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Confédération nationale du travail
Syndicat Santé-Social Région Parisienne
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Menace sur la santé publique
Depuis plus de 15 ans, la politique de santé de droite comme de gauche a servi à fermer des services de proximité, à supprimer des lits et à réduire les effectifs pour rentabiliser le service public avant de le privatiser. C'est la mise en application, par les ordonnances dites Juppé poursuivies par la gauche plurielle, de la mondialisation et de la globalisation du capitalisme, prévue par les accords européens et l'OMC, Organisation Mondiale du Commerce, qui veut privatiser tous les services publics et accaparer toute activité. Le capitalisme est totalitaire. Tout devient marchandise, source de profit.
La RTT est dans cette logique. 35 heures bidons, c'est l'imposture et le mensonge.
Le gouvernement propose :
Au total, cela fera plus que 35 heures de travail.
C'est aussi l'occasion de restructurer le travail avec l'annualisation, la flexibilité, les horaires découpés en tranches selon les heures critiques. Le personnel soignant est rendu encore plus disponible au détriment de son travail et de sa vie privée. On rentabilise.
Le gouvernement est de mauvaise foi. Il a attendu le dernier moment pour mettre les hôpitaux devant le fait accompli. Il feint de s'apercevoir qu'il faut plusieurs années pour former des soignants. Volontairement, il n'a rien fait depuis 1997, comme il ne prévoit rien pour les départs massifs à la retraite dans 3-4 ans.
Au passage, on remarque que les médias et la presse ne parlent pas, ou très peu, des grèves dans les hôpitaux ni des raisons du mécontentement. Là encore, ils préfèrent les faits divers et l'anecdote sensationnelle plutôt que d'informer sur les vrais problèmes. Faut-il être violent et spectaculaire pour se faire entendre ?
La rentabilité des services publics, on en connaît le résultat. Des services fermés, des effectifs réduits au minimum avec le recours à l'astreinte à domicile. C'est le pool d'infirmiers répartis chaque jour dans les services, un jour en endocrinologie, un jour en cardiologie, un jour en rhumatologie, sans continuité des soins ni de relation au patient. Ce sont les urgences débordées qui cherchent un lit, obligées de mettre un diabétique en chirurgie. Ce sont les séjours de plus en plus courts où les malades sortent trop tôt pour faire de la place. Ce sont les médecins généralistes qui travaillent 50 à 60 heures hebdomadaires à cause de la sélection et de la limitation du nombre d'étudiants en médecine. C'est le forfait hospitalier qui rend l'hospitalisation trop chère pour les bas revenus. C'est le manque de matériel pour le soignant, et de fournitures pour le patient.
C'est le travail harassant réduit à des gestes techniques quantifiés.
Le PMSI et l'accréditation ont modifié la clinique. La réflexion étiologique est sacrifiée pour une inventaire quantitatif de symptômes qui n'est pas neutre idéologiquement. Le label qualité de vie masque l'absence d'approche qualitative. Le quantitatif sert à une comptabilisation financière du soin.
L'accréditation est un raisonnement pervers. Un schéma de soin est instauré. Si le résultat n'est pas bon, c'est l'application qui est remise en cause et non le schéma lui-même. Or ce schéma est celui d'un traitement standardisé en protocole pour la maîtrise des dépenses. Le but avoué est de donner une forme médicale à un abord gestionnaire. La clinique sert de caution à un discours budgétaire et un soin au moindre coût.
La notion d'établissement va disparaître, éparpillant le soin. Des missions seront attribuées par l'ARH à des services mis en concurrence avec le privé. Le plus rentable sera budgétisé. Les autorités de tutelle exercent une pression sur les services pour la mise en place de cette politique où le financier remplace le thérapeutique. La rentabilité ne voit qu'une machine biologique à réparer et non une personne à soigner.
Avec la privatisation de la sécurité sociale, la solidarité disparaît. Le patient et le soignant seront sous la coupe des firmes privées et de l'argent. (Mais les riches et les puissants de ce monde ne connaissent pas l'attente angoissante des urgences et ont les moyens d'être bien soignés).
Recherche, entreprises pharmaceutiques, manipulation génétique, propagande publicitaire, le capitalisme accapare le patrimoine scientifique pour son profit, sans se soucier de l'éthique.
En psychiatrie, la diminution des effectifs contraste avec l'augmentation des demandes de soin, 47% chez les adultes et 50% chez les enfants ces dix dernières années.
Les effectifs sont insuffisants pour contenir et traiter la violence, avec les séquelles traumatiques physiques et psychiques que cela engendre. Cette violence est parfois liée à la pathologie du patient, mais elle est aussi liée à une société en crise, ce qui nécessite une réponse sociale et pas seulement psychiatrique.
La fin de l'internat spécifique, accompagnée d'une diminution de plus de la moitié des psychiatres formés, et du diplôme infirmier psychiatrique, pour norme européenne, a entraîné la disparition d'une certaine culture soignante. Le PMSI et l'accréditation oublient la psychopathologie et la nature psychique de la maladie. La notion de névrose n'existe plus, à l'encontre de la réalité. Les avancées de la politique de secteur, de l'antipsychiatrie, de la psychanalyse, de l'institutionnel sont sacrifiées. Le modèle biologico - cognitivo - comportementaliste est une idéologie de l'adaptation. La psychiatrie ne doit pas servir à normaliser les patients. Il ne s'agit pas de renier le bien fondé des médicaments qui soulagent le malade de sa souffrance. Mais cela ne résume pas le soin. De même, l'urgence spectaculaire ne doit pas supplanter le suivi au long cours. Pour cela, tous les aspects du soin doivent être pris en compte afin d'obtenir les moyens nécessaires, ce qui n'est plus le cas.
Les hôpitaux privatisent de manière larvée, morceau par morceau. Buanderie, services techniques, restauration, sécurité, laboratoires sont sous traités à des entreprises privées où les salariés n'ont pas les avantages sociaux des agents hospitaliers. Mais il y a de l'argent pour payer le privé.
La rentabilité, c'est aussi l'embauche d'emplois précaires, de non soignants en place de soignants, de postes sous qualifiés ou à rémunération sous évaluée au regard des compétences utilisées.
C'est la restriction budgétaire, la diminution des effectifs, des structures menacées dans leur fonctionnement et leur existence alors même qu'elles sont pertinentes pour le soin. Quels moyens, quel service public, resteront pour les pathologies psychotiques les plus lourdes ou les patients socialement démunis ?
On exige de la médecine qu'elle soit toute puissante et infaillible, ce qu'elle ne peut pas être. Il vaudrait mieux lui donner les moyens de faire ce qu'elle sait faire.
RTT et tout le reste, la politique de santé n'est pas faite pour le patient ni pour le soignant, mais pour l'argent.
Neuilly sur Marne le 18 février 2002