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* Refuser les évaluations CE1 / CM2 : sursaut de conscience ou exigence pédagogique ?

lundi 8 février 2010, par Greg

Par Franck Antoine CNT Santé, social éducation 34

Une nouveauté qui empire l’existant

Je ne suis pas un grand fan des évaluations, si je pense qu’elles peuvent avoir leur place dans l’éducation, elles le font souvent pour moi au détriment de l’apprentissage (temps consacré trop important, mise en relief des échecs ou des manques…). Cependant, je pouvais reconnaître une utilité aux évaluations de CE 2 qui avaient lieu avant à l’école primaire, sans les encenser. Elles pouvaient permettre de repérer des difficultés en début d’année afin d’y remédier. Les nouvelles évaluations n’ont pas grand-chose en commun avec leur sœur aînée. Cette dernière ne concernait que les compétences jugées nécessaires à la poursuite de la scolarité, elle se déroulait en début d’année, introduisait un repérage précis de certaines difficultés courantes, était globalement conçue (si on omet quelques bourdes monumentales) pour être bien réussie par une majorité d’élèves. On nous propose aujourd’hui des épreuves en milieu ou en fin d’année, portant sur la totalité du programme, pourvues d’un système de notation édifiant (1 ou 0 à partir de la moindre erreur), quelques exercices semblent même avoir été pensés pour maximiser le nombre d’échecs (texte très difficile, notion pointue du programme…).

Une contradiction totale avec le reste de ma pratique

Alors que j’essaie dans ma pratique quotidienne d’instaurer une relation de confiance avec les élèves, de les mettre en réussite, de valoriser leurs efforts ; appliquer le protocole de passation des exercices reviendrait à plonger les élèves dans une difficulté inhabituelle. Je saperais une grande partie de mon travail, je renverrais les enfants à leurs manques ou leurs lacunes, instaurant ainsi une défiance légitime. Dois-je renoncer à la partie la plus humaine de mon travail : accompagner les enfants dans leur évolution, les aider à franchir les étapes du développement intellectuel ? Adapter mon enseignement afin d’obtempérer aux volontés du management hiérarchique ? Transformer ma classe en cours de préparation aux évaluations ? Renoncer à instaurer un esprit collectif de coopération, d’accompagnement ? Je ne peux aujourd’hui m’y résoudre, c’est pour cela avant tout (en plus de nombreuses autres raisons légitimes) que je continue à m’opposer à cette course aux pourcentages. Cela peut être fait de bien des façons : la grève bien sûr, le boycott, mais aussi le sabotage en reformulant le protocole de passation (aide direct de l’enseignant, travail en équipe, abandon de la limite de temps…).

Évaluation ou traces d’évolution

« Mais il faut bien évaluer, valider des acquis ! », les récriminations et les injonctions à l’évaluation sont nombreuses. Effectivement les élèves eux-mêmes attendent un retour sur leur travail mais on peut envisager bien des manières de le leur fournir. Ce qui me semble important c’est de proposer aux enfants un constat de leur évolution. C’est lorsque ma fille aînée était en maternelle que j’ai rencontré cette idée pour la première fois. Son instit refusait de remplir les li­vrets d’évaluation et proposait de fabriquer un cahier d’évolution dans lequel on pourrait garder une trace des nouveaux acquis (dessins, mots reconnus, comptine numérique, graphisme…). De cette façon l’enseignant n’est jamais amené à communiquer sur les échecs de l’apprenant mais toujours sur ses réussites. On n’écrira pas que Clara ne sait pas compter jusqu’à 10 mais qu’elle récite la comptine jusqu’à 5. Cela peut sembler peu mais je suis persuadé que l’effet induit tant aux niveaux des élèves que des enseignants est important. Pour le primaire les articles de Jean-Luc et Benoît dans la revue apportent des exemples d’outils qui peuvent permettre d’aller dans ce sens.
« Et la référence au cadre commun ? Et le niveau d’exigence ? » La référence au cadre commun est souvent invoquée pour imposer un carcan scolaire. Le fait d’exiger de tous les enfants qu’ils aient atteint le même niveau de compréhension ou d’abstraction au même moment est particulièrement inégalitaire et grandement responsable de ce qu’on appelle l’échec scolaire. Pour ce qui est de l’exigence, je pense que j’en fais preuve dans ma pratique, tout comme ceux et celles qui ont décidé d’évaluer autrement (ce qui peut être vérifié dans les exemples concrets donnés dans d’autres articles de la revue). Mais, pour moi, l’exigence ce n’est pas contraindre un enfant à rentrer dans un moule, mais le pousser toujours plus loin dans son évolution, l’aider à franchir les différents obstacles, le motiver sans lui imposer des épreuves hors de sa portée.
Alors oui, je pense qu’une autre évaluation est possible et à notre portée, mais pour avancer dans cette direction il faut sortir du rang, s’affranchir de certaines habitudes d’enseignants et surmonter les craintes engendrées par une démarche hors des sentiers battus. ■

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