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Grammaire de lutte, Irène Pereira

mardi 18 janvier 2011, par Greg

Irène Pereira, que nous retrouvons dans le numéro 28 pour un long entretien sur l’avenir du syndicalisme, vient de sortir deux ouvrages qui peuvent peut-être nous aider à comprendre et à affronter les années de lutte qui viennent.

Les Travailleurs de la culture en lutte, texte qui s’appuie sur des entretiens avec des militants de Sud culture, mais surtout sur l’expérience et les observations de l’auteure lors des derniers conflits de ce secteur (précarité, RGPP), est une étude critique et engagée sur le syndicalisme – ce qui est rare. Le livre ne se limite pas aux témoignages des syndiqués sur leur action ou leurs difficultés militantes, il prolonge ces expériences par une très pertinente interrogation sur la conception du syndicalisme d’action directe face aux transformations du capitalisme et de l’État. Le rôle central de la précarité ou encore la redéfinition des politiques publiques permettent ainsi d’interroger deux stratégies possibles : la défense des services publics, inspirée par exemple par Bourdieu et la critique antiétatique du syndicalisme révolutionnaire. Si l’une connaît un succès grandissant et mobilisateur, la seconde pourrait se révéler, à long terme, beaucoup plus pertinente.

Les Grammaires de la contestation est un ouvrage plus ambitieux qui propose une lecture « grammaticale » de la gauche de la gauche, inspirée des travaux de la sociologie pragmatique de Boltanski et Thévenot renvoyant à « un ensemble de règles permettant aux acteurs de faire converger leurs jugements et leurs actions en partant de leurs expériences et du rapport qu’ils entretiennent à l’expérience » (M. Nachi, Introduction à la sociologie pragmatique). Trois courants peu­vent ainsi se distinguer : la grammaire du républicanisme social, la grammaire socialiste (elle-même divisée en léninisme et syndicalisme révolutionnaire) et la grammaire nietzschéenne. L’analyse – historique et sociologique – serait déjà intéressante en soi. Mais, à la différence des nombreux guides et autres dictionnaires sur le sujet, la démarche propose en outre de croiser ces grammaires, d’exposer les arguments et les conflits qui les opposent et les traversent, et insiste surtout sur le danger, pour les différents acteurs, de figer les lignes et de scléroser les dynamiques. Le livre se termine par une prise de position de l’auteure, militante à Sud Culture, en faveur d’une pragmatique syndicaliste d’action directe ouverte et soucieuse d’échanges pour renforcer et réaffirmer les principes de base d’une action collective émancipatrice. Un projet qui croise celui de notre revue !

– Les Travailleurs de la culture en lutte, Le syndicalisme d’action directe face aux transformations du capitalisme et de l’État dans le secteur de la culture, Irène Pereira, Éd. d’ores et déjà, 2010, 180 p., 8 €.

– Les grammaires de la contestation : un guide de la gauche radicale, Irène Pereira, La Découverte (Bibliothèque socialiste), 201, 225 p., 14,50 €.

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