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De la formation au formatage:
La
réforme du diplôme d'Etat d'éducateur
spécialisé au service du projet de
démantèlement social de l'Etat
Si 2006 fut l'année de la réforme du diplôme des Assistants de service social (1), 2007 sera celle des éducateurs. Et si, pour les assistants sociaux, nous avons pu constater un échec cuisant, ce qui se profile pour les éducateurs ne présage rien de meilleur. Petit historique rapide : Avant 1990, la formation des éducateurs reposait essentiellement sur des approches pédagogiques et psychologiques, issues de l'éducation nouvelle ou populaire et de la psychothérapie institutionnelle, mais elle occultait tout un pan des sciences humaines utiles à la construction du métier d'éducateur et à la compréhension des enjeux sociétaux. La réforme de 1990, a ouvert son contenu à des disciplines telles que la sociologie, l'économie et le droit La formation, quoique surtout initiatique, à ces matières, permet, dès lors, d'envisager la situation d'une personne dans une perspective plus réaliste qui ne la renvoie pas systématiquement, et seulement, à sa responsabilité personnelle, mais qui prend en compte les facteurs de désocialisation et de déstructuration externes. La
réforme de 2007 envisage la formation à un autre niveau.
D'abord, elle pose le principe du référentiel
métier dont le principal objectif est d'acquérir des
compétences cadrées mises à disposition des
objectifs institutionnels, dans une perspective de rationalisation du
travail et donc, des coûts.
Concrètement, cette méthode s'inscrit dans une logique d'entreprise, objectifs-moyens-résultats, couplée à la notion d'évaluation des travailleurs et des usagers. Le travail éducatif consisterait alors en un accompagnement social encadré par des protocoles précis de normalisation, dépouillé de toute liberté ou inventivité éducative. Les matières telles que la psychanalyse et la sociologie, sciences critiques, sont quasiment absentes du programme ; la première n'est vue que sous l'angle du comportementalisme ; la seconde passe à portion résiduelle (on passe de 160 heures de socio-économie à quelques heures dans un domaine de formation comprenant 125 heures seulement). Le droit qui, jusqu'à lors, revêtait une dimension analytique, est réduit à sa simple expression informative et s'appuie essentiellement sur la dichotomie moraliste, droits/devoirs. Cette nouvelle formation n'a pas vocation à émanciper les éducateurs par une pédagogie critique en rupture avec le formatage, entre autre, de l'Education Nationale, elle ne vise uniquement le traitement des symptômes gênants pour la société, dans le cadre du contrôle social, comme le préfiguraient la loi du 2 janvier 2002 (2) et celle de Prévention de la délinquance (3). Le contrôle social étant l'un des plus précieux outils d'une société ultra-libérale. Pratiquement, à l'instar des assistants sociaux, cette réforme pose des problèmes en matière de mise en œuvre des programmes et de certification. Les centres de formation n'ont eu que quelques mois pour préparer la rentrée 2007, puisque jusqu'en mai 2007, nul ne savait si la réforme allait être mise en application. L'applicabilité de ce texte reste pourtant bien relative. En effet, la réforme fait apparaître de nouvelles techniques de certification, dont la plus problématique est celle de la validation de plusieurs écrits obligatoires, par les terrains de stage. Cependant, aucune information ne leur a été transmise, ni par les DRASS (4), ni par les Régions ; à charge, pour les centres de formation d'organiser cette certification.
Ajoutons à cela trois difficultés majeures: l'absence de budget alloué aux terrains de stage pour accomplir ce travail supplémentaire ; l'absence de formation des référents de stage qui vont devoir, sans indications propres à les orienter, valider un examen ; et l'instauration d'un lien de subordination plus dense entre le terrain de stage et l'élève. Les centres de formation ne sont pas épargnés ; le texte récuse l'idée de processus, dont l'objectif est de permettre à l'étudiant une évolution au plus près de ses attentes, mais instaure l'obligation de procéder directement à une partie de la certification. Outre le relatif intérêt de ce procédé pédagogique, les tutelles n'ont pas prévu de budgets et ont même refusé, à certains centres de formation, une augmentation de leur subvention de base, suivant le coût de la vie. Le référentiel est, ainsi, mis en place par le personnel administratif et pédagogique en poste sans possibilité d'embauche pour les soulager d'une véritable surcharge de travail, et sans contrepartie salariale. Cette conception de la formation et du métier d'éducateur, correspond bien au climat politico-social du moment (5). Elle répond au double impératif de, réduction des dépenses du champ social non générateur de profits ; et de nécessité absolue de normalisation les éducateurs, redevenus, alors, de simples exécutants. Les
éducateurs ont toujours existé pour pallier les
défaillances et les effets de l'Etat capitaliste. Ils n'ont
jamais eu, à disposition, pléthore de moyens, et leur
action a toujours été entravée par la commande
institutionnelle. L'avènement du référentiel
métier et de ses avatars (la formation), induisent, en plus, une
" politique " volontariste de formatage propre, non seulement, à
faire accepter, mais à légitimer, les mesures de
destruction sociale prises par les gouvernants.
" Chercher à comprendre, c'est commencer à désobéir. " J.M. Wyl, Québec Banana state. (1) Cf. http://anas.travail-social.com/ (2) Loi réformant l'action sociale et médico-sociale (3) Loi du 5 mars 2007 (4) Direction Régionale des Affaires Sanitaires et Sociales (5) Régimes des retraites revus à la baisse ; TVA sociale faisant payer le consommateur, quels que soient ses revenus ; loi sur l'immigration ; bouclier fiscal empêchant l'imposition des plus hauts revenus ; restriction du droit de grève ; dépénalisation du droit des affaires corrélé au durcissement de la loi pénale. >> Télécharger le numero complet de la Griffe du Social n°7 - Septembre 2007 >> Consulter tous les anciens numeros >> S'abonner à la Griffe du Social |
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