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Chronique Radio : Richard Medioni, L’histoire complète de Mon Camarade, Vaillant et Pif Gadget, 1901-1994

jeudi 14 février 2013, par Greg

La chronique radio "lectures d’école" de l’émission de la CNT éducation région parisienne sur RAdio Libertaire (89,4) du mardi 12 février 2013 par G. Chambat.

Le texte de la chronique

Bonsoir à toutes et à tous

Je ne voudrais pas que la chronique de ce soir reste uniquement marquée par le sceau de la nostalgie... l’intérêt de L’histoire complète de Mon Camarade, Vaillant et Pif Gadget sous-titrée 1901-1994, les journaux pour enfants de la presse communiste et leurs BD exceptionnelles dépasse en effet de très loin le seul clin d’œil mélancolique.
Même si, en cette période de batailles sur les aménagements du temps scolaire, je me souviens d’un temps où ma semaine d’écolier était toute entière rythmée par l’attente de mon journal favori... et que c’est bien sa lecture puis ses innombrables relectures qui m’aidaient à tenir la cadence.

Imaginé pour succéder à Vaillant au cœur de la fièvre de mai 68 – mouvement auquel ses animateurs participèrent sous une banderole « PIF point d’exclamation » mais aussi en réalisant de nombreuses affiches - l’hebdo de BD le plus diffusé de tous les temps (dont les ventes ont atteint à deux reprises le million– mais tirant en moyenne à 500 000 exemplaires dans sa période faste dite « période rouge ») ne se réduit pas aux caricatures auxquelles on a voulu le limiter ni à sa sinistre déconfiture finale.
L’intérêt de cette volumineuse et exhaustive histoire de la presse révolutionnaire pour la jeunesse est incontestable. On s’y plonge, malgré ses 550 pages au format impressionnant, avec délice, pour se souvenir que c’est ce journal qui nous mis entre les mains pour la première fois, les planches de Gotlib ou d’Hugo Pratt... mais aussi des séries comme Le Concombre masqué, La Jungle en folie, Rahan, Ayack et tant d’autres...

Mais surtout, dans la première partie du livre, le lecteur découvre les racines historiques de cette presse, qui naît en 1901, dans l’effervescence du syndicalisme révolutionnaire et du mouvement des coopératives de production autogérées.
Face aux relents réactionnaires de la presse catholique pour enfants, mais aussi face à l’idéologie nationaliste, militariste, raciste et pro-capitaliste distillée sur les bancs de l’école public, des militants ouvriers – associés à quelques instituteurs engagés - font le choix de lancer un journal à destination de la jeunesse, ce sera Jean-Pierre. Cette revue est animée par de militants des universités populaires et de la coopérative de production L’émancipatrice et soutenue par la CGT. À Jean-Pierre (1901-1906), succéderont Les Petits Bonhommes (1911-1914 puis 1922-1926), Le Jeune Camarade (1921-1929) Mon camarade (1933-1939), Jeune Patriote (journal clandestin de la résistance 1942-1945) puis Vaillant (1945-1969) et enfin Pif (1969-1994).
À l’inverse de ses rivaux catholiques (ou du déferlement de BD made in america qui surviendra plus tard), dès 1901, on y défend les valeurs de solidarité, de liberté, d’insoumission en dénonçant le racisme, le colonialisme, les inégalités sociales ou de sexes, présentant des expériences d’éducation socialiste, des cours d’espéranto... toujours dans un langage accessible mais recherché. Progressivement, ses rédacteurs vont découvrir la puissance éducative du dessin et de la BD, sans jamais délaisser pour autant la partie rédactionnelle. La presse révolutionnaire pour enfant est autant militante que pédagogique ! L’objectif est de défendre une autre culture sans sombrer dans la propagande ou le bourrage de crâne. Un exemple la série des Pionniers de l’espérance (1945-1973), qui traduit parfaitement l’esprit général du projet. Dans ce récit de science-fiction, un groupe composé d’individus issus des 5 continents s’engage pour accueillir et coopérer avec des extra-terrestres et lutter à leurs côtés contre l’avidité de grand trusts capitalistes. On est loin de ce qui est proposé, à la même époque, où les séries de science-fiction des publications concurrentes se réduisent le plus souvent à la lutte des gentils terriens (blancs) contre les méchants envahisseurs venus des confins de la galaxie.

Certes, dans les années 30, au plus fort de l’hystérie stalinienne, on n’échappera pas à à la vie de Lénine en BD. Mais cela reste marginal. Finalement c’est davantage à travers la gestion interne de l’entreprise « communiste » que dans le contenu des pages du journal que l’influence du parti se fera sentir. Il s’agit aussi éviter l’accusation de propagande et les animateurs auront soin d’éviter les clichés et les drapeaux déployés. Ils découvriront très vite aussi que le discours destiné au plus jeune doit s’adapter au public – sans jamais céder sur l’exigence et la qualité– par exemple en s’appuyant sur une approche ambitieuse de la BD (et c’est bien l’abandon de cette exigence pour une démarche marketing qui mènera le journal à sa perte...). C’est par le biais de la BD que les jeunes lecteurs découvriront l’histoire de la Commune de Paris, celles des grèves de mineurs, les luttes de libération des pays du Tiers-Monde, la conquête de l’ouest présentée pour la première fois du point de vue des indiens, mais aussi la science, la technique, le monde du travail. Et côté BD comique, l’humour est au service des dominés qui trouvent toujours, aux détours des gags, matière à revanche sur le pouvoir et ses représentants...

Je vous invite donc vraiment à soutenir cette initiative (malgré le prix de l’ouvrage) et à commander dans votre librairie ou sur le site des éditions vaillant collector cet ouvrage et à découvrir cet aspect de la culture populaire et révolutionnaire malheureusement tombé dans l’oubli.

Quant à nous, on se retrouve le mois prochain pour d’autres lectures...

L’histoire complète de Mon Camarade, Vaillant et Pif Gadget, 1901-1994, les journaux pour enfants de la presse communiste et leurs BD exceptionnelles
Richard Medioni avec la participation de François Bosquet et Mariano Alda, Vaillant Collector, 2012, 550 p ; 39 €.

A commander chez votre libraire ou sur le site http://www.vaillant-collector.com

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