QUAND LA MISERE SOCIALE ENGENDRE LA DELATION.

Aujourd'hui, nous réagissons contre la délation parce qu'elle remet en cause le fondement même de nos professions. En effet, comment créer et pérenniser la confiance nécessaire à la relation d'aide si le secret professionnel est abrogé, si l'éducatif et la prévention sont remplacés par la répression ?

Réagissons-nous seulement parce que nos professions, notre relative liberté d'action et nos petites prérogatives sont attaquées ou nous sentons nous enfin concernés par un ensemble de mesures qui augmentent la pauvreté et stigmatisent les populations avec lesquelles nous travaillons ?

Dans son projet de refondation sociale, le MEDEF avait annoncé la couleur, notamment en voulant baisser le coût du travail. Cela passe par la casse des régimes de solidarité issus des " trente glorieuses " et l'organisation de la précarité. Pour ce faire, il a trouvé les relais politiques, syndicaux, institutionnels, médiatiques et autres.
Très logiquement cette politique crée de la pauvreté et son corollaire est le tout sécuritaire. Les derniéres lois : LSQ, LSI, Perben 1et 2, visent clairement à stigmatiser et contrôler ces populations et rappellent une vieille rengaine des classes dominantes qui veut que les classes populaires soient les classes dangereuses.

Face à cet accroissement de la précarité et du tout sécuritaire, le secteur social est appelé de plus en plus à remplir un réel de contrôle social.

Parce que nous pensons que l'injustice sociale est la cause de la misère, de la délinquance, du mal-vivre, de l'assistanat, parce que nous nous souvenons qu'avant d'être le seul vecteur d'insertion sociale, le travail salarié est avant tout un lieu d'exploitation et de domination, nous sommes un certain nombre de travailleurs sociaux de sensibilité libertaire à  avoir rejoint  la CNT pour réfléchir et résister ensemble sur les pratiques que l'on veut nous imposer.

Est-ce conforme à  notre éthique d'organiser la rotation des populations vers des centres d'hébergement saturés ?
Est-ce conforme à  notre éthique d'orienter des personnes vers des stages bidons ou des prescriptions occupationnelles ?
Est-ce conforme à  notre éthique d'orienter des personnes vers des boulots sous payés comme le RMA qui ne permettent pas de sortir de la pauvreté ?
Est-ce conforme à notre éthique de continuer à  cautionner les conséquences d'une politique qui avec ou sans emploi engendre de la souffrance sociale ?
Avons nous encore une éthique ? ? ?

Nantes le 17 mars 2004

Si ces questions et d'autres vous intéressent:
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