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Une équipe de Segpa fourbit l’arme du collectif

dimanche 4 mai 2014, par Greg

Quand l’institution nous sépare, nous cloisonne, nous individualise, la force du collectif
est une arme. La participation au stage, en équipe, m’est apparue comme une évidence,
comme un prolongement de ce que nous tentons de construire ensemble chaque jour.

Donner du sens à ses pratiques peut paraître évident, pourtant, dans le quotidien de la classe, il est souvent difficile de s’arrêter pour observer et analyser ce que l’on fait chaque jour avec les élèves. Il y a des pratiques que l’on met en place par intuition, parce qu’elles sont ce qui nous semble respecter le plus l’élève, nos valeurs, mais quel sens politique donnons-nous à tout cela ?

Pédagogie
et rapport sociaux

En Segpa (Section d’enseignement général et professionnel adapté), nous sommes conscients d’avoir fait un choix qui n’est pas anodin, travailler avec un public en échec scolaire, le plus souvent en rupture avec l’école, nous oblige quotidiennement à penser les choses autrement, mais aussi à construire notre place d’enseignant différemment. C’est ce que nous tentons de faire chaque jour dans notre Segpa, en équipe, en prenant le temps de réfléchir à nos choix pédagogiques, imaginer des pratiques qui pourraient répondre aux problématiques particulières de nos élèves, travailler ensemble et y prendre du plaisir.

Étrangement, la participation collective à un stage syndical et pédagogique n’a pas semblé étonner ni déranger l’administration. Pour moi, la participation en équipe à ce stage avait également un autre objectif, celui de donner un sens politique à notre action pédagogique, lui donner du sens et une orientation syndicale. Car si, quotidiennement, nous tentons de faire ce pas de côté, nous le faisons de façon intuitive, le plus souvent inconsciemment et pourtant, notre engagement n’est pas anodin, il n’est pas neutre. Nos choix, même s’ils ne sont pas magiques, n’ont pas comme seul objectif la réussite de nos élèves, ils construisent des rapports sociaux, ils remettent parfois en cause l’ordre institutionnel, ils déplace les limites pédagogiques, ils modifient les rapports à l’adulte, à l’institution. Et tout cela ne peut se contenter d’une approche strictement pédagogique.

Ce stage nous a donc permis non seulement de renforcer la cohésion pédagogique présente dans notre travail d’équipe, mais aussi de prendre conscience collectivement du sens politique présent dans nos pratiques ou dans celles que nous tentons de mettre en place. Selon moi, l’essentiel de la subversion de ce stage a été là : y être ensemble et stimuler chez chacunE d’entre nous l’envie de continuer, penser et transformer ensemble. ■

Sortie de stage

Voici les réactions de mes collègues à la sortie du stage.

– Pourquoi as-tu décidé de participer à ce stage ?

Ce stage m’a tout simplement été proposé par une collègue très engagée syndicalement mais aussi pédagogiquement. C’était donc très motivant et presque évident de partager cette expérience avec elle. Dès les échanges sur la liste des mails, il s’est dégagé quelque chose de très entraînant, je ressentais beaucoup de dynamisme. J’avais très très envie d’y être !

C’est par curiosité que j’ai suivi ce stage, car je n’ai jamais participé à des stages de pratiques organisés par des syndicats. « Ma jeune collègue très engagée », tant au sein de la Segpa que dans le monde syndicaliste, dit beaucoup apprendre de ces journées d’échanges, cela m’a donné envie de m’y inscrire, et le fait d’y aller en équipe était encore plus « excitant »…

– Qu’est-ce que tu en attendais ?

Je m’attendais à rencontrer des gens engagés. La liste des ateliers dévoilée et le choix fait, j’avais hâte de voir comment allaient se dérouler ces rencontres. J’avais un peu peur car je savais que je n’avais pas grand-chose à apporter mais beaucoup à m’approprier.

J’avais une attente forte : celle de découvrir des pratiques pédagogiques nouvelles pour moi, qui permettront aux élèves de progresser différemment. C’était important que les ateliers soient présentés par des enseignants qui les pratiquent dans leur classe, car ils connaissent la réalité du terrain…

– Qu’est-ce que tu y as vécu ?

Des interventions de qualité et des propositions concrètes. Une belle énergie commune.

Mes attentes ont été comblées. Et le nombre de participants au stage montre que nous ne sommes pas seules à vouloir enseigner différemment, que certains ont déjà commencé avec succès ; que, bref, on n’est dans l’utopie pédagogique !

– Comment en reviens-tu ?

Avec des pistes à exploiter en classe. Je me dis qu’il me faudra du temps pour bien prendre en compte tout ce que j’ai entendu, j’ai hâte de me faire ma propre expérience. J’ai eu envie de tout raconter aux personnes qui me sont proches car, finalement, on a beaucoup parlé de notre société en général.

Le fait d’avoir effectué ce stage en équipe, d’avoir pu échanger entre nous sur les différents ateliers que nous avons suivis, m’a confortée dans l’idée que nous allions toutes dans la même direction et avions toutes envie de changer nos pratiques. C’est très motivant et très confortable de partager les mêmes aspirations pédagogiques avec son équipe. Je reviens donc de ce stage pleine d’enthousiasme, avec de nouvelles pistes pédagogiques à exploiter et une équipe encore plus soudée…

– En quoi cette expérience a eu un effet subversif sur toi/ta pratique/tes représentations ?

Question un peu compliquée pour moi car finalement, faire le choix de travailler en Segpa, c’est quelque part accepter d’enseigner à des élèves pour qui l’école n’a été associée qu’à des échecs successifs (pour la plupart d’entre eux), c’est donc faire le choix de proposer autre chose, d’une autre manière... ça paraît évident. Est-ce donc subversif alors que c’est si évident ? Je pense que le prisme de la Segpa nous permet de mettre en place certaines pratiques non pas parce qu’elles sont subversives mais parce que tout a échoué avant. Je ne penserai peut-être pas comme ça si j’étais en classe ordinaire. Mais la question que je me pose c’est « qu’est-ce qui “fabrique” ces élèves avec de telles difficultés ? » Notre système éducatif ? Notre société en général ?

En fait, lorsque l’on enseigne en Segpa, la question est : qu’est-ce que je peux faire, pédagogiquement et humainement, pour que ces élèves à qui j’enseigne puissent avoir à nouveau confiance en eux, puissent acquérir des connaissances, puissent développer leur sens critique sur le monde qui les entoure, puissent élaborer un projet de vie qui corresponde à leurs aspirations… Je pense que c’est avec des pratiques subversives comme l’atelier philo, le texte libre, etc. que l’on peut y tendre… Donc il y aura dorénavant plus de « cours subversifs » pour mes élèves !

– Qu’est-ce que ce stage a transformé / modifié / fait bouger ?

Oh que oui ! Ce stage va me faire bouger ! Non pas en augmentant les séances à préparer mais en essayant de repenser certaines activités, leur sens… Un thème d’ailleurs à aborder : la note en Segpa !

Ce stage avait « un petit goût de pas assez », il m’a donné envie d’assister aux autres ateliers, pour connaître d’autres pratiques subversives afin de les exploiter par la suite en classe… Il m’a permis également de voir une facette du syndicalisme que je ne connaissais pas : la proposition de stages de pratiques pédagogiques... ■

n Alice (CNT-STE75)
et l’équipe de la Segpa PMF

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