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Rencontre avec le collectif Sileks

samedi 17 novembre 2012, par Greg

Sileks, c’est quoi ?

C’est un collectif qui est le fruit de l’envie de deux amis, Loïc et Germain, qui ont commencé à filmer la vie d’une association, Animakt. Basée à Saulx les Chartreux en Essonne, cette association dédiée aux arts de la rue accueille des compagnies en résidence pour la création de leurs spectacles et soutient des jeunes collectifs dans leur travail. Des films de festival aux captations de spectacles en passant par des film-danse, sans oublier de nombreuses photographies de représentations, le collectif puise dans ce lieu et dans les rencontres qui lui sont proposées toute son inspiration.


Comment avez-vous rencontré l’association Intermèdes-Robinson et la pédagogie sociale ?

Animakt suit depuis longtemps le travail d’Intermèdes-Robinson et l’envie de réunir les activités des 2 associations était évidente. Intermèdes nous (Sileks et Animakt) a alors proposé de les accompagner au camp Rrom de Moulin-Galant, qu’ils suivent depuis quelques années, avec la compagnie de marionnettistes Marieettonio aussi soutenu par Animakt. Curieux de découvrir cet étrange mélange nous avons empoigné nos appareils photos et capturé cet instant magique. Un peu plus tard en découvrant les photos nous avons rapidement décidé de les imprimer en grand format et de les exposer dans le camp. Pendant l’expo, les enfants ont commencé à utiliser nos appareils photos. Ça a donné des clichés forts et étonnants. Et là on s’est dit qu’il y avait vraiment quelque chose à faire dans ce sens.

Et vous avez continué à travailler avec Intermèdes ?

On a eu envie d’approfondir la démarche. On en a parlé avec Intermède qui nous a proposé de travailler dans le camp de Massy (91) ; Animakt a imaginé de mettre en place des ateliers d’expression plastique avec un plasticien, Willy Fruchart, des ateliers d’expression corporelle et de marionnettes avec la Compagnie Marieettonio et des ateliers photos/vidéos avec Sileks. Ces ateliers se sont déroulés durant 6 semaines, de mars à avril 2011. L’association Animakt a réussi à obtenir des financements institutionnels pour monter et faire vivre le projet.


Et c’était quoi ce projet ?

Le nom de ce projet, c’était « Arts en caravane ». L’idée c’était de créer un pont, un lien entre les enfants du camp de Massy (91) avec ceux des quartiers sud de Longjumeau (91). On avait pour ça la peinture, des appareils photos, des petites caméras et du matériel pour faire des enregistrements sonores. Le jeudi, on amenait la caravane au camp de Massy, les enfants peignaient dessus. Ensuite le samedi, on l’amenait à Longjumeau pour la montrer aux enfants et leur proposer de peindre dessus. On a ensuite proposé aux enfants de créer leurs propres marionnettes et de la faire vivre dans de courtes improvisations.

Qu’est ce que le média photo/image a apporté lors de ces rencontres ?

À Massy, ça a été d’abord l’objet qui était le centre de l’attention. Au début, le but des enfants c’était juste d’avoir l’appareil dans les mains, sans forcément en faire quelque chose. À Longjumeau par contre, on était presque obsolète avec notre matériel, ils avaient déjà tous eu dans les mains des appareils photos numériques ou téléphones portables. Avec ces enfants on a plus vite pu lancer la dynamique du reportage, leur demander de prendre en photo et vidéo ce qui se passait dans leur quotidien. Au camp Rrom, il y a plus de jeu qui a pu se mettre en place avec les enfants. Sans bagage d’éducateur et on se sentait parfois démuni mais nous avons pu faire confiance à nos intuitions. La photographie et la vidéo ont joué un rôle de témoin, d’abord au travers de notre œil mais aussi à travers ceux des enfants. Quand on leur a apporté ces photos et les vidéos, c’est devenu plus concret et on était moins dans le jeu « qui est-ce qui va avoir la caméra dans les mains ? ». Pour la restitution, on a transformé la caravane en salle de projection pour des petits groupes. On a fait aussi une expo des photos et une distribution des petits formats. Tout le camp, tous les habitants de la cité sont passés voir l’expo et les films, les enfants participants évidemment, mais aussi leurs familles.

Est-ce que vous aviez déjà envisagé la démarche sociale alliée à la démarche artistique au préalable ou est-ce que c’est venu de la dynamique dans le cadre du premier projet ?

Nous avons tous les deux une formation d’arts appliqués, donc nous étions à l’origine plutôt dans une démarche artistique. Le contact avec l’association Intermède-Robinsons nous a amenés vers le social, l’éducation populaire. Après ce n’était pas vraiment pensé comme ça : ça a plutôt été une rencontre sur le moment, une opportunité. On ne pensait pas que c’était vraiment possible de le faire, de laisser les appareils aux enfants et de les laisser faire. Il y a eu beaucoup d’improvisation. Et puis c’est vraiment sur le deuxième projet qu’on a décidé d’acheter des appareils et des caméras pour approfondir cette expérience. On a beaucoup tâtonné et réorienté le projet, il y a souvent d’autres choses qui se passent, qui ne sont pas prévues, et il faut savoir s’adapter au réel…


Où en êtes-vous aujourd’hui par rapport à cette démarche associant artistique et social ?

Pour le moment rien n’est posé, on a plusieurs idées. Retourner voir les membres du camp de Massy, qui entre-temps ont été expulsés. Mettre en place des ateliers d’écritures pour recueillir leurs témoignages. Nous avions aussi envie de travailler avec une association qui intervient en prison. En ce moment on travaille surtout sur des vidéos de théâtre de rue, pour des festivals et dans divers projets participatifs.

On apprécie beaucoup de travailler dans le milieu des arts de rue, l’artistique prenant possession des espaces du quotidien. Les rapports humains, les rencontres et échanges qui se créent autour des spectacles sont très riches. Il y a beaucoup d’échange, de partage. Dès le début, on s’est sentis très vite utiles, nos photos, nos vidéos apportaient un regard important et juste pour les compagnies.

Nos liens :

www.sileks.fr sur lequel vous trouverez les liens des vidéos des ateliers ainsi que les photos.
www.animakt.fr lieu de fabrique pour les arts de la rue, de la piste et d’ailleurs

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