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Palestine : occupation contre éducation

mercredi 14 juillet 2010, par Greg

Par Maïlys, CNT 31, membre de la mission.

70 % de la population palestinienne est déplacée, environ la moitié en dehors
de la Palestine et 23 % à l’intérieur des frontières de l’ancienne Palestine (Israël, Cisjordanie
et bande de Gaza). La plupart des enseignants travaillent donc avec des enfants de réfugiés.

Le secteur de l’Éducation se répartit ­entre public, privé, et écoles de l’UNRWA (Nations Unies). Le taux d’inscription à l’école des enfants entre 6 et 24 ans s’élève à 80 %. Malgré une démographie difficile (plus de 65 % de la population a moins de 20 ans, elle croît de plus de 4 % par an), il y a moins de 10 % d’analphabètes dans la population palestinienne, un des taux les plus bas des pays arabes.
L’école primaire, le collège et le lycée sont gratuits sur les territoires occupés mais pour accéder à l’université, il faut réussir un examen, le Tawjihi 1 et payer des frais de scolarité relativement élevés.


Les jardins d’enfants

De 3 à 6 ans, il n’existe pas d’écoles maternelles publiques mais des jardins d’enfants privés et également des écoles religieuses du Hamas qui font payer les inscriptions moins chères.

La directrice d’un jardin d’enfants au village Qarawt Bani Zaid, 3 500 habitants, près de Ramallah nous explique : la division des classes se fait par âge mais aussi par compétence. Dans les classes préparatoires à l’école primaire, il y a 26 élèves par classe, dans les classes antérieures 50 ! Les familles doivent payer 40 shekels 2 par mois (8 euros) mais la plupart ne peuvent pas et les institutrices s’occupent des enfants quand même. Elles sont normalement payées 650 shekels, soit 130 euros par mois, mais ne reçoivent en fait que 500 shekels, seulement pendant les périodes où elles travaillent et uniquement grâce à la contribution des villageois. Deux employées, diplômées en tant que professeurs des écoles, ont bénéficié d’une formation de quatre ans avec des cours de socio-pédagogie. Elles sont assistées de deux bénévoles, des stagiaires volontaires qui suivent les cours par correspondance pour devenir professeurs des écoles. Les salles de classes ressemblent beaucoup à celles de nos maternelles, avec des productions d’élèves accrochées au mur, la météo, les saisons, les jours de la semaine... Des centres de vacances sont organisés également grâce à la contribution des habitants.Une fois par mois les institutrices et les parents se rencontrent pour discuter. Chaque année un programme est envoyé à toutes les mères qui peuvent le commenter et donner leur avis.

Le Syndicat de l’enseignement privé des jardins d’enfants, en majorité composé de femmes, assure une protection sociale pour 25 shekels tous les six mois et a pour but premier d’aider les enseignantes dans la défense de leurs droits, notamment celui d’être payées par les apports des parents. Il y a environ 500 membres qui cotisent à raison de 20 shekels par an. Les membres ont déjà rencontré le ministère du Travail et de l’Éducation pour obtenir le même statut et le même salaire que les professeurs des écoles publiques.

L’éducation des réfugiés

L’UNRWA (UN Relief and Works Agency) est la principale structure scolaire. Les Nations Unies subventionnent 29 écoles dans les territoires occupés et dispensent un enseignement de 6 à 14 ans.
Les enfants réfugiés inscrits auprès de l’UNRWA ont accès à l’école élémentaire gratuitement (6 années) ainsi qu’au collège (3 années). Les programmes suivent ceux de l’école publique pour faciliter l’insertion des élèves dans les lycées publics ou privés et les universités. La parité des genres est respectée dans les écoles de l’UNRWA.

Dans les écoles primaires les enseignants ­­ga­gnent 3 000 shekels par mois (600 euros). Ils ont en moyenne entre 40 à 50 élèves par classe et parfois de très petits locaux (20 élèves dans 16 m2).Il n’y a pas de remplaçants. Certains professeurs certifiés sont employés illégalement et payés à la journée !

