaticiens proprement dits, on trouve dans
l'industrie informatique une foule de " petites mains ", d'emplois ne
demandant que peu de qualification. Le monde des technologies de
l'information n'est pour elles qu'un endroit de passage parmi d'autres,
où règne la précarité et où elles
n'ont pas choisi de travailler. Elles ne s'y voient souvent aucun
avenir, ce qui les incite peu à se révolter pour
améliorer leurs conditions de travail. On les retrouve dans les
nouveaux bagnes informatiques que sont devenus les centres d'appels, et
plus généralement à tous ces emplois
"postés" (comme un retour au travail à la chaîne)
qui ne demandent qu'une formation rapide et exigent de la
flexibilité.
On rencontre également beaucoup de salariés qui, ayant eu
d'autres expériences professionnelles et s'étant
reconvertis dans l'informatique, ont parfois fini par s'y plaire.
Peut-être plus indignés par l'individualisme qui
règne dans notre secteur, ils sont souvent plus enclins à
se révolter et à nous contacter.
Ceux qui décident de se battre contre leur direction le font
jusqu'à maintenant souvent sans les syndicats. D'autres font
appel à eux dans les moments de détresse
(harcèlement insoutenable, licenciements abusifs, fermeture de
l'entreprise), à un moment où il est souvent trop tard
pour agir efficacement d'un point de vue syndical. Ne reste alors comme
recours que les prud'hommes, si bien que le syndicat ne semble plus
être que la dernière solution quand toutes les autres ont
été essayées. Mais ils sont également assez
nombreux ceux qui, sans être ni persécuté par leur
patron ni mal payé, souhaitent se battre à un niveau
syndical pour défendre leurs collègue, aider d'autres
salariés ou militer sur des thèmes libertaires.
Si certains ont décidé de se battre, on doit aussi
reconnaître que c'est n'est pas le cas de tous, loin de
là. Le patronat a apparemment su trouver (ou former ?) des
partisans chez ses salariés même. Ceux-là disposent
souvent des compétences techniques nécessaires au
patronat, qui en retour les paie bien. Si pour améliorer leur
situation personnelle, ces salariés préfèrent
faire jouer les lois du marché plutôt que de passer
à l'action syndicale, que ce soit par peur ou par
intérêt, c'est sans doute qu'ils y ont trouvé leur
intérêt là, et pas ailleurs. Même si nous
sommes contre le capitalisme comme forme de société, nous
devons bien reconnaître que ce système a beaucoup à
offrir à qui a de l'argent, de l'ambition ou du cœur à
l'ouvrage, à condition d'en accepter les règles. Et ils
sont nombreux à être parfaitement intégrés
dans le modèle de consommation proposé par la
société moderne, avec ses promesses de lendemain
technologiques qui chantent. Ceux-là ne s'affirment pas
forcément pro-libéral, et prétendent même
parfois ne pas aimer la "politique". Mais en réalité, ils
forment ce que nous pourrions appeler un vaste "parti du capitalisme",
informel et non déclaré quoique bien observable, et par
delà les partis (auxquels ils ne s'identifient plus).
Constatant donc dans notre secteur une victoire non négligeable
du capitalisme sur les plans idéologiques et matériels,
nous ne prétendons pas, par ce manifeste, toucher " l'ensemble "
des salariés de l'informatique, et montrer à chacun qu'il
est de son intérêt "bien compris" de se syndiquer. Nous
nous adressons essentiellement à ceux qui subissent l'oppression
quotidienne du patronat mais qui ne croient pas pour autant que tous
leurs compagnons de galère sont tous prêts, ou le seront
un jour, à se battre comme eux le souhaitent; mais aussi
à ceux qui, bien que pour l'instant assez
privilégiés, ne font pas confiance au "marché"
pour assurer leur avenir et celui de leurs proches et de leurs enfants;
à ceux que le fonctionnement quotidien de notre
société ou d'ailleurs, inquiète et écœure,
et qui souhaitent le combattre; à ceux qui s'interrogent sur la
finalité et l'utilité sociale de leur travail ou de leur
métier; à ceux qui ne peuvent supporter que l'injustice
sociale redeviennent quelque chose de normale; à ceux qui par
fierté ne peuvent s'empêcher de mettre des bâtons
dans les roues des dominants …
A tous ceux-là, lançons l'invitation de nous rejoindre,
de construire à nos cotés une organisation forte qui
puisse lutter pour la justice sociale.
