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Québec : mise à l’essai d’un outil à l’intention des parents

mercredi 30 novembre 2011, par Greg

Le « renouveau pédagogique », entrepris par le ministère de l’Éducation du Québec en 2001 se distingue des réformes précédentes avec son approche par compétences, disciplinaires et transversales. Dix ans plus tard et malgré de multiples ajustements et correctifs apportés par les sept ministres de l’éducation qui se sont succédés à tour de rôle depuis le début de la réforme, celle-ci suscite encore la controverse.

Entre les signataires d’un manifeste en faveur de la réforme et les critiques provenant surtout des syndicats d’enseignants, les parents d’élèves tentent tant bien que mal de s’y retrou­ver. De tous les changements engendrés par le renouveau, l’évaluation des apprentissages constitue l’un des plus grands défis engendrant par le fait même beaucoup de questionnement et d’insécurité.
C’est dans ce contexte de turbulence que nous avons d’abord interrogé des parents sur leurs connaissances et leur compréhension relativement aux méthodes utilisées pour évaluer les apprentissages dans le cadre d’une approche par compétences. Une très grande majorité d’entre eux ont dit avoir besoin d’aide de la part des enseignants pour interpréter les résultats du bulletin afin d’effectuer un suivi des progrès et des difficultés de leur enfant. Puis, lors d’une seconde phase de la recherche, nous avons interrogé des éducateurs par rapport aux connaissances et la compréhension des parents en matière d’évaluation des apprentissages mis en relation avec des éléments du contexte de vie familiale. Dans une perspective de travail de collaboration entre les parents et les éducateurs, il était alors apparu crucial d’identifier les points de convergence et de divergence issus de ces deux premières phases de la recherche afin d’établir les bases de contenu pour de futurs outils ou d’ateliers en guise d’accompagnement parental.

Une école en milieu populaire

Ainsi, afin d’examiner les façons dont les enseignants pourraient mieux accompagner les parents et mieux travailler avec eux, différents groupes d’entretien ont été réalisés, soit auprès de parents membres du conseil d’établissement de l’école (1 groupe) et auprès d’éducateurs (2 groupes) au cours de l’hiver 2010. À la lumière des discussions, des enseignantes ont convenu d’élaborer un feuillet explicatif (outil) comme première étape à suivre pour démystifier et vulgariser le processus d’évaluation des apprentissages. Un comité de travail composé de trois enseignantes intervenant à chacun des cycles d’apprentissage y ont participé. Dans cet article, nous nous penchons donc sur ce groupe d’enseignantes et sur leur démarche menant à la création de l’outil et portant sur ses impacts selon le point de vue de parents.

Que contenait l’outil ? Sur chaque feuillet apparaissait une définition des termes « connaissance » et « compétence » avec des exemples illustrés selon chacun des cycles d’apprentissage. Quelques courtes questions de type « quiz » amenaient les parents à indiquer s’il s’agissait d’une connaissance ou d’une compétence. Les réponses aux questions étaient imprimées en petits caractères au bas de la page. Au verso, figurait l’ABC du bulletin ou les questions les plus souvent posées.

Comment les enseignantes s’y sont-elles prises ? Les enseignantes l’ont d’abord présenté aux parents membres du conseil d’établissement de l’école afin de vérifier la clarté des questions. Quelques petites retouches ont été faites suite à leurs commentaires. Puis, lors de la rencontre avec les groupes de parents au début de l’année scolaire 2010-2011, les feuillets ainsi qu’un questionnaire d’appréciation lié à l’outil ont été distribués aux parents des élèves des trois classes participantes. Au total, 14 questionnaires d’appréciation dûment remplis ont été retenus. Un seul a été éliminé car le répondant était en conflit d’intérêt. Voici un aperçu des réponses des parents.

Qu’ont répondu les parents ? Tous les parents (13/13) saisissent mieux la différence entre les deux concepts. La majorité (10/13) des répondants comprennent mieux d’où proviennent les résultats qui apparaissent sur le bulletin tandis que neuf d’entre eux considèrent qu’il sera plus facile d’échanger avec l’enseignant. Toutefois, sept parents (7/13) seulement trouvent que l’outil les aidera à mieux aider leur enfant.