Leur travail est parfois loin du domicile et les déplacements ne sont pas payés. Il n’y a pas d’aide pour l’achat de matériel.
Les élèves étudient l’arabe, les mathématiques, les sciences, la religion, les humanités, la géographie, l’anglais et le sport. Ils ne font pas beaucoup de dessin car ils n’ont ni crayons de couleurs, ni feutres, ni peinture. Ils n’ont que des cahiers et des stylos. Ils n’ont pas de chauffage dans les classes en hiver et souvent pas de quoi manger à midi.

Le Syndicat des employés de l’UNRWA est le plus gros syndicat indépendant de Palestine. Il réunit tous les salariés de l’UNRWA. En Cisjordanie, sur 6 000 employés, le Syndicat des professeurs regroupe 1 500 adhérents.

Il est difficile de développer une activité syndicale car c’est mal vu par les responsables de l’UNR­­­WA.Pourtant, des grèves très dures ont été menées durant ces cinq dernières années.
Aucune augmentation de salaire n’a été accordée depuis 1996, aucune assurance sociale n’est proposée par l’employeur. Les autres droits élémentaires (congés, arrêts maladie...) n’existent pas, alors que l’employeur peut, du jour au lendemain, rompre un contrat de travail par coup de téléphone. Le syndicat lutte aussi contre la hiérarchie, considérant la totalité des directeurs d’écoles comme des agents de l’UNRWA. Autant de revendications donc, auxquelles s’ajoute la demande de suppression des projets spéciaux dont les syndicalistes dénoncent les coûts exorbitants : faire venir des spécialistes pour une vingtaine d’élèves seulement peut coûter 10 000 $ !


Les écoles publiques

Dans les écoles publiques, les effectifs sont égaux à ceux des écoles de l’UNRWA : 40 à 50 élèves par classe, voire plus. L’enseignement de l’anglais est systématique dès huit ans, et on peut aussi étudier le français, l’espagnol et l’allemand. Tant que faire se peut, on essaie que les écoles soient équipées d’un ordinateur. Les élèves passent un examen en fin de secondaire, le Tawjihi 1, et obtiennent 60 % de réussite. Il n’y a pas de restauration scolaire.

Les enseignants travaillent, comme dans les écoles de l’UNRWA, six jours par semaine et ont 25 cours de 45 minutes dans le Primaire pour un salaire de 2000 shekels par mois (400 €). Dans le secondaire ils travaillent toute la semaine sans arrêt jusqu’à 13 h 30 ou 14 h 30, voire l’après-midi en cas de nécessité. Ils n’ont pas d’assurance santé, ni de formation pédagogique continue. Contractuels à l’année, ils n’ont aucun droit en début de carrière. Au bout de deux ans d’enseignement on leur accorde un contrat plus long.

Aujourd’hui 36 000 enseignants sont payés par l’Autorité palestinienne, après avoir connu dix-sept mois sans salaire.
Il y a un conseiller dans chaque école qui fait le lien entre la famille et l’établissement (sorte de CPE). La participation des familles à la vie scolaire est très forte et les familles aisées font des dons pour le matériel et le chauffage.

Le Syndicat des écoles publiques a débuté en 1989 à Beyrouth, de manière clandestine car interdit par l’armée israélienne et a continué ensuite en Palestine. Ce syndicat existe aussi en Tunisie et en Algérie où il est implanté depuis plus de quarante ans. En Palestine il est rattaché à l’OLP (Organisation de libération de la Palestine). Ses membres sont rattachés à la Fédération des enseignants arabes et aussi membres de la Fédération internationale des enseignants. Ils ont des bureaux partout avec des enseignants déchargés payés par le ministère. Indépendance idéologique mais subventions de l’État... Ils voudraient devenir indépendants financièrement.

Un secteur en lutte

Pour sa retraite, chaque enseignant verse 25 shekels 2 par mois et recevra trois fois la somme engagée.
En 2006, une grève de deux mois eut pour but de demander au gouvernement ce qu’il faisait de cet argent et a revendiqué une augmentation des salaires. Un accord avec le président Mahmoud Abbas, du Fatah, a été signé en 2008 pour que :

– les déplacements professionnels des enseignants soient payés à 50 % ;

– la totalité des salaires soit versée aux professeurs de Jérusalem ;

– les nouveaux professeurs aient un contrat de cinq mois, avec un salaire fixe mensuel, et qu’ils soient payés pendant les vacances ;

– tous les arriérés de salaires soient régularisés dans les six mois.
Les priorités syndicales sont maintenant l’extension des congés maternité, l’attribution de bourses aux élèves et la diminution du temps de travail.

