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Les Forçats de la mer, Marcus Rediker

mardi 18 janvier 2011, par Greg

Les forçats de la mer

La publication de cette étude universitaire (mais d’une lecture agréable !) sur le monde de la piraterie, après Pirates de tous les pays et de L’Hydre aux mille têtes, met enfin entre les mains du lecteur français l’une de analyses les plus riches et documentées sur la question.
Après le « folklore » cinématographique, après le temps des premières réhabilitations (Lapouge, Le Bris…), la « piratologie » est entrée dans une nouvelle phase plus « sociale » et politique qui s’attache, à l’image du titre retenu ici, à présenter marins et flibustiers comme les premiers rouages du capitalisme naissant, et ses premiers contestataires à la fibre collective et libertaire.

Surtout, cet ouvrage s’inscrit dans la tradition anglo-saxonne de l’histoire « par en bas » qui veut « transformer l’histoire du travail en histoire de la classe ouvrière ». Une histoire globale, qui convoque l’économie, la sociologie, l’anthropologie, la politique et la culture pour nous faire découvrir cette communauté d’hommes fiers et libres que d’autres voulaient humilier et enchaîner. Vie dans les ports – ces foyers de brassage culturel – organisation du travail en mer, salaire, culture, croyances et langage, autorité et discipline… Le guide fictif de ce voyage autour du monde est Jack Tar « nom symbolique du marin dans le monde anglophone » qui nous fait partager « ses espoirs, ses peurs, ses aspirations, ses défaites et ses victoires. » Il a inventé, avec ses compagnons, le drapeau rouge, le drapeau noir, le mandat révocable, le partage égalitaire du travail et des richesses, l’abolition des nations et des frontières, la contre-culture, l’action directe, le droit de retrait et même le terme de grève (strike) « qui provient de la décision de marins britanniques en 1768 de sabrer (to strike) les voiles de leurs bateaux et ainsi d’handicaper le commerce Londres. » « Par tous ces modes de fonctionnement, l’expérience du marin préfigure celle de l’ouvrier d’usine pendant la révolution industrielle ». Elle préfigure aussi l’éternelle révolte contre l’ordre établi.

– Les Forçats de la mer. Marins, marchands et pirates dans le monde anglo-américain, 1700-1750, Marcus Rediker, Libertalia, 2010, 464 p., 20 €.

– Pirates de tous les pays ! L’âge d’or de la piraterie atlantique (1716-1726),
Marcus Rediker, Libertalia, 2008, 278 p., 16 €.

– L’Hydre aux mille têtes. L’histoire cachée de l’Atlantique révolutionnaire,
Marcus Rediker, Peter Linebaugh, Amsterdam, 2008, 519 p., 27 €.

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