Article paru dans le Combat Syndicaliste (mensuel de la CNT, abonnement gratuit de trois mois) de janvier 1998

 

Alleluia, l’année 1998 a vu la naissance de la section animateurs de la Mairie de Paris. Des sections animateurs étaient déjà nées dans diverses villes de banlieue, mais Paris restait endormie, malgré la présence de plusieurs cénétistes (en général des étudiants du syndicat de l’Education) dans la grande famille des animateurs parisiens.

Et pourtant la situation de ceux-ci n’est pas des plus enviables.

Logique de la Mairie

La Mairie de Paris joue à fond sur une logique de vacation : il y a de 8000 à 9000 vacataires assurant d’une part la surveillance des cantines le midi et les études du soir (vacations de deux heures), d’autre part l’animation des centres de loisirs le mercredi toute la journée et les petites vacances.

Par ailleurs, la Mairie emploie des adjoints d’animations (titulaires), des animateurs contractuels (dont les " ¾ temps " : un statut bâtard obtenu par un certain nombre d’animateurs suite à une lutte, qui leur donne certains avantages, mais a débouché sur l’impossibilité de cumuler différents postes – surveillance de cantines et animation en centres de loisirs – afin d’empêcher désormais les animateurs de pouvoir prétendre à un statut moins précaire ; les animateurs bénéficiant d’un " ¾ temps " ne sont pas remplacés après leur départ), mais aussi semble-t-il des vacataires à plein temps. Inutile de dire que les titulaires (630) représentent une minorité du corps des animateurs, répartis dans des fonctions très différentes (animateurs, chefs de centres, directeurs de secteurs, adjoints de circonscriptions, responsables de l’action éducative...) à partir d’un concours unique. Quand aux 550 (environ) ¾ temps, la plupart n’ont aucune perspectives.

La CFDT lave plus blanc

En novembre 1996, les animateurs se sont mobilisés sur la base de titularisations massives des vacataires, d’établissements de contrats à durée indéterminée, de création d’une filière animation.

Mais la CFDT n’est pas du tout, mais alors pas du tout dans cette logique ! Leurs revendications s’articulent principalement autour de deux points :

Une stratégie de division

Si nous avons autant insisté sur la CFDT, ce n’est pas seulement pour lui casser du sucre sur le dos (bien que cela soit toujours un plaisir), c’est que son influence est énorme. Elle est le premier syndicat des animateurs, défendant de fait les intérêts des plus " privilégiés " (ce privilège est très relatif mais elle joue là-dessus pour empêcher toute radicalisation et extension de la contestation afin de préserver son statut de syndicat chouchou des employeurs, ici comme ailleurs) au détriment de tous les autres : ce sont ceux qui sont naturellement le plus mobilisés (travaillant à temps plein)... et ceux qui votent ! La CFDT exerce sur les animateurs (dont il semble que beaucoup soient sérieusement exaspérés) un pouvoir autocratique, osant les convoquer à des " Assemblées Générales " qui sont au mieux des meetings, appelant à des journées de grèves qui sont annulées au dernier moment (lorsqu’elle a négocié avec la Mairie), reconnaissant ouvertement devant les animateurs qu’elle les a manipulé (ce scénario s’est reproduit à deux reprises, en décembre 97 et en janvier 98, dans exactement les mêmes conditions !). Mais il semble que beaucoup d’animateurs soient sérieusement exaspérés par cette attitude. Il est à souligner que la CGT (que plusieurs animateurs de la CFDT ont rejoint, écoeurés par les pratiques de leur syndicat) a en l’occurrence des revendications beaucoup plus proches des nôtres (pas pour l’instant de Casse la Grève des Travailleurs comme à la COMATEC !).

Revendications nécessaires

La situation actuelle, si elle a pour effet direct de précariser la plupart des animateurs de la Ville, a aussi pour effet indirect la trop souvent médiocre qualité du travail effectué par les animateurs. Pas de formations, un salaire dérisoire et aucune protection sociale ne peuvent guère motiver les animateurs à fournir un travail efficace en direction des enfants. Le résultat le plus fréquent est l’absentéisme massif (peut-on reprocher aux animateurs de ne pas considérer ce " travail " avec le sérieux que nécessiterait la charge de jeunes enfants ?). L’autre résultat est l’incompétence marquée de nombreux animateurs : là encore, comment ceci ne pourrait pas être puisque n’existe aucune formation sérieuse pour les animateurs, certains se retrouvant confrontés pour la première fois à l’animation avec quarante infernaux braillards sur les bras ! A part se boucher les oreilles...

Mais l’incompétence des animateurs n’est pas seule en cause. La plupart du temps, les absents ne sont pas remplacés (lorsque du moins les postes sont occupés par un animateur fixe, ce qui est très loin d’être toujours le cas), et les animateurs se retrouvent, pour la même charge d’enfants évidemment, à faire un service double. Alors quoi ? Les services de la Direction des Affaires SCOlaires (DASCO) sont-ils parfaitement incompétents ? Ou bien le nombre de personnes prêtes à travailler dans les conditions proposées ne suffit pas à remplir les postes disponibles ?

Quoiqu’il en soit, il apparaît nécessaire, dans l’intérêt de tous (sauf bien sûr de la Mairie de Paris !), de créer enfin pour les animateurs une filière spécifique et cohérente, leur donnant accès à un métier à part entière, de proposer à ceux ne pouvant pas (étrangers hors-CEE) ou ne voulant pas (étudiants par exemple) être titularisés des CDI à temps plein ou à mi-temps, d’offrir à tous des formations de qualité permettant un travail sérieux et suivi avec les enfants.

C’est dans cette logique que nous, section CNT des animateurs de la Mairie de Paris, allons essayer de construire un mouvement de lutte, même si les difficultés sont multiples : éclatement des lieux de travail rendant particulièrement difficile le travail de propagande, implication faible des animateurs (particulièrement les surveillants de cantines) dans un travail qui n’est considéré que comme un petit boulot de survie ou d’appoint " en attendant mieux ", et forte implantation d’une CFDT " nottatisée " dans la couche la plus fixée et combative des animateurs.

Mais il y a par ailleurs une forte demande de radicalisation, et nous avons bon espoir !

Wilfrid, Syndicat Santé Social RP

Contact : Syndicat Santé Social RP, section animateurs de la Ville de Paris, 33 rue des Vignoles, 75020 Paris.

 

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