Le secteur privé reste marginal dans l’éducation : 5 % des écoles, qui proposent un salaire double par rapport au public, avec moins d’élèves par classe et moins d’heures de cours.

Le technique et le supérieur

Les écoles techniques sont peu nombreuses et elles ne prennent que 25 % des élèves qui en font la demande – il y a un examen d’entrée. Les autres candidats se retrouvent dans des écoles beaucoup plus onéreuses ou à la rue. On admet parfois des jeunes de milieu fortuné qui ont échoué au concours, en espérant que leurs parents pourront donner des fonds au lycée.
On dénombre 11 universités. Certaines ont été construites grâce à l’UNRWA et à des associations allemandes, étasuniennes, des ONG... Il y a des restaurants universitaires gérés par des sociétés privées mais pas de logements étudiants à l’intérieur du campus. Les frais d’inscription sont très élevés et n’incluent pas la protection sociale. 50 % des étudiants font une ou deux années d’universi­té­ puis changent d’objectif. Il y a là un pro­blème d’orientation lié en partie à la méconnaissance des débouchés et leur rareté sur les territoires occupés.

Il existe une université ouverte « Al Quds » où les élèves peuvent retirer des cours et étudier chez eux ou dans des groupes d’aide au travail gérés par les réfugiés eux-mêmes. Les frais d’inscription sont de 800 $ par an mais ce prix inclut le matériel, les livres et les services informatiques.

Dans les universités privées, les livres ­d’étude sont très chers. Dans les universités publiques, il existe des aides sociales pour l’achat de matériel par l’étudiant, mais il n’exis­­te pas de système de bourses à l’exception des orphelins.
Chaque étudiant travaille six ou sept matières. Chacune s’étudie trois heures par semaine ou deux heures pour l’anglais ou l’arabe.
Le Conseil des étudiants est élu par les étudiants avec un fort taux de participation (entre 80 et 90 %). En théorie n’importe qui peut se faire élire mais en pratique seuls ceux qui sont investis dans des groupes politiques se présentent. Cette année ce sont les listes du Fatah qui ont été majoritaires sauf à l’université de Bir Zeit où ils se sont faits mettre en minorité au Conseil par un bloc « Tout sauf Fatah » avec le Hamas (19 sièges), le FPLP (5 sièges), le Jihad Islamique (1 siège) et le PPP 3 (1 siège). Rappelons que des arrestations ont eu lieu en avril 2008 : le lendemain des élections de Bir Zeit, c’est l’étudiant tête de liste du Hamas qui a été interpellé à la sortie de l’Université... Du coup, à Béthléem, Abu Dis et Jénine, les étudiants appartenant au Hamas n’ont même pas déposé de listes.

L’occupation contre l’éducation 

La construction du Mur depuis 2002 a séparé certains villages de leurs écoles : tel enfant qui était à cinq minutes de son école a besoin maintenant de deux heures pour s’y rendre. Les enfants ne peuvent plus circuler tout seuls car parfois ils ont un ou plusieurs check-points à passer pour parcourir 15 km. Beaucoup d’élèves et une trentaine d’enseignants ont été tués dans les écoles ou sur le chemin. L’effet psychologique sur les enfants est désastreux : depuis le début de l’Intifada d’octobre 2000, des signes de souffrance sont manifestes chez les enfants avec une grande appréhension pour se rendre à l’école.
Le Mur est quasiment collé à l’école publique du village El Khader, près de Bethléem, et récemment, deux élèves qui marchaient près du mur ont été tués par les soldats israéliens. 24 enfants de cette école sont en prison ! Et 110 professeurs sont actuellement dans des prisons israéliennes.

Certaines attaques militaires déclarent des écoles « terrain militaire », c’est alors la destruction des locaux (y compris dans les jardins d’enfants), des livres, des ordinateurs...

Signe de résistance : toutes ces activités syndicales que nous avons rencontrées. Et depuis 2007, une Coalition palestinienne pour l’éducation a commencé à réunir les différents syndicats de l’éducation et groupes pédagogiques (dont le Teacher Creativity Center 4) pour réfléchir à l’environnement scolaire à proposer aux enfants palestiniens.

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