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Téléchargez le numéro 12 : " Résistances et ruptures syndicales "

samedi 10 février 1996

ÉDITO

Ruptures : c’est un fait que l’écart ne cesse de se creuser entre les salariés de l’éducation et leurs organisations syndicales. Si jusque-là notre profession se prévalait d’un taux de syndicalisation respectable au regard d’autres secteurs, l’envolée de l’abstention aux dernières élections paritaires est venue attester cette nouvelle donne. Aucun syndicat ne parvient à gagner des voix... Quant au nombre d’adhérents, il régresse chaque année. Les « services » offerts (gestion des carrières, mutations...) ne semblent plus aussi attractifs qu’auparavant. Les comportements « clientélistes » se développent, et pas uniquement chez les jeunes collègues : je prends ma carte pour muter, je la rends une fois que j’ai obtenu satisfaction. Ces « assurés » du syndicalisme deviennent volages. Les « militants », eux, digèrent mal les capitulations successives des directions syndicales. Les organisations traditionnelles peinent à renouveler leurs équipes militan­tes... Reste un syndicalisme aphone, branché au respirateur artificiel des décharges, survivant grâce aux subventions-perfusions...

Ruptures : détérioration des conditions de travail, développement de la précarité, offensive musclée contre les acquis... Face au durcissement des réformes, les modes de contestation se radicalisent, les personnels en lutte s’émancipent de la tutelle syndicale : occupations, Ag, collectifs... Le visage des mouvements sociaux dans l’éducation évolue sans que le syndicalisme ne semble réellement prendre en compte ces mutations. Le réformisme syndical, autrefois fier de ses succès, dévoile un peu plus son impuissance à défendre collectivement les droits des salariés dans une société bousculée par les nouvelles règles du libéralisme.

Ruptures : sous peine de disparaître, à l’image de ce qui se passe actuel­lement dans le secteur privé, le syndicalisme doit rompre avec un certain nombre d’habitudes héritées d’un passé révolu. Ce syndicalisme de rup­ture (avec la co-gestion, la dépendance vis-à-vis de l’employeur, la dé­sertion des combats du quotidien... est celui que la CNT, avec d’autres, tente de développer dans l’éducation.

Ruptures : après le leurre de l’égalité républicaine des chances, le mythe de la « démocratisation » du système scolaire, l’institution ne se cache plus derrière l’hypocrisie démagogique et avance à visage décou­vert : sélection, répression, ségrégation et même expulsion des « étrangers »... Le syndicalisme doit être capable de proposer des pistes éduca­tives, pédagogiques et sociales en rupture avec les schémas dominants dont l’échec est avéré. Rupture syndicale, rupture sociale, rupture pédagogique... Défi ambitieux, mais quelque peu effrayant aussi. On ne le relèvera pas seuls, mais ensemble, en inventant au fur et à mesure de nos échanges, de nos ren­contres et de nos réflexions de nouvelles résistances. C’est à nouveau le pari de ce numéro de N’AUTRE école qui nous emmè­ne, au fil des entretiens, des reportages et des contributions variées, dans le quotidien de « n’autre » syndicalisme, avec ses doutes, ses échecs, ses expérimentations et ses espérances.

Kollectif

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