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Se désaltérer autrement

dimanche 16 décembre 2012, par Greg

Deux sites belges liés, celui d’un réseau pour l’environnement et celui d’un magazine trimestriel, proposent des articles sur des thématiques qui n’excluent pas le volet social. Nous signalons volontiers leur existence,dans le cadre d’un échange d’articles de gré à gré.

Qui dira le contraire ? Trouver de l’eau potable et gratuite en ville relève bien souvent du parcours du combattant. À Bruxelles, l’asbl Infirmiers de rue a fait de cette question l’un de ses chevaux de bataille. Depuis 2006, elle valorise l’existence de fontaines d’eau propre à la consommation, en les répertoriant sur une carte.

Navetteurs, passants, touristes… Qui n’a jamais eu soif lors d’un transit à Bruxelles ? Les plus riches d’entre nous comblent ce besoin par l’achat d’une bouteille d’eau, ou d’un verre en terrasse. Alors que pour les plus pauvres, les économes ou ceux qui veulent réduire leurs déchets, ce n’est pas une solution. À Bruxelles, une alternative existe : des fontaines d’eau potable et libres d’accès jalonnent certaines rues de la capitale. Une solution économique, qui ne génère pas de déchets et qui fédère tout le monde autour d’un même besoin.

L’asbl Infirmiers de rue a décidé de les mettre en valeur, en dressant une carte de celles-ci. « Cette carte s’adresse à tous les utilisateurs de la ville, les habitants, les touristes, les personnes aisées et les personnes précarisées », explique Anne Van Tichelen, infirmière à l’asbl Infirmiers de rue. Voir la carte des fontaines d’eau potable de Bruxelles sur Google Maps ou sur le site de l’asbl en pdf

La mission de l’association ? Elle travaille auprès des sans-abri, afin de leur faire prendre conscience de l’importance de leur santé et de leur hygiène. En établissant cette carte, l’association aide ces personnes à localiser plus facilement les fontaines d’eau, ainsi que tous les urinoirs de la ville. Au départ de cette démarche, il s’agissait de promouvoir la consommation d’eau auprès du public. « En 2006, il y a eu une grosse canicule et nous avons vu la consommation d’alcool augmenter, explique Anne Van Tichelen. Des personnes nous disaient par exemple qu’une bouteille d’eau coutait plus cher qu’une canette de bière. Nous nous sommes dit qu’il y avait quelque chose à faire en termes d’information et de sensibilisation. »

Miser sur la visibilité

L’association s’est alors adressée à des partenaires susceptibles de la soutenir dans son projet. « Nous avons pris contact avec Bruxelles Environnement (IBGE), les Espaces verts et la Ville de Bruxelles pour répertorier les fontaines et les urinoirs », explique l’infirmière.

Le plan tient compte des points stratégiques de la capitale, comme les arrêts de transports en commun, le nom des rues touristiques et les lieux où les personnes en situation précaire sont le plus souvent présentes. Il est affiché dans les valves des stations de métros, l’asbl travaillant en partenariat avec la STIB et Vivaqua. Durant ses opérations de terrain, le personnel distribue directement la carte aux personnes précarisées, aux associations œuvrant avec elles, ainsi qu’aux pharmacies. Un format plus compact et plus détaillé reprend six zones du centre de Bruxelles, ses fontaines, toilettes et urinoirs.

L’asbl a trouvé l’opération évidente à renouveler. Depuis 2006, elle actualise chaque année sa carte, grâce à son équipe de bénévoles. « À la sortie de l’hiver, ils font le tour des lieux d’aisance pour vérifier l’état des fontaines et des urinoirs, la présence d’un panneau indiquant si l’eau est potable ou non, l’ajout ou le retrait de certaines installations », explique Anne Van Tichelen.

D’après Infirmiers de rue, ce travail de cartographie porte ses fruits car les retours sont généralement positifs. « Certains de nos patients nous disent que cette carte leur a permis de trouver une fontaine proche du lieu où ils séjournent. En été, on voit certaines personnes se raser et des touristes se rafraîchir aux fontaines. »

Pour que plus de fontaines coulent de source

Ces fontaines sont opérationnelles de mai à septembre. « Quelques-unes seulement restent ouvertes en hiver, mais elles sont coupées dès que les températures descendent en dessous de moins 7 degrés », explique Anne. Trouver un point d’eau en hiver devient moins évident et les sans abris qui n’ont pas les moyens de s’acheter une bouteille d’eau, doivent alors s’adresser aux associations et aux CPAS. « Le problème, c’est qu’en hiver, on pense que boire de l’alcool réchauffe, alors que c’est le contraire. »

En outre, certains quartiers de Bruxelles présentent peu, voire pas de fontaine. « De plus, quelques points d’eau potable que nous avions répertoriés sont maintenant passés dans la catégorie « eau non potable » », explique Anne.

