On nous bassine avec le « déficit » des régimes spéciaux en accusant les « privilégiés » que seraient les travailleurs de ces secteurs (SNCF, RATP, EDF, etc.). Si ces régimes sont « plus favorables », c’est dû à des cotisations plus importantes ainsi qu’à une prise en compte de la pénibilité et de la continuité du service public (travail de nuit, horaires décalés, mobilité, etc.). Ces régimes spéciaux participent en outre au financement des retraites des non-salariés (agriculteurs, commerçants et artisans) pour plusieurs milliards d’euros chaque année. Leur « déficit » est aussi dû au déficit démographique résultant de la baisse des effectifs, et donc des cotisations. Les vrais privilégiés sont en fait les patrons, exonérés de cotisations (25 milliards par an dont 10 milliards pour les retraites), y compris sur leurs stock-options (3 milliards par an), sans compter les parachutes dorés et retraites chapeaux.

Pour remédier au « déficit » des retraites, le gouvernement propose d’aligner les régimes spéciaux sur celui de la fonction publique puis d’augmenter les cotisations de l’ensemble des salariés à 41 annuités en 2012 (loi Fillon 2003), voire plus dans les années suivantes. Mais si les départs en retraite sont repoussés, le chômage risque d’augmenter, notamment chez les jeunes et les seniors, déjà confrontés à de gros problèmes d’embauche. Le développement de la précarité et du chômage rend impossible d’atteindre 41 annuités, ce qui augmentera les inégalités entre ceux, riches, capables de souscrire à des retraites complémentaires (fonds de pension) et ceux, pauvres, qui devront se contenter de retraites amputées. Plus largement, ces attaques cachent des enjeux idéologiques : la qualité de vie et la place du « progrès ». Doit-on vivre plus vieux pour travailler plus ou pour profiter de la vie ? Le « trou » de la Sécu est un problème de redistribution des richesses, qui ne cessent d’augmenter. Doit-on répartir ces dernières de manière solidaire (par des cotisations salariales) ou promouvoir l’individualisme (fonds de pension) ? Le chômage et la précarité sont de la responsabilité des patrons, c’est donc à eux de payer.

Toutes ces manœuvres montrent quel cap le gouvernement veut prendre : celui de la destruction pure et simple de la solidarité, de ce qui reste des services publics de la santé, de l’éducation et des transports. Il entend piétiner les principes fondateurs de la protection sociale : unité et universalité. Demain il ne restera plus rien si l’on renonce à se battre aujourd’hui. C’est pourquoi la CNT souhaite une uniformisation et une harmonisation par le haut des régimes afin d’en finir avec la multitude exagérée, corporatiste et inégalitaire des statuts.

Nos revendications :

• Retraites à 55 ans pour tous et toutes à taux plein.

• Pour le retour d’urgence au 37,5 annuités, vers les 35 annuités pour tous (travailler moins pour travailler tous).

• Prise en compte de la pénibilité du travail, des années d’études et des périodes de chômage.

• Refus des retraites par capitalisation (épargne salariale et fonds de pension) ou de son financement par l’impôt.

• Réduction massive du temps de travail sans perte de salaire et emploi pour tous et toutes.

• Augmentation des salaires (donc augmentation des cotisations).

• Pour une retraite à 100 % de taux de remplacement calculée sur les salaires revalorisés les plus hauts de la carrière du salarié (au minimum le Smic).

• Exclusion du patronat des instances de gestion des caisses de protection sociale des travailleurs et gestion de ces caisses par les travailleurs eux-mêmes.

• Suppression des exonérations de cotisations et financement par une revalorisation de ces cotisations patronales, inchangées depuis vingt ans.

• Élargissement de la base des cotisations à tous les éléments de la rémunération (intéressement, participation, stock-options). Anticapitaliste et autogestionnaire, la CNT lutte pour une redistribution des richesses au profit des travailleurs et au détriment du capital.

Union régionale parisienne CNT