Sur les lieux de travail, une direction toute puissante dispose de tous
les instruments pour agir à sa guise: pressions sur les
salaires, sur les perspectives de carrière, sur les formations.
Le rapport de force est en sa faveur. La pratique syndicale permet,
qu'elle soit l'œuvre d'adhérents isolés ou d'une section
syndicale, de renverser ce rapport de force, d'infléchir le
cours de notre absurde soumission aux hiérarchies. Pour avoir la
capacité de peser sur le cours des événements,
nous devons renforcer notre syndicat, tant du point de vue du nombre de
ses adhérents, de sa connaissance du secteur que de son
influence et étendre son champ d'action et de réflexion
à des luttes hors-entreprises ou extra-syndicales.
Pour les deux prochaines années (temps au bout duquel une
Assemblée Générale extraordinaire dressera un
bilan des réussites et des échecs des luttes
engagées), nous nous posons comme objectifs de:
- Faire connaître et respecter le
droit du travail, les conventions collectives dans les secteurs
d'activité que nous syndiquons,
- Promouvoir la création de
sections syndicales dans les entreprises de notre secteur,
- Fournir une aide (militante,
juridique) à des personnes ou groupes en luttes dans les
entreprises,
- Faire connaître nos pratiques,
nos modes de fonctionnement, et l'histoire des luttes dont nous
héritons,
- Assurer la formation (syndicale,
métier, juridique) de nos adhérents,
- Organiser toutes sortes de formations
en interne (notamment informatiques), pour aider les camarades au
chômage à se reconvertir et à chercher un emploi,
- Informer les adhérents sur les
possibilités de formation, de bourses du travail et de logement,
bref sur les droits qui nous sont ouverts,
- Développer des alternatives
informatiques pour notre travail (autour du logiciel libre),
- Expérimenter et
développer des modes de lutte adaptés au contexte moderne
des entreprises, qui multiplient les statuts et ont recours aux
intérimaires et aux prestataires de services,
- Expérimenter des axes de lutte
et de communication sur la question de ce qui est produit dans notre
secteur, sa finalité et son utilité.
- Développer de nouvelles
solidarités inter-syndicales et extra-syndicales, en France ou
à l'étranger, sur des thèmes qui rejoignent ceux
de ce manifeste, (par exemple autour des bourses du travail, de
l'hébergement de sites Internet syndicaux sur nos propres
serveurs ou en rejoignant des initiatives existantes comme celles
autour de la liberté d'Internet, du logiciel libre ou contre les
logiques sécuritaires)
- Poursuivre une réflexion sur
les nouveaux rapports de force et de pouvoir et les nouveaux modes
d'action syndicale dans un monde profondément transformé
par la technologie; poursuivre cette réflexion jusqu'au sens
même que nous voulons donner à notre travail.