Autre problème, les toilettes publiques. « Contrairement à la vingtaine d’urinoirs répertoriés et utilisés par les hommes, les toilettes sont payantes dans le Pentagone. Il y en a seulement une gratuite. » Il faut donc se rendre en-dehors du centre historique de la ville pour en trouver d’autres qui répondent à ce critère.

Toutefois, l’asbl ne s’inscrit pas dans une optique de revendication. « On a plutôt envie d’encourager la ville et les communes en faisant passer le message qu’il faut continuer ce qu’elles ont entrepris, à savoir, étendre le réseau d’installations là où il n’est pas encore présent. »

Actuellement, la carte couvre uniquement la ville de Bruxelles. Mais l’asbl invite d’autres associations à lui emboîter le pas. Infirmiers de rue a d’ailleurs rencontré une équipe à Gand qui a adapté l’idée à la réalité de la ville flamande, en lui ajoutant tous les lieux où les sans abris peuvent également faire une lessive et passer la nuit dans un hébergement.

Des initiatives qui poussent à d’autres modes de solidarité et de consommation, tout en incitant à repenser notre rapport à l’eau.

Delphine Denoiseux

FOCUS – En janvier 2013, l’asbl Infirmiers de rue fêtera ses sept ans d’existence.
« Actuellement, l’asbl suit une quarantaine de sans abris de façon intensive. Nous travaillons plus particulièrement sur la santé, l’hygiène et leur mise en contact avec un médecin. L’objectif est de revaloriser chaque personne, dans une démarche d’acquérir une meilleure estime d’eux-mêmes. Dans ce cadre, nous organisons des réunions hebdomadaires concernant nos patients, durant lesquelles des objectifs sont fixés, ainsi que des rencontres avec d’autres membres du réseau, travaillant par exemple, sur la question du logement. Une fois qu’un patient a retrouvé un toit, qu’il reprend son hygiène et sa santé en main via un médecin, et qu’une personne de son entourage l’appuie dans ses démarches, elle passe dans notre phase de post-suivi. Une réunion est alors fixée tous les mois. Actuellement, nous avons soixante personnes à cette étape. On voit que des personnes s’en sortent et c’est encourageant », témoigne Anne Van Tichelen.

Plus d’infos

– A propos de l’asbl Infirmiers de rue et des formations qu’elle organise.

– Le documentaire diffusé sur Arte « Nestlé et le business de l’eau en bouteille » d’Urs Schnell et Res Gehriger (Allemagne-Suisse, 2012, 1h30mn) dresse un portrait sans compromis du géant agroalimentaire suisse, premier producteur d’eau en bouteille de la planète. La multinationale est notamment présente au Pakistan, où la marque est solidement implantée parmi les jeunes privilégiés du pays, au point, qu’être à la mode, signifie se balader avec une bouteille de Pure Life. Le journaliste se rend également plus au Sud, dans les pays où la mauvaise qualité de l’eau tue. Là-bas, Nestlé a fait main basse sur les nappes souterraines d’eau et vend à prix d’or ses bouteilles. Pendant ce temps, le réseau public reste déficient, l’eau est impropre à la consommation, et les plus pauvres en paient le prix. (La vidéo est en ligne sur YouTube)

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« Eau : stop aux gaspillages »

Crédits photos : Asbl Infirmiers de rue et Delphine Denoiseux

« Libérons les robinets ! » est une initiative française interactive, permettant de répertorier les points d’eau potable. Plus précisément, elle utilise l’application interactive « Eaupen », décrite comme « la première application de géo-localisation des points d’eau en France ». Les internautes et les personnes munies d’un smartphone deviennent eux-même « acteurs », en signalant de nouveaux points d’eau, qu’il s’agisse d’une fontaine, d’un robinet, d’une boutique, ou de tout autre lieu accueillant le public désireux de se désaltérer gratuitement. En 2012, cette initiative a gagné le trophée « Open-data » de l’Agenda 21 de Gironde.

OU TROUVER CETTE CARTE ?

- Elle est affichée dans les différentes stations de métro de Bruxelles, durant l’été.
– Elle est distribuée gratuitement par le personnel de l’asbl Infirmiers de rue, en format de poche, aux personnes précarisées.
– Elle est disponible sur Internet en pdf et via Google Maps

QUID DE L’HORECA ?

« Des établissements ont affiché notre carte sur leur vitrine. C’est bien, c’est un premier pas. Mais la prochaine étape serait qu’ils proposent de l’eau potable gratuitement, comme c’est le cas en France. Si cela fonctionne dans d’autres pays, pourquoi cela ne serait pas le cas en Belgique ? », questionne Anne Van Tichelen, en précisant qu’il s’agit-là d’un autre axe de travail, encore dans les tiroirs de l’association.

"Article publié sur le site Monde qui bouge : http://www.mondequibouge.be/index.php/2012/11/se-desalterer-autrement/"

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