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Collectif, Former des enseignants réflexifs ? Obstacles et résistances

jeudi 22 août 2013, par Franck

Cet ouvrage étudie la résistance des profs stagiaires ou des étudiants qui se préparent à devenir profs face aux dispositifs visant à développer une attitude réflexive de leurs part (analyse de pratiques par exemple) et face aux ressources que constituent les sciences humaines. D’où vient qu’ils rejettent largement ces éléments, du temps perdu disent-ils souvent, eux qui sont en attente des « trucs et astces » pour « tenir une classe « . Ce sont des formateurs de langue française, suisses, belges, québecquois, français, qui répondent à cette question, dans une série d’articles variés : pas de redondance, pas de lourdeur non plus dans la quasi-totalité des cas.

En fait, sont-ils unanimes à dire, c’est plus compliqué que cela : les formateurs eux-mêmes refusent souvent la réflexion, notamment pour les spécialistes d’un domaine disciplinaire ; les formés acceptent parfois avec intérêt ces apports – mais il s’agit dans ce cas des volontaires, ceux qui entrent dans l’enseignement avec un autre horizon que celui de la transmission traditionnelle – et on sait que dans le second degré en France par exemple le modèle du cours est largement prédominant, largement conforté par l’inspection. Pour beaucoup de stagiaires, une formation où il faut se regarder dans le miroir est trop difficile, de même qu’est trop difficile également l’idée que les é »lèves ne sont pas spontanément des élèves : « la lucidité est la blessure la plus rapprochée du soleil », disait René Char utilisé ici par Philippe Perrenoud ( son article à lui seul vaut l’achat du livre).

Il y a d’autres raisons qui font frein, en dehors de la tradition institutionnelle et des blocages personnels : Christelle Devos et Lépold Paquay le rappellent utilement : le métier de prof est l’un des rares où l’on est censé être expert dès le premier jour, où l’on doit tout fait en même temps dans des circonstances plus difficiles que la moyenne (établissements de première affectation) et où l’on peut se trouver bien seul face aux difficultés. Alors « vite, tenir », préparer ses séances, corriger, découvrir … pas vraiment le temps de lire ni forcément l’envie d’en parler, d’en discuter sereinement en tout cas. Mais nombreux, nous rassurent ces deux auteurs, qui mettent ça de côté, et les méfiances vis-à-vis de la réflexion et de la théorie s’estompent un peu par la suite.
On aimerait que le « cas » des formateurs, y compris de ceux qui sont partisans de la réflexion, soit examiné de façon plus précise, voire plus critique : si l’ambiguité qui consiste à être à la fois évaluateurs et conseillers est évoquée, on n’évoque pas ici les nombreux reproches qui leur sont fait : manque de lien avec la pratique depuis de trop nombreuses années, attitude surplombante, manque d’engagement personnel voire de conviction de plus d’un. De même que la question des valeurs n’est pas abordée : pourquoi enseigne-t-on ? Si c’est pour le petit délice de « sa » discipline, pour trier les bons et les mauvais ou pour les vacances, pourquoi irait-on « se prendre la tête » ?
Malgré ces manques (mais on ne peutr pas tout dire), c’est un livre passionnant au total, qui amène à généraliser la question initiale : et si les futurs profs réagissaient logiquement comme les anciens élèves qu’ils sont, habitués certes à réfléchir, mais sur des objets nettement circonscrits (un problème scientifique, une traduction, la mise en forme d’une dissertation) et jamais sur de grandes questions liées à son vécu – même pas et surtout pas en philo, dont ce pourrait être pourtant le lieu ? Si l’éducation préparait certes beaucoup plus à réfléchir qu’autrefois, mais jamais de manière qui implique pour la personne ni qui soit originale pour le groupe ni surtout critique pour l’institution ?

JPF

Collectif, Former des enseignants réflexifs ? Obstacles et résistances, collectif, De Boek, 2013, 286 p., 36 €.

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