- Travailler à construire notre
projet de société, à imaginer ce que pourraient
être les autres futurs auxquels nous aspirons. Parce que
l'essence de notre syndicalisme est de porter un autre projet de
société, et que notre société en manque,
manque de rêve, nous devons le construire. Cette construction
doit reposer sur une analyse du capitalisme et de ses
évolutions. Nous ne pouvons plus nous permettre d'uniquement
nous reposer sur le travail de nos aînés, ou de nous
cantonner à la simple contestation. Ce travail devra se faire en
liaison étroite avec d'autres syndicats de la
confédération
Nos axes revendicatifs
Temps de travail
Nous revendiquons et luttons pour :
- la semaine de 30 heures en 4 jours ;
- que les réductions du temps de
travail ne soient pas l'occasion d'augmentation de la charge de
travail, nous exigeons les embauches correspondantes ;
- la fin de l'extension du travail le
soir, les fins de semaine et à la maison ;
- le respect des délais de
prévenance en cas de modification des horaires de travail, qui
doivent rester exceptionnels et bénéficier de
contreparties conséquentes ;
- l'interdiction des " congés
forcés " ;
- le respect des dates limites de
fixation des dates de congé annuels.
Licenciements
Sens de notre travail
- Nous voulons réussir à imposer un droit de regard,
à terme un contrôle (les patrons deviendraient alors
inutiles), sur notre travail, pour commencer à donner un sens
à notre activité professionnelle qui ne soit pas le
profit systématique réservé à une
minorité, le productivisme acharné et le
consumérisme béat.
- Nous nous opposons donc aux logiques
sécuritaires (surveillances des salariés, flicage
généralisé, surveillance électronique et
informatique, loi sur la sécurité quotidienne du 15
novembre 2001 (LSQ)…) et à la militarisation des entreprises que
traduisent vocabulaire et méthodes employés : production
pour le secteur militaire, climat de " mobilisation " des
salariés, produits d'origine militaire à destination du
grand public, travail dans les prisons …) ;
- Nous militons pour l'utilisation des
logiciels libres (et combattons par exemple les brevets logiciels ou
les restrictions à l'utilisation de la cryptographie) ;
- Dans le cadre de notre projet de
société, nous revendiquons l'autogestion par les
travailleurs des lieux de travail, le contrôle direct de notre
activité et la jouissance sans intermédiaire du fruit de
notre travail ;
- Nous luttons pour l'instauration d'une
clause de conscience qui nous permettrait de refuser une mission ou une
tâche contraire à nos principes sans représailles.
Espaces de liberté
Afin de démontrer par les faits que nous avons des choses
à construire et que ça peut marcher, nous entendons
créer, développer et soutenir des espaces de
liberté et des réseaux de lutte alternatifs. Il s'agit de
mettre en place :
- Des relations suivies à
l'international avec des organisations amies;
- Des projets d'infrastructures
informatiques non marchandes;
- Une bourse du travail
numérique;
- L'organisation de rencontres
conviviales d'échange où il ne serait pas uniquement
question de syndicalisme.
Nous rencontrer...
Vous avez des problèmes avec votre patron ?
Vous en avez marre de bronzer au tube cathodique et voulez lire nos
publications papier ?
Vous êtes pris d'une soudaine et irrépressible envie de
débat et/ou d'action syndicale ?
Votre travail n'a aucun sens et cette société vous
fatigue ?
Vous voulez juste causer avec nous parce qu'on a l'air sympa, ouverts,
dynamiques et combatifs ?
Vous voulez adhérer au SII ?
Quoi qu'il en soit, quelles que soient vos raisons, n'hésitez
pas à nous contacter, à venir nous voir et à nous
lire !
Pour nous contacter, il y a divers moyens :
...nous lire...
La CNT édite plusieurs revues :
- le Combat Syndicaliste paraît
tous les 15 jours. Il traite de questions d'actualité, se fait
l'écho des luttes ouvrières et sociales tant nationales
qu'internationales.
- Les Temps Maudits est la revue
“théorique” de la CNT qui paraît deux à trois fois
par an. Nous y développons des réflexions de fond sur les
questions sociales, syndicales, historiques, politiques,
révolutionnaires…
- de nombreux syndicats et unions
locales publient leurs propres périodiques : l'Education, la
Communication, le Bâtiment… Renseignez-vous !
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du salaire net.
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rejoindre le syndicat intercorporatif le plus proche de chez vous ou,
pourquoi pas, créer un syndicat de l'industrie informatique dans
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