Ensuite en guise de bilan, les parents étaient invités à participer à un groupe de discussion en octobre 2010. Trois parents ont accepté de participer au groupe de discussion avec deux enseignantes. Leurs propos, ainsi que les explications fournies dans les 13 questionnaires retournés, ont été codifiés à l’aide d’un logiciel spécialisé en analyses qualitatives.

Qu’ont dit les parents ? Ainsi, tous les parents ayant participé à l’étude disent mieux comprendre la différence entre « connaissance » et « compétence ». Un parent désire savoir davantage si la note vient des examens ou d’observations. Un autre y voit un manque de transparence quant au pourcentage attribué pour chacun des volets considérés afin de constituer la note apparaissant dans le bulletin. Les parents se sentent plus en mesure de poser les bonnes questions à l’enseignant bien que certains déplorent que les moments d’échanges parents/ enseignants soient trop rares. D’autres ont mentionné différentes façons d’entrer en contact avec l’enseignant, notamment par courriel et par message téléphonique ou en faisant du bénévolat dans la classe. Des parents considèrent qu’ils sont en mesure de mieux accompagner leur enfant en collaboration avec l’enseignant alors que d’autres disent le faire déjà ou encore que c’est un départ mais que la démarche est incomplète.

Que doit-on comprendre ? Il est clair que cette démarche ne constitue qu’une première étape dans le processus de démystification du processus d’évaluation des apprentissages des élèves. En effet, des parents s’interrogent toujours sur la provenance des résultats scolaires. Certes, les enseignantes qui ont participé à l’étude ont affirmé remettre des feuilles explicatives aux parents avec les critères utilisés afin d’indiquer où se situent les difficultés de l’enfant. Les travaux et les traces d’observation permettent de dire si l’enfant doit avoir recours à de l’aide, s’il manque d’assurance, s’il demande beaucoup d’explications, etc. Il semble que ce ne soit pas tous les enseignants qui agissent de la sorte. De plus, comme l’a mentionné une enseignante : « Pour l’enseignante, est-ce que c’est toujours clair ? » Il faut également se poser des questions quant au faible taux de participation des parents. Interrogés à cet effet, les parents participants l’ont expliqué, entre autres, par la peur d’être jugé, la fatigue, les occupations quotidiennes, et possiblement un manque d’intérêt et une incompréhension de leur part associés au contexte de défavorisation du milieu.

Quelles sont les solutions envisagées ? Nous recommandons la poursuite des démarches. Pourrions-nous, par exemple, offrir des ateliers basés sur une approche expérientielle et visant à faire vivre aux parents des expériences similaires à celles de leurs enfants ? À partir du moment où une vision et un langage communs sont développés, il devient alors plus facile pour les parents et les enseignants de travailler ensemble. Est-ce réaliste ou même utopique que de poursuivre dans cette voie ? Certes, la ministre actuelle de l’Éducation, du Loisir et du Sport, madame Line Beauchamp, soutient que le bulletin unique annoncé pour l’automne 2 011 sera plus explicite quant à l’évaluation des connaissances. En revanche, des syndicats d’enseignants déplorent que les contenus des programmes et des connaissances à développer n’y soient pas identifiés et que les compétences demeurent toujours au cœur des évaluations des apprentissages. En bref, tant que l’ambiguïté et le flou régneront autour des apprentissages à réaliser et de leur évaluation, il sera difficile d’établir un véritable partenariat entre l’école et les familles. Nos propres travaux antérieurs ainsi que des milliers d’autres à travers le monde n’ont-ils pas montré que la transparence et la clarté doivent être au rendez-vous pour établir des relations école-famille harmonieuses ? ■

Rollande Deslandes et Marie-Claude Rivard,
Université du Québec
à Trois-Rivières, Québec.

Quelques références

– Deslandes, R. et Rivard, M.-C. (2011). Perceptions d’éducateurs à l’égard de parents en matière d’évaluation des apprentissages au primaire. Éducation et Francophonie XXXIX (1), 133-156.

– Deslandes, R. (2010). Les Conditions essentielles à la réussite des partenariats école-famille-communauté. http://rire.ctreq.qc.ca/media

– Deslandes, R., Rivard, M.-C., Joyal, F., Trudeau, F., et Laurencelle, L. (2009). Family-school collaboration in the context of learning assessment practices and communication. ERIC Document Reproduction Service No. ED505218.

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