
PAS DE GUERRE ENTRE LES PEUPLES
PAS DE PAIX ENTRE LES CLASSES
Le retour du Jedi
Le 11 septembre, le monde s'est presque arrêté de tourner : deux des quatre avions détournés par des terroristes s'écrasaient sur les deux tours du World Trade Center et un autre sur le Pentagone à Washington. Depuis, le monde aurait changé : nous serions en " guerre " et " tous " américains.
Outre le fait que l'on puisse (comme dans n'importe quel conflit) regretter les morts de civils - passagers des avions et personnes travaillant dans les deux tours new-yorkaises dont de nombreux syndicalistes notamment du secteur nettoyage-, une formidable chape de plomb, efficacement orchestrée et médiatisée, s'est abattue sur nos sociétés. Les va-t-en-guerre de salon sont légion, citons, entre autres, Alexandre Adler sur France 3 ou Jean-François Revel dans le Point, parfaits toutous des vengeresses aspirations américaines.
Un monde en guerre ?
En était-il autrement avant le 11 septembre ? Le fait que les USA soient directement touchés changent-ils les choses ? Le peuple américain, avant de se lancer dans un soutien inconditionnel à une politique de vengeance, devrait demander des comptes à ses propres responsables, Clinton, papa Bush et Reagan, mais on pourrait remonter plus loin. L'attaque dont ils (les civils) ont été la cible est aussi le résultat d'un demi-siècle d'impérialisme arrogant, tant militaire qu'économique. Et, si la " piste afghane ", pour reprendre le jargon à la mode, s'avérait la bonne, les dirigeant américains ne pourraient s'en prendre qu'à eux-mêmes. Ben Laden a été leur créature au nom d'une autre guerre du " bien " contre le " mal ", la guerre froide contre l'URSS. Le propre d'un apprenti sorcier n'est-il pas de se brûler avec sa créature ? Les disparités économiques engendrées par le capitalisme, dont le cœur et le cerveau sont à Wall Street, ont engendré des monstres tels que l'intégrisme religieux ou le nationalisme.
Alors oui, le monde est en guerre. Non pas depuis le 11 septembre. Mais depuis le triomphe du capitalisme dont l'essence est d'enrichir une minorité aux dépends d'une majorité, depuis que les tyrans occidentaux continuent de s'engraisser sur le dos du Sud toujours perçu comme un réservoir de matières premières et de main-d'œuvre, corvéable selon la volonté des marchés. À modeler le monde, l'Etat américains, et quelque part les États qui les suivent sagement depuis des décennies, ont pris en pleine figure les barbaries qu'ils ont créées. Alors oui, le monde est en guerre. Une guerre de classe qui ne se reconnaît nullement dans ces avions fous, ni dans la riposte militaire US.
L'empire contre-attaque
Parlons-en de cette riposte, presque unanimement approuvée par des médias et des politiciens toujours prêts à faire la guerre sans pour autant y risquer leurs propres vies. Car cette riposte se fait sur des bases idéologiques tout bonnement hallucinantes : Le " bien " contre le " mal " pour Bush, les " fidèles " contre les " impies " pour Ben Laden. L'un comme l'autre sont les dignes porte-parole d'une idéologie manichéenne à la Mickey... Pire, les deux camps se réclament de Dieu. L'un en appelle au djihad, l'autre à une nouvelle croisade. Rappelons que l'histoire américaine s'est forgée dans un nationalisme belliqueux : guerre contre les anglais, les indiens, les " rouges ", les irakiens (on oublie volontairement les extraterrestres de Mars attack). Et voilà que Bush nous offre un nouveau monde bipolaire, parfaitement manichéen (compréhensible en rapport avec l'imaginaire véhiculé par Hollywood), une nouvelle guerre froide en, peut-être, moins dangereux car les talibans ne possèdent pas l'arme nucléaire.
