Jeudi 22 mars 2001:

grève de la fonction publique et action contre la précarité (public / privé).

A Lille, le 9 février, la CNT-éducation, SUD-éducation et le collectif de l' éducation contre la précarité organisaient un rassemblement devant le rectorat pour exiger la titularisation des précaires et dénoncer le protocole "Sapin". Education, hôpitaux, PTT, fonction publique territoriale. Il s'agit cette fois le 22 mars d'élargir le mouvement avec tous ceux qui refusent le développement d'une catégorie de sous-salariés et préparer collectivement les luttes de demain.

Le chômage est en baisse, mais une enquête récente de l'INSEE souligne la multiplication des "travailleurs pauvres". La croissance est de retour, mais la lutte des classes menée tambour battant par le patronat déferle. PARE, retraites, salaires. la refondation sociale (antisociale !) du MEDEF et des syndicats domestiques vise à réduire le coût du travail par la baisse des salaires et des cotisations sociales.

L'objectif est de démanteler les acquis sociaux, de flexibiliser et précariser la main d'œuvre pour satisfaire les besoins des entreprises, renforcer l'exploitation et accroître les profits. La généralisation de la précarité est à l'ordre du jour et le CDI, contrat à durée illimitée, est en ligne de mire. L'État y trouve son compte en terme de réduction des dépenses publiques et de contrôle social. Il expérimente même de nouveaux dispositifs anti-sociaux en multipliant les recours aux salariés précaires : "économie solidaire" définie cyniquement par le taux d'emplois précaires, CDD de 5 ans pour les emplois-jeunes...

Dans le public, on compte déjà plus d'un million de contrats précaires,
auxquels il faut ajouter les 450 000 emplois "aidés" (CES, emplois-jeunes
CEC).

Dans l'éducation, la précarité s'affirme comme mode privilégié de gestion des personnels et des besoins. Le ministère et les rectorats exploitent une main d'œuvre sous payée et souvent privée des droits élémentaires du salarié (congés payés, congés maladie, droits aux ASSEDIC et à la formation sur le temps de travail).

Dans la fonction publique territoriale, la précarité banalisée (33 % des personnels) est instrumentalisée par les élus qui recrutent dans leurs permanences à des fins uniquement clientélistes. La Ville de Lille, particulièrement bonne élève en matière de précarité, concoure aujourd'hui pour la place de première agence d'intérim de la région. Si au début des années 80, la Ville comptait 4 200 emplois statutaires. Elle n'en compte plus que 3 000 aujourd'hui, auxquels s'ajoutent 800 précaires.

Dans la fonction publique hospitalière, on s'intègre non seulement dans l'économie de la précarité (20 % des emplois), mais également dans la mondialisation de l'économie... Aujourd'hui, dans les hôpitaux publics, alors que les travailleurs étrangers représentent 1/4 des effectifs, ces salariés perçoivent des salaires inférieurs en moyenne de 40 % à leurs collègues français.

A La Poste, des milliers de contractuels, ACOS et auxiliaires effectuent le même travail que les agents relevant du statut des fonctionnaires. Or, ils travaillent au rabais : salaires inférieurs, pénalisations du point de vue de l'échelle indiciaire, exclusion du système des mutations, possibilité d'être licencié plus facilement, pas de prime bi-annuelle, etc.

Le protocole "Sapin-CFDT-CFTC-FO-FSU-CGC-UNSA" sur la résorption de la précarité est une arnaque destinée à masquer l'ampleur du processus de précarisation. Les personnels précaires sont pour la plupart exclus des hypothétiques plans de titularisation, parce qu'ils ne peuvent justifier des trois années de temps complet (les précaires se voient souvent imposer le temps partiel), qu'ils ne sont pas européens ou qu'ils sont simplement oubliés par les textes (CES, CEC, emplois-jeunes). Les autres, minoritaires, manquent de temps pour se préparer à des examens et concours.

Il faut diffuser les informations sur les conditions de travail, multiplier les témoignages sur les réalités quotidiennes (tracts, articles, contacts avec la presse) pour rompre l'isolement des précaires et favoriser l'implication des titulaires à leur côté. Cela nous concerne tous, car c'est par la précarité que se diffusent les nouvelles normes du travail. Il faut exiger l'arrêt du recrutement et le réemploi des précaires, le respect de leurs droits fondamentaux de salariés (maladie, congés payés, cotisations ASSEDIC), leur formation sur le temps de travail et leur titularisation sans concours ni discrimination de nationalité (puisqu'ils ont prouvé qu'ils sont indispensables et compétents).

Note sur la DDTE :

L'action organisée le 22 mars s'inscrit dans une dénonciation de la précarité au sein de la fonction publique (éducation, PTT, personnels municipaux, etc.). Mais, au delà de la fonction publique, le principal pourvoyeur de l'emploi précaire reste le secteur privé. Or, l'inspection du travail s'y adapte et en fait même la promotion (d'où notre appel à rassemblement devant la DDTE - cf. rendez-vous au recto de ce tract). L'évolution de l'inspection du travail est symptomatique de ces changements et de l'apparition de nouvelles normes de travail reposant sur la précarisation du travail salarié. L'inspection du travail et la DDTE sont devenues les gestionnaires des emplois précaires. Traditionnellement, l'inspection du travail avait pourtant pour but de protéger les salariés de l'arbitraire patronal et de faire appliquer leurs droits (droits acquis le plus souvent de haute lutte). Depuis le début des années 80, les directives des gouvernements successifs font que ce rôle est dilué progressivement dans des fonctions de plus en plus éloignées de ses prérogatives et l'amènent aujourd 'hui à assurer uniquement la nouvelle politique de l'emploi, c'est à dire la politique de l'emploi précaire (CES, CEC, contrats de qualification, emplois-jeunes, etc.), tant dans le public que dans le privé (et alors que les possibilités de contrôle dans ces secteurs ne sont pas identiques)...

CNT-Lille

cnt.lille@wanadoo.fr

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