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Philosopher à l’école primaire, Jocelyne Beguery

mardi 26 février 2013, par Franck

Ce n’est pas seulement un livre de plus sur un sujet en vogue. Après les premiers pas de la philo à l’école, sur fond d’extension de l’intérêt pour le philo dans l’espace public (cafés-philo, Philo Magazine), puis la mise en place de nombreux ateliers-philo dès la maternelle, en élémentaire et même au collège, une prof de philo formatrice en IUFM nous donne ici un manuel « officiel », édité par le CRDP de Versailles.
« Ah, ils s’y mettent aussi ! » pourrait être une première réaction. C’est celle que l’on a en tout cas en lisant la brève préface de Comte-Sponville, qui a longtemps proclamé son hostilité à cette activité en direction des enfants.
Le reste de l’ouvrage – près de 300 pages – est autrement plus sérieux. S’appuyant essentiellement sur les acquis de « l’école » Tozzi, qui vise à promouvoir chez les élèves un chemin vers la conceptualisation à l’aide d’un guidage non envahissant mais bien présent, il donne des comptes rendus de séances, puis met en relief les points-clés des procédures (comment préparer une séance avec les enfants, sur quelles ressources s’appuyer – ou laisser de côté-, comment intervenir à bon escient, en « tirant » les échanges vers ce qui est spécifiquement philosophique, quelle place éventuelle faire à l’écrit). L’auteure connaît bien son sujet – bonne bibliographie - et ne veut pas que les ateliers-philo ne soient qu’un outil de la maîtrise de la langue ou des « compétences civiques et sociales », et, à l’inverse, bataille avec souplesse contre ceux qui jugent nécessaire de donner la priorité à la pensée exprimée ou intériorisée dans le groupe, sans intervention de adulte en tout cas dans un premier temps (méthode Lévine).
A l’entendre, la philo doit être un élément de plus du programme sinon formel du moins optionnel de l’enseignement primaire, et les professeurs des écoles doivent avoir une formation spécifique dans ce domaine. C’est ainsi qu’elle s’inscrira dans le courant de reviviscence de cette discipline scolaire, que l’Unesco promeut à l’échelle internationale. Ce sera également le moyen de sortir de cette impasse qu’est la classe terminale, où la traditionnelle dissertation ne passe plus.
On reste plein d’interrogations devant une telle ambition : s’agit-il d’assurer la survie par extension au primaire d’une discipline scolaire qui, au lycée, refuse obstinément la pédagogie ? (par exemple, en utilisant les albums d’enfance, s’agit-il d’enraciner la démarche philosophique dans d’autres pratiques proches, au contraire de ce qui se fait au lycée ?) Faut-il comprendre cet ouvrage, au demeurant sans jargon mais non sans quelques références discutables -Heidegger, la « magistralité »-, comme une volonté d’officialiser et de normer des pratiques multiples et dont l’effervescence pourrait rendre l’institution soupçonneuse ? S’agit-il d’une reconnaissance sous forme de bilan d’étape réfléchi ?
Restons-en aux interrogations et redisons qu’il s’agit d’un manuel : il mérite donc d’être confronté à d’autres, et de trouver sa vérité ou ses erreurs dans la mise en pratique.

Jocelyne Beguery, Philosopher à l’école primaire, co-édition Retz-CRDP de Versailles, 296 p., 21,90 €

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