La guerre, c'est l'union sacrée, garante de la paix sociale intérieure, la productivité accrue. Non l'Occident n'est pas uniquement menacé par le fondamentalisme mais par ce schéma américain du monde qui, en lui-même, est porteur des causes des guerres de demain. Les toutous de l'OTAN (palme absolue aux inénarrables gouvernant anglais), la basse-cour de l'ONU, tous se rangent aux injonctions de l'Empire, ceux qui les refusent sont des traîtres au marché, des traîtres à la " démocratie ", pire des inconscients. Jean-François Revel dans le Point (nous) qualifiait " de primates vociférateurs et casseurs de l'anti-mondialisation, en déshérence de maoïsme ". En matière de primate, ce vieux monsieur, membre de l'Académie française, doit s'y connaître...
Et l'on oublie les autres...
Pendant ce temps, les palestiniens passent à la casserole, eux désignés comme " alibi " de cette attaque comme si Ben Laden et ses sbires avaient besoin de justification à leur guerre contre les USA.
Comment ne pas revenir sur les oubliés des fameuses " trois minutes de silence " européennes : ce million d'irakiens tués directement ou indirectement par la politique US, les civils serbes touchés par les bombardements (frappe en langage propre sur soi), les civils tchétchènes et les palestiniens encore et toujours. Quid d'une minute de silences pour les victimes de la peine de mort aux USA ? Étrange monde qui choisi ses victimes à honorer. En France, on assiste à un véritable syndrome Diana, qui se déchaîne en superlatifs devant une solidarité toute artificielle car " solidarité " venue " d'en haut " et orchestrée par la force d'un matraquage sans commune mesure depuis... la guerre du Golfe.
Voici déjà l'occasion pour les Etats occidentaux de restreindre les libertés, en particuliers celles des pauvres, et des étrangers. Restriction du droit de circulation, renforcement des contrôles, instauration d'un climat de peur. Sans parler de l'émotion liée aux attentats utilisée par le patronat US pour justifier le licenciement sec de quelques dizaines de milliers de travailleurs des compagnies aériennes. Qu'ils sachent que nous continuerons à désobéir, à contester leur " ordre social " ! Qu'ils sachent que leur guerre ne sera pas la nôtre !
Nous continuerons à combattre le régime américain, cœur et cerveau d'un capitalisme avide et liberticide. Le World Trade Center ne saura nous faire oublier nos camarades Mumia Abu-Jamal et Leonard Peltier. Mais ce combat est valable pour tous les régimes du monde où le capitalisme et la notion de profit ont remplacé l'homme et la femme au centre de nos sociétés. C'est pourquoi cette lutte, de Göteborg à Gênes - et Bruxelles en décembre prochain - , dans les entreprises et partout où ils nous exploitent, nous amène à nous confronter tant au FMI, au G8 qu'à l'Union européenne, ainsi qu'au patronat, faces différentes d'un même système.
En tant qu'internationalistes, les militant(e)s américain(e)s des IWW et de la WSA ainsi que tous ceux et celles qui combattent aux États-Unis contre la dictature du marché sont et seront toujours nos camarades. Les frontières servent à faire la guerre et à diviser les travailleurs, pour nous elles ne comptent pas. Mais, nous continuerons également à combattre les intégrismes quels qu'ils soient : ceux qui au nom d'une soi-disant sainteté colonisent et assassinent les palestiniens. Ceux qui au nom d'un dieu asservissent les femmes en Afghanistan et rêvent de le faire en Algérie, en Égypte ou... en Palestine. Et encore ceux qui, ici en France ou aux... États-Unis, prêchent pour un retour à un prétendu ordre moral voulant empêcher les femmes de disposer de leurs corps. Il n'y a pas de " bien " et de " mal ", il y a deux camps, celui des exploités et celui des exploiteurs. Bush et Ben Laden sont, tous les deux, dans celui-ci... Nous pas.
Secrétariat International de la CNT. 